Le terrain et les vestiaires deviennent « un lieu de rencontre pour les habitants de La Verrière »

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Tous les samedis, il prépare ses affaires, prend son sac à dos et part en direction du stade. Arrivé sur le terrain de football, le voilà dans son élément, prêt à accueillir une trentaine de petits Mbappé plus motivés les uns que les autres. Rencontre avec Ali Alichickh, entraîneur à l’école de foot de La Verrière.

« Si à cet âge‐là vous semez de la bonne herbe, si vous inculquez des bonnes valeurs, un état d’esprit dès le plus jeune âge, ils en gardent quelque chose. » Retraité de 61 ans, c’est guidé par ce principe qu’Ali Alichickh entraîne les enfants de 6 à 10 ans tous les samedis après‐midi au Parc des Sports Cousteau de la Verrière. L’année passée, le faible effectif du groupe d’enfants avait obligé le club à fermer la section jeunes. Ali, à la carrière d’entraîneur reconnue sur le territoire, décide alors de s’engager dans la recomposition de l’école de foot. Le 29 septembre 2018, il prend la décision de renouer avec une de ses passions et de réenfiler ses crampons. Et lorsqu’on lui demande les raisons de cet engagement, sa réponse est claire : « J’avais envie de remettre le pied à l’étrier. J’aime ça, tout simplement ».

Pour encadrer le groupe, il est régulièrement aidé par Cédric, habitant de la Verrière et père d’un enfant lui‐même inscrit à l’entrainement, mais aussi par ses deux fils, Djamel et Selim. Deux de ses petits‐fils sont également présents sur le terrain en tant que joueurs. Non sans fierté, il souligne « y’a le grand‐père, les deux fils et les deux petits‐fils. Y’a le côté symbolique ». Conseiller municipal à La Verrière, membre du syndicat des locataires d’Orly Parc et grand‐père à temps plein, il justifie son retour sur le terrain par une envie de transmission : « Je suis venu pour amener mon expérience, mes compétences pour aider le club de la Verrière, pour donner envie aux footballeurs en herbe de pratiquer leur sport favori, de s’exprimer et de prendre du plaisir. »

Derrière cet engagement bénévole se trouve une réelle motivation à faire de l’équipe un lieu de socialisation pour les enfants de La Verrière. Plus que la performance, ce qui compte, « c’est surtout l’état d’esprit ». Pour lui, « les enfants sont là pour se faire plaisir », mais cela va de pair avec le respect d’un certain nombre de valeurs lors des entrainements, exigeant par exemple de se saluer à l’arrivée et au départ de l’entraînement. L’ambition est avant tout de donner aux enfants des outils pour devenir des adultes portés par des principes de respect et de solidarité en dehors du terrain. Pourtant avec Ali, il n’y a « pas de sanctions, pas de punitions, ni rien. C’est juste toujours psychologie, pédagogie ».

Afin que l’équipe devienne un lieu de rencontre et de partage, Ali accorde une grande importance à la mobilisation des familles, élément essentiel selon lui de l’implication de leurs enfants dans leurs pratiques de loisirs et dans leur éducation. Il a su rendre visible la reprise de l’équipe et valoriser les activités du club en s’appuyant notamment sur les mères de famille. Pour lui, « la meilleure publicité ce sont les mamans ». Entraîneur de foot sur le territoire de la Verrière et d’Élancourt depuis 1984, il est aussi touché de voir que quelques‐uns des apprentis footballeurs qu’il entraînait quand ils étaient petits lui amènent à leurs tour leurs enfants « auxquels seront transmis les mêmes principes : respect, loyauté, tolérance, persévérance et honnêteté. Et bien sûr, aussi, une bonne base technique ! ».

Pour Ali, cet aspect social de son activité au club est central, de même que « le côté convivial, cordial ». Comme il le dit, « On doit former comme une famille. ». A ses yeux, le club de foot, en tant que lieu de loisirs pour les enfants, doit aussi être porteur d’un aspect éducatif et de valeurs auxquelles les familles peuvent s’identifier. Il travaille chaque semaine ce lien avec les familles en amenant des temps d’échanges, avant et après chaque entraînement, et en les encourageant à participer aux manifestations du club. Le terrain et les vestiaires deviennent « un lieu de rencontre et de vivre ensemble pour les enfants et habitants des trois quartiers de La Verrière ». Il met aussi un point d’honneur à les inciter à laisser rêver leurs enfants à un futur semblable à celui des grandes stars du foot actuelles comme Antoine Griezmann ou encore Paul Pogba.

Son accompagnement ne se limite pas au temps de jeu sur les terrains de la Verrière. Dans une volonté de transmission et de partage autour de sa passion, Ali accompagne des joueurs et leurs familles afin d’assister à des matchs de l’équipe du Paris Saint Germain auxquels ils n’auraient sinon pas forcément la possibilité d’assister : « J’ai eu la chance quelques fois d’avoir des places pour le Parc des Princes. J’en aurai d’autres en cours d’année, je veux que tout le monde y passe pour aller voir Mbappé, Neymar, voyez la grande équipe du PSG ».

En contrepartie de son implication pour le club et du temps qu’il y consacre gracieusement, Ali tient à ce qu’un goûter soit organisé pour les enfants à chaque période de vacances scolaires. Il évoque avec joie l’événement qu’il a organisé pour la fin de l’année 2018 : « Le 15 décembre, dernier entraînement de l’année 2018. J’avais fait un super goûter. Il y avait 28 enfants présents vous voyez. Plus les parents. Donc on s’est retrouvé à plus de 40 dans la salle ». Au‐delà de la pratique du foot, il s’agit de créer un lieu de rencontre et du lien avec les familles mais aussi entre celles‐ci.

Alors que dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), la pratique du football est généralement plus développée que celle des autres sports, et que la Verrière possède deux QPV, son équipe de foot des 6 – 10 ans peine à se développer. Ali affirme par exemple être limité dans la proposition d’autres entraînements à destination des enfants : « Beaucoup de parents me demandent le mercredi. Mais le mercredi je suis tout seul et je ne me vois pas tout seul avec trente enfants. » Pour Ali cela est « dommageable dans une ville comme La Verrière où il y a 72% d’appartements sociaux, beaucoup d’enfants issus de familles monoparentales qui aiment le foot ».

Dans un contexte peu favorable de réduction du nombre de contrats aidés, le recrutement d’éducateurs sportifs pourrait permettre de répondre à une demande croissante des familles de la ville tout en proposant une activité salariée à des personnes éloignées de l’emploi. Contrats aidés ou pas, Ali a de l’espoir concernant l’extension du club pour les années suivantes. « Y’a 5 – 6 parents qui veulent me suivre. J’ai eu des échos comme quoi l’an prochain il y a un ou deux éducateurs qui voudraient me donner un coup de main. »

Clara Thiebaut et Laura Mortessagne

Cet article a été produit en collaboration avec le Master 2 ” Sociologie Politiques sociales territorialisées et Développement social urbain ” de l’université de Saint‐Quentin‐en‐Yvelines.

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