Un maire musulman à Londres ?

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On assiste en Occident, à l’accession aux postes clés de personnes issues des minorités. Après les Etats-Unis qui élisent un noir au poste suprême, c’est au tour de Londres de porter un musulman d’origine pakistanaise à la tête de sa Mairie. En effet, Sadiq Khan, fils d’un chauffeur de bus, a remporté les élections municipales sous la bannière du parti travailliste. Les médias français ont sauté sur l’occasion pour nous informer de cette bonne nouvelle en boucle, « un musulman élu maire de Londres ».

Musulman. C’est un gage de réussite au poste de maire ? Cela équivaut-il à un diplôme à Londres ? Est-ce le côté « exotique » qu’il faut souligner ?

A vrai dire, l’annonce de son élection, la forme j’entends, m’a mis mal à l’aise. Je vais tenter de sonder les méandres de mon inconscient et d’expliquer cela.

Nous sommes en 2016, dans une Europe qui sort d’un XXème siècle riche en guerres, conflits, génocides. Une Europe qui a appris de ses erreurs, me semblait-il, notamment dans son rapport à l’autre. Et pourtant, c’est dans un climat délétère qu’intervient cette élection, un climat où le vivre-ensemble apparaît plus que jamais une utopie. Où l’entre-soi est plus que jamais confortable. Dans ce contexte, l’élection d’un musulman maire de Londres devrait me ravir ou du moins, raviver l’espérance en des lendemains fraternels.

Pourquoi je ne le ressens pas comme ça ? La forme… oui, la forme !

En effet, l’annonce par les médias a cristallisé sur sa confession religieuse. Comme pour dire, « vous voyez les étrangers, ils peuvent même devenir maire chez nous » (enfin, chez eux). Une manière de se donner bonne conscience, ou un lapsus révélateur ?

Dans les médias français, il est coutume de donner des informations sur les origines ethniques ou religieuses des individus, sans que cela est une grande importance eu égard de l’information elle-même. Néanmoins, cette habitude de mettre en évidence le caractère « différent », « étranger », des personnes, est à mon sens, le symptôme que le corps national n’est pas bien en point. Je fais partie de ces gens dont on donne l’origine. Mais je suis Français… c’est en tout cas comme ça que j’apparais au yeux de la République. Mais les valeurs de la République n’ont pas l’air d’être partagés par certains français, certains médias français, et n’ont pas encore imprégné l’inconscient français.

J’imagine souvent la société française sous la forme d’une représentation graphique gaussiene. La Gaussienne est une fonction mathématique qui permet notamment, de suivre la distribution d’une population en fonction de critères choisis. Cette courbe ressemble à une cloche, dont le centre serait le français typique. Il y a aussi ce qu’on appelle l’écart-type, qui permet de définir la population autour de ce français typique, une population française moyenne dirons-nous, la norme. Et puis, il y a les bords de la cloche, des gens qui appartiennent à la population française mais qui s’éloignent du centre de la cloche, là où se trouve la population hors norme. Ces bords représentent des gens, des familles, des Français… à qui notre République a promis liberté-égalité-fraternité mais qui sentent bien que leur non-appartenance à la norme (de la gaussiène) sera tôt ou tard instrumentalisée. Cette instrumentalisation ne sera pas nécessairement du racisme, ça serait trop facile. Néanmoins, je me dis qu’on peut tenter de définir une population moyenne, la norme, non pas à partir du centre, mais en soulignant les bords, les marges, le hors-norme, afin que cette population puisse servir a contrario, en tant qu’anti-modèle, à définir les contours d’une population considérée comme normale.

Ca peut sembler simpliste et pourtant, je me suis récemment intéressé à l’éthologie humaine et à la psychologie évolutionniste, qui ont vocation à expliquer les comportements humains comme résultats de l’adaptation de notre espèce à son environnement. Le prix Nobel de physiologie/médecine de 1973 venait saluer les travaux dans ces domaines sur « l’organisation et la mise en évidence des modes de comportement individuel et social ». Selon ces travaux, il semblerait que nous soyons prédisposés à former des groupes pour favoriser notre survie. C’est indéniable, l’humain est sociable. Comment avons nous toujours fait pour savoir quel groupe rejoindre ? Et bien, c’était par défaut ! Nous évitions les groupes d’individus qui ne nous ressemblaient pas et, ainsi, nous finissions par ne nous retrouver qu’avec des individus qui nous ressemblaient. Le groupe ainsi formé se constituait d’individus qui avaient eu le point commun de rejeter les autres groupes. Pour faire simple, le groupe se définissait, non pas de l’intérieur, mais contre l’extérieur. Ce type de comportement est toujours inscrit dans nos gênes. La prise de conscience du jeu de ces mécanismes innés est le seul moyen d’appréhender tous leurs effets.

Tout ça pour dire que je crois que notre société a besoin de l’étranger pour se définir, et que devoir jouer ce rôle peut être pesant.

Tout ça pour dire qu’autant je crois aux principes républicains, autant je n’ai pas confiance pour la suite.

Tout ça pour dire que je suis Français, mais qu’on me ramènera à mes origines quand ça sera utile .

Voilà donc l’origine de mon malaise.

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