Violences policières contre Warren : ” Plus jamais de la vie je veux avoir affaire à eux ! ”

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Le dimanche 25 juin dernier, Warren, 18 ans, jeune Elancourtois habitant le quartier des Petits Près, à Élancourt, aurait été victime d’une agression injustifiée de la part des forces de l’ordre près de l’école primaire de son quartier. Une vidéo de cette violente interpellation a permis à la famille de médiatiser cette affaire.

Propos recueillis par Dikra Saadi

Est-ce que tu peux nous raconter ce qui s’est passé le dimanche 25 juin ?

Warren : Je faisais des tours de scooter près du quartier, quand j’ai vu une voiture arriver à mon niveau sans gyrophare ni rien, et qui essaie de me renverser. J’ai réussi à l’esquiver mais quand je me remets à regarder la route, je vois un homme devant moi, pareil, sans brassard sans rien, qui braque son arme sur moi. J’ai vraiment cru qu’il allait tirer. J’essaie de l’esquiver aussi, mais il m’a mis un coup de cross à l’épaule droite. Je me suis dit que c’était peut-être la BAC. Je me suis donc arrêté et j’ai présenté les papiers du scooter. Mais il m’a balayé et je me suis retrouvé au sol après m’avoir dit« j’men fou ». Ils ont alors commencé à me frapper et me trainer sur 5, 6 mètres jusqu’à un arbre, où ils m’ont mis plein de coups. C’est ces coups-là qu’on voit dans la vidéo. Ils m’ont même étranglé jusqu’à ce que je me sente partir. Après ils m’ont mis les menottes, ils m’ont amené en garde à vue au commissariat de Trappes. Dans la voiture ils m’ont pas attaché ce qui fait que je me balançais de part et d’autre de la voiture, je leur disais que j’avais mal, mais ils me disaient « ferme ta gueule ». Pendant cette garde à vue, ils ont fait exprès de me serrer les menottes. Quand je suis sorti de garde à vue, mes doigts étaient violets, je sentais plus ma main, je sentais plus certains doigts et c’est juste au bout de 15 jours que j’ai commencé à avoir des fourmillements.

Une fois en garde à vue que s’est-il passé ?

Warren : Dans la cellule de fouille, où il n’y a pas de caméra, ils m’ont fait à cinq reprises des clés de bras. On m’étouffait. Dès que je commençais à m’évanouir, ils s’arrêtaient. Ils savent comment faire. Je reprenais mon souffle et ils recommençaient. Ils m’ont aussi mis des petits coups de taseur sur les jambes de manière aussi à pas laisser de traces. J’ai rien eu à manger ni à boire jusqu’au lendemain matin quand ils m’ont transféré au commissariat d’Élancourt. Là-bas, ils m’ont donné une brique de jus et un gâteau.

Qu’as-tu ressenti exactement au moment de l’interpellation ?

Warren : Au moment où je suis à terre et quand je suis roué de coups, je pensais à plein de trucs dans ma tête, comme l’affaire d’Adama Traoré. J’avais vraiment peur pour ma vie sur le coup… J’avais l’impression d’être un chien et pas un être humain, c’était dévalorisant. Ensuite j’étais gonflé de partout de ma lèvre, ma narine gauche était ouverte, ils m’ont même insulté pendant qu’ils me frappaient et me passaient les menottes et aussi au commissariat, ils se moquaient de mon nom de famille, ils m’ont dit « ferme ta gueule », « p’tit con ».

Est- ce que ce genre d’abus faisait déjà parti de ton quotidien ou celui de ton entourage ? As-tu été déjà été victime d’intimidations, d’insultes de la part de policiers ?

Warren : Oui ça fait partie de mon quotidien, c’est déjà arrivé dans le quartier sauf que ça n’a pas été filmé. Il y a même eu des interpellations, mais une comme ça je n’en ai jamais vu. De toute façon, ils ont l’habitude de nous provoquer en faisant des doigts d’honneur, en klaxonnant, quand ils passent devant notre quartier. Ils font exprès de nous titiller pour qu’on fasse quelque chose. Je ne sais pas pourquoi ils font ça, peut-être qu’ils n’ont rien à faire… de toute façon pour eux on est des racailles, on est des voyous, une mauvaise graine en gros. Pourtant ces policiers-là, je ne les connaissais même pas.

La vidéo de ton interpellation a-t-elle changé la donne dans ton cas ?

Warren : Celui qui me frappait, au bout d’un moment son collègue lui dit : « ça filme, ça filme ! » Mais il m’a quand même mis deux derniers coups qu’on voit dans la vidéo, comme s’il s’en fichait. Par contre si ça n’avait pas été filmé, j’aurais pas pu mener de combat au niveau de la Justice, parce que ça aurait été ma parole contre la leur. Et c’était perdu d’avance

Est-ce que ton rapport et tes sentiments vis-à-vis de la police et au pouvoir plus généralement a changé depuis ton agression présumée ?

Warren : Déjà, avant ce n’était pas positif, j’avais zéro confiance. Alors, là, c’est encore pire, maintenant quand je suis dehors et que je vois la police, je bouge. Aujourd’hui, je veux même pas qu’ils me contrôlent, plus jamais de la vie je veux avoir affaire à eux. J’ai peur pour ma vie mais j’ai aussi peur de perdre le contrôle et que ça dégénère. »

Propos recueillis par Dikra Saadi

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Infos de l'auteur

Dikra Saadi

J'ai 18 ans, en première année de licence de droit à l'université de Saint-Quentin. Citoyenne révoltée , pour moi Trappy blog est non seulement un moyen de partager mes expériences et de m'ouvrir à de nouvelles choses, mais aussi l'opportunité de montrer que Trappes ne se résume pas à l'image négative que certains médias véhiculent.