Une arrivée pas si facile en provenance d'Algérie

Madame Diouch est arrivée en France il y a dix-huit ans en provenance d'Oran en Algérie. En France, elle a fait et refait sa vie. Mais ce n'était pas si facile. Portrait.

 

« Je ne me suis jamais dit que je ferai ce métier », avoue Madame Diouch, 38 ans, en repensant à son parcours. Lorsqu’elle décide de travailler, elle n’a aucune expérience professionnelle. Une agence d’intérim lui permet de trouver son premier emploi de contrôleuse de qualité dans une entreprise de produits cosmétiques. Un métier qu’elle ne connaît pas du tout, qui consiste à vérifier le travail et signaler les erreurs lorsqu’il y en a.

Malgré son manque de formation, elle fait preuve de motivation et l’entreprise la forme sur le tas. Elle apprend à vérifier la qualité des vernis à ongles fabriqués, qu’ils soient bien faits, que la couleur soit correcte et qu’il n’y ait pas de défaut avant leur mise en vente. « Ils ont vu que j’étais déterminée », raconte-t-elle. Ce qu’elle apprécie le plus, c’est la responsabilité de vérifier que tout est bien fait avant leur mise en vente, et le fait de se sentir avoir un rôle important dans l’entreprise. Aujourd’hui, elle y travaille depuis quatorze ans.

« Avec le temps, j’ai aimé ce métier, affirme-t-elle. C’est aussi un métier d’autorité ». Ce travail lui rappelle son rêve d’enfance, celui de devenir policière, un métier où l’autorité et la discipline sont aussi importantes. Ce métier de policière, c’est en Algérie qu’elle voulait d’abord l’exercer.

« Ils m’ont appris à compter sur moi-même »

Car avant de vivre en France, depuis 18 ans, l’histoire de Madame Diouch a commencé en Algérie, à Oran, où elle est née, et dont elle garde beaucoup de souvenirs d’enfance. Elle y grandit loin de ses parents, qui se séparent alors qu’elle n’a que 2 ans. Élevée par une grand-mère mère au foyer et un grand-père berger qui passait beaucoup de temps dehors avec les animaux. En les regardant travailler chaque jour, elle apprend l’importance du travail et de la persévérance, se souvenant que ses grands-parents lui répétaient souvent qu’il fallait être courageuse et ne jamais abandonner. « Ils m’ont appris à compter sur moi- même », résume-t-elle.

A 6 ans, en regardant les autres enfants aller chez leurs parents après l’école, elle réalise peu à peu que sa vie est différente, sans ressentir de colère particulière. « Il faut vivre avec et continuer », confie-t-elle aujourd’hui. Elle décide alors de se concentrer sur l’école. Madame Diouch poursuit ses études en Algérie jusqu’au bac, qu’elle n’obtient pas. Une période compliquée pour elle, entre manque de repères familiaux et certaines difficultés personnelles rendant ses études plus difficiles. Malgré cela, elle a déjà un projet clair en tête. Devenir policière, et quitter le foyer familial. « Je voulais être indépendante financièrement. Et j’aimais beaucoup l’autorité, la discipline et surtout aider les autres », raconte-t-elle. Cette envie, elle l’explique aussi par un manque de repères dans son enfance, et un sentiment d’être « un peu livrée à soi-même. »

« Je me sentais perdue »

Mais sa vie va prendre une autre direction, quand, lors d’une fête familiale, elle rencontre celui qui deviendra son mari, un Français d’origine algérienne vivant en France, venu pendant la période des vacances afin de passer de bon moments avec sa famille. « Ce n’était pas un coup de foudre », explique-t-elle, mais une relation se construit. Après leur mariage en Algérie, Madame Diouch quitte son pays à l’âge de 18 ans pour venir s’installer en France. Malgré le soutien de son mari, le départ est difficile. Quitter son pays, sa famille et ses amis crée de la peur et de l’inquiétude. « J’avais une vie en Algérie que j’ai laissée derrière moi », se remémore-t-elle. J’avais une boule au ventre. »

« Je me sentais perdue », se rappelle la jeune femme d’alors. De son arrivée en France dans les Yvelines, à Trappes, elle garde le souvenir d’une journée pluvieuse. Elle ne comprend pas ce qu’on lui dit et se sent perdue. « Je ne parlais pas français, je disais seulement oui ou non », se souvient-elle. Même si elle garde un lien fort avec l’Algérie, qu’elle suit ce qui s’y passe et qu’elle y retourne parfois, ce qu’elle regrette le plus, elle ressent le manque des moments passés avec sa famille et ses amis.

« On a découvert la France et ses valeurs »

En France, une association à Trappes l’aide à apprendre le français pour pouvoir commencer à se débrouiller. Dans ces cours, « ça m’a rassurée, je me suis dit que je n’étais pas la seule. » La professeure, qui la soutient beaucoup, joue un rôle important. « Elle nous disait que beaucoup de personnes avaient réussi avant nous », raconte-t-elle. Elle m’a donné des conseils », comme de lire des livres, de regarder des films en français et de parler français à la maison. « Il faut parler français pour bien parler français », garde-t-elle à l’esprit.

Grâce à cette association, « on a découvert la France et ses valeurs », analyse Madame Diouch, à travers des sorties culturelles, comme la visite du château de Versailles. Ces moments l’aident alors à prendre confiance en elle. « Ça donne de la force », affirme-t-elle.  Petit à petit, elle commence à se sentir à sa place, en commençant à apprendre la langue, à se faire des amis et comprendre comment tout fonctionnait dans ce nouveau pays.

Aujourd’hui, « Je me sens très bien intégrée », affirme Madame Diouch. Elle a un travail stable, une maison, un mari et quatre enfants. Elle remercie son mari pour son soutien moral. « Il m’a beaucoup boostée » souligne-t-elle, l’encourageant quand elle doutait d’elle-même et la rassurant dans les moments difficiles, comme lorsqu’elle avait du mal à se faire des amis. Il l’aidait aussi dans la vie quotidienne et lui montrait qu’elle pouvait réussir, ce qui lui a donné beaucoup de force pour continuer.

Elle espère désormais transmettre ses valeurs à ses quatre enfants. « Je leur apprends la détermination, le respect et le partage. » Avec du recul, elle est fière du chemin parcouru, et elle tire une leçon de son histoire : « Il ne faut rien lâcher. Il faut garder la tête haute et travailler », insiste-t-elle. « Rien n’est facile dans la vie. »


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