A la rencontre de son identité en RDC

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Rebecca est allée à la rencontre du pays d’origine de son père, en république démocratique du Congo. L’occasion pour elle de se rapprocher de ses racines et de mieux s’approprier les multiples facettes de son identité.

C’était enrichissant et ça nous a fait beaucoup de bien” se réjouit Rebecca, 18 ans, en parlant de ses moments passés en famille, à Kinshasa, en République démocratique du Congo d’où la famille de son père est originaire.

J’ai toujours grandi avec plusieurs cultures, française, ivoirienne et congolaise” affirme la jeune Trappiste, ajoutant que ces cultures ont une place majeure dans sa vie, que ça soit la langue, les traditions ou les liens qu’elle garde tout au long de l’année avec les membres de sa famille, et qui la relient avec ses pays. “Tout au long de l’année j’ai ma famille au téléphone ou en appel vidéo, ce qui permet quand même de garder des liens” explique-t-elle. Très souvent pour prendre des nouvelles, sans pour autant s’attarder. Une manière de garder contact même en étant loin les uns les autres.

Mais en visitant son pays, elle revient aux sources familiales. “Le fait que j’ai de la famille au Congo, quand j’y retourne c’est comme un rafraîchissement” justifie Rebecca. Lors de son dernier voyage, explique-t-elle, “j’ai effectué plein de choses qui ont enrichi mon savoir et ma découverte sur la culture congolaise” assure la jeune femme, après avoir participé à plusieurs visites guidées par des accompagnateurs leur expliquant une partie de l’histoire de leur pays. Une meilleure compréhension du pays, cette fois-ci, par “des safaris dans la vallée de N’Sele”, un espace protégé à une heure de Kinshasa, “ou encore visiter des refuges de singes”, dans le sanctuaire Tchimpounga, le plus grand sanctuaire de chimpanzé d’Afrique, à 8h de route de la capitale, pas loin de la mer, exprime-t-elle toute fière. Des expériences qui lui ont fait découvrir des parties inconnues de ce pays dans lequel se plongent ses racines, ainsi que des animaux et des environnements qu’elle n’a pas l’occasion de voir en France, créant chez elle un sentiment d’apaisement lui permettant, se remémore-t-elle, de profiter pleinement du moment présent.

Toutes ces activités, Rebecca peut les réaliser sur place grâce au niveau social de sa famille. “J’ai un meilleur statut social au Congo qu’en France” explique l’étudiante-infirmière, grâce aux revenus que gagne sa famille au Congo, qui possède depuis de nombreuses années “plusieurs hôtels, des immeubles, des bars ou autres”. Ils possèdent aussi plusieurs lieux d’habitation, ce qui permet à Rebecca de changer facilement d’endroits en RDC.

Mais elle précise que les conditions de vie de la population restent meilleures en France, en raison notamment de meilleures infrastructures. “Au niveau de l’électricité, le courant peut se couper MINIMUM, souligne Rebecca, une fois par jour au Congo”, qui constate aussi que “les Congolais n’ont pas de bonnes conditions de vie pour accoucher. Pour eux une femme peut mourir à n’importe quel accouchement”, raconte-t-elle, avant d’ajouter : “Pour l’eau c’est pareil, les coupures sont habituelles et ne nous atteignent même plus”

Ce qui ne l’empêche pas de se sentir là-bas à l’aise et chez elle. Notamment parce que “la population est très accueillante”, confie Rebecca, qui a ressenti que les habitants les mettaient, elle et les membres de sa famille venus de France, au maximum à l’aise pour qu’ils ne se sentent pas rejetés, ou à l’écart. “Ce qui fait que la joie et le bonheur passent au-dessus des mauvaises conditions matérielles” admet-elle.

Cette expérience familiale en République Démocratique du Congo lui permet aussi de comparer la France à la Côte d’Ivoire, d’où est originaire sa mère, plus précisément de Grand-Bassam, première capitale du pays à l’époque coloniale, et Abidjan, la capitale actuelle du pays, de deux villes du sud du pays. La dernière fois qu’elle s’y est rendue c’était en 2018 avec sa famille. Elle y retourne aussi pour revoir sa famille du côté maternel et approfondir ses connaissances sur cette culture. “C’est un pays très chaleureux, avec des paysages et une nourriture exceptionnels. Et les plages sont superbes” s’enthousiasme Rebecca, qui ajoute que, comparé au Congo, les conditions de vie y sont bien meilleures, presque aussi bonnes qu’en France.

Pour Rebecca, posséder plusieurs cultures est une bénédiction, la chance de ne pas avoir une mentalité ciblée sur un seul principe, “J’ai la chance d’être ouverte, de m’adapter plus facilement à tout”, indique Rebecca, donnant comme exemple sa capacité à rire de tout pour être sociable quand elle est France, et l’obligation de savoir rester humble et avoir du respect des cultures congolaises et ivoiriennes. “J’ai vu plein de choses et plein de façons de faire différentes. Donc en soit, on va dire, rien ne me choque”, explique-t-elle.

Quand t’es une personne qui a plusieurs visons des choses et de la vie, française, ivoirienne et congolaise, tu peux au final créer ta propre identité en faisant un « mix » en quelque sorte” explique la jeune femme en parlant d’un sujet sensible dans la société française, avant d’affirmer “Je n’ai pas de difficulté à me créer une identité”.

Le problème en la matière, quand il y en a un, vient plutôt des personnes qui n’ont pas l’expérience de ces différences culturelles. “Exemple tout bête : en France, quand je dis que j’ai 6 frères et sœurs, on va me rigoler à la gueule. Au Congo ou en Côte d’Ivoire, quand je dis que j’ai 6 frères et sœurs, on va féliciter ma mère d’avoir donné la vie 7 fois”, explique cette membre d’une famille nombreuse dont elle est fière.

Si ces cultures l’enrichissent tellement, c’est aussi qu’elles ne sont pas figées. Rebecca se les approprie petit à petit, à force de rencontres et d’expériences, lui permettant de mieux comprendre l’histoire d’un de ses pays, les façons de cuisiner, et ses histoires familiales. “Mon mélange de culture est quelque chose que j’apprécie découvrir de jour en jour”, confie-t-elle.

Et c’est cette histoire toujours en construction qui lui donne envie de faire quelque chose pour les pays dont sont originaires ses parents. “Il y aura toujours quelque chose à faire parce que c’est l’Afrique, analyse la future infirmière. Niveau développement on est un peu en dessous du reste du monde. Investir ou créer quelque chose là-bas serait pas mal”.

Sarah Jaaouane

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