« Je pense qu’il ne faut pas écouter les personnes qui nous critiquent » : le parcours d’Aïssata en SEGPA

Entrée en SEGPA dès la 6ème, Aïssata raconte son parcours au collège, ses difficultés, ses stages et son orientation vers un CAP. Un parcours scolaire encore souvent victime de préjugés.

« Tu sais pas lire ! », se souvient avoir entendu Aïssata, 14 ans, en classe de 3ème au collège Youri Gagarine, pendant une récréation, à un garçon en SEGPA.

« Je pense qu’il ne faut pas écouter les personnes qui nous critiquent car on sait que c’est faux », explique l’adolescente.

Madame Sow explique que sa fille a toujours eu des difficultés à l’école primaire, que ce soit en français ou encore en maths. Lors des différentes réunions parents-professeurs, les instituteurs de son école primaire expliquaient, grâce aux bulletins trimestriels, qu’Aïssata avait beaucoup de difficultés scolaires.

Aïssata a fait des activités au Centre Médico-Psycho-Pédagogique, le CMPP de Trappes, avec des psychologues, des psychomotriciens ou encore des orthophonistes. Aïssata y travaillait sa motricité à l’aide de jeux, mais elle y travaillait également le français, notamment la grammaire et l’orthographe, ainsi que les différents calculs en mathématiques.

Au deuxième trimestre de CM2, l’institutrice d’Aïssata propose une orientation vers une classe de SEGPA pour l’année suivante. Sa maman accepte sans réellement savoir ce que c’était.

Une entrée en SEGPA dès la 6ème

Aïssata est entrée en SEGPA dès la 6ème. D’autres élèves ont rejoint ce parcours en 5ème. Certains élèves sont entrés dès la 6ème car ils ont été repérés en CM2, d’autres ont été repérés lors de leur première année au collège.

Elle se souvient avoir eu peur d’y aller car aucune de ses amies n’y allait, d’une part parce qu’Aïssata n’allait pas dans son collège de secteur et, d’autre part, parce qu’aucun des élèves de sa classe n’avait été dirigé en SEGPA.

Le jour de la rentrée, elle était un peu stressée mais ses professeurs avaient fait en sorte de rencontrer d’autres élèves. Ils avaient « séparé les filles et les garçons et c’est resté comme ça même en 5ème, 4ème et 3ème », se souvient Aïssata. Cette première journée a créé deux groupes d’amis distincts dans leur classe puisque les filles et les garçons étaient séparés.

Pour Aïssata, la 6ème était une année simple. Elle ne rencontrait pas de difficultés, avait de bons professeurs et même de bonnes notes, environ 16 de moyenne générale. Elle était heureuse et se sentait bien car elle avait de bonnes notes sans beaucoup travailler.

Des classes adaptées aux difficultés des élèves

La SEGPA, section d’enseignement général et professionnel adapté, concerne seulement 2,5 % à 2,6 % des collégiens en France. Les classes comptent au maximum 16 élèves.

Les élèves suivent des matières comme le français, les mathématiques, l’histoire ou les sciences. À partir de la 4ème, ils étudient également des matières en lien avec différents parcours professionnels.

Sur les réseaux sociaux, on peut remarquer énormément de critiques et de préjugés sur les élèves en classe de SEGPA sans forcément en avoir rencontrés. Les élèves de SEGPA sont seulement des élèves qui rencontrent des difficultés. Leur classe réduite leur permet de mieux travailler et d’obtenir un enseignement adapté à leurs besoins. La SEGPA leur permet de réduire les difficultés qu’ils ont accumulées au cours de leur scolarité.

Awa Sow avance cependant plusieurs remarques. Tout d’abord, l’absence récurrente de certains professeurs empêche les élèves de suivre correctement les cours. « Quand ils sont absents, ils doivent trouver par exemple un remplaçant », explique-t-elle.

Selon elle, les professeurs pourraient donner du travail d’un niveau plus élevé et des devoirs pour rattraper leur retard.

Aïssata affirme que c’est parfois difficile de travailler. « Il y a beaucoup de bruit, ça crie, ça hurle et tout. Et c’est vrai, mais des fois aussi, c’est calme », raconte-t-elle.

En 4ème, la découverte des métiers

Les niveaux de 4ème et de 3ème sont conçus pour que les élèves de SEGPA puissent avoir une bonne expérience professionnelle avant le lycée professionnel, notamment pour préparer des CAP. Il y a beaucoup de changements par rapport aux deux premières années de collège. De nouveaux professeurs sont arrivés ainsi que de nouvelles matières et des stages.

Aïssata explique l’introduction de deux nouvelles matières : « HAS, ça signifie Hygiène Alimentation Service. On apprend le métier de la cuisine. On apprend la couture, comment faire le linge, tout ce qui est de la restauration. Et habitat, on apprend les métiers du bâtiment, on construit et on apprend la construction. »

Elle aime bien HAS car lorsqu’ils ont fini de cuisiner, ils peuvent déguster ce qu’ils ont préparé, ce qui permet de rapprocher toute la classe. Au contraire, l’ensemble de la classe n’apprécie pas l’habitat. « Peut-être qu’ils trouvent ça ennuyeux », pense Aïssata.

Quatre stages pour découvrir le monde professionnel

Les élèves doivent également trouver des stages en milieu professionnel : deux en 4ème et deux en 3ème, contre un stage en 3ème pour les collégiens en formation générale.

Aïssata a eu l’occasion d’effectuer des stages en pharmacie, au Franprix de sa ville, mais également à la médiathèque.

« Le seul stage que j’ai aimé, c’est à la crèche », explique-t-elle. Elle a beaucoup aimé ce stage car c’est le seul stage où il y avait beaucoup de choses à faire. Elle pouvait s’occuper des enfants et elle jouait avec eux. Dans les autres stages, il n’y avait pas grand-chose à faire. À Franprix, par exemple, « j’ai fait la caisse, j’ai rangé les rayons ».

Madame Sow explique que « c’était plus simple de trouver un stage pour ma fille en SEGPA que pour ma fille en générale. En même temps, ils ont des périodes de stage différentes ». Par exemple, certains ont des stages en décembre et d’autres en septembre. Cela permet aux élèves de SEGPA d’obtenir des stages plus facilement et dans les secteurs qui les intéressent. Ils pourront trouver la voie qui les intéresse.

Après la SEGPA, un projet professionnel

L’orientation scolaire est une étape clé qui suscite souvent de nombreuses questions. La plupart des élèves en SEGPA se dirigent vers un CAP : environ 75 %, soit trois élèves sur quatre.

La maman d’Aïssata ne regrette pas qu’Aïssata soit allée en SEGPA car elle avait beaucoup de difficultés à l’école. Elle pensait que la SEGPA permettrait à Aïssata de rattraper son retard par rapport aux autres élèves et d’avoir son brevet des collèges, qu’elle n’a pas eu. Mais elle a eu son certificat de formation générale, le CFG, un diplôme national qui valide l’acquisition de connaissances de base et des capacités d’insertion sociale et professionnelle.

Aujourd’hui, Aïssata est en CAP équipier du commerce au lycée Jacques Prévert à Versailles. Son objectif est de pouvoir faire un bac pro AGOrA, Assistance à la Gestion des Organisations et de leurs Activités. Après son parcours en SEGPA, elle sait aujourd’hui vers quelle voie elle veut aller.

 

Binta Sy


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