Des brebis pour sensibiliser à l’écologie au lycée

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Cette année, le lycée de la Plaine de Neauphle à Trappes s’est donné pour défi de sensibiliser ses élèves au développement durable. Pour ce faire, l’équipe pédagogique a fait le choix d’aménager le lycée dans un esprit éco citoyen.

Elles vont aller manger l’herbe et avec les déjections, ça va permettre la fertilisation des sols”. Depuis le vendredi 15 mars, le lycée de la Plaine de Neauphle a accueilli Barbara, Violette et Jonnie, 3 brebis solognotes. Les brebis ont pour rôle de faire de l’éco pâturage, c’est-à-dire de faire le travail d’une tondeuse, sans polluer. C’est M.Bouquin, 26 ans, gestionnaire du lycée, qui a fait le choix de cette action pour le développement durable. Le gestionnaire a aussi pour projet d’installer des ruches sur le toit de l’établissement afin que les abeilles aillent polliniser les environs. “ Ça rentre dans une grande politique menée par le ministère de l’environnement qui est celui du repeuplement de la France en abeilles”, affirme M.Bouquin, qui apprécie l’idée d’avoir une petite ferme au sein du lycée, afin que les élèves puissent se familiariser avec les animaux.

Ces aménagements ne se sont pas arrêtés là. A l’intérieur du lycée, plusieurs salles vides ont été rénovées en gardant toujours l’esprit écolo, aménagées avec des sièges en troncs d’arbres, des fauteuils faits de palettes sur lesquels ont été posés des matelas et un mur de craie sur lequel les élèves peuvent écrire. Une salle de repos a été créé avec l’aide de Joachim, étudiant d’une vingtaine d’années en service civique, avec des élèves volontaires. Et non‐volontaires. Car les élèves collés avaient pour mission d’aider Joachim à construire la salle de repos : “au lieu de faire un travail individuel, ils répondent à un travail d’intérêt général. Pour moi, ça aussi c’est un développement durable, je fais quelque chose qui va servir à un collectif, qui va servir à un groupe, et non pas une punition individuelle qui fait que je suis tout seul dans mon coin”, explique Madame Arino, proviseure depuis 2 ans du lycée la Plaine de Neauphle.

Côté nourriture aussi les choses ont changé. “La cantine est bien meilleure que l’année dernière” constate Clara, élève de 1ère ES. Les repas de la cantine sont dorénavant préparés sur place, avec des produits biologiques. Des plats végétariens sont aussi désormais disponibles. C’est M.Bouquin qui a souhaité mettre en place des plats végétariens, pour respecter le régime alimentaire de chacun, mais aussi pour lutter contre l’élevage intensif. “Nous allons aussi avoir mi‐février une cellule de reconditionnement pour lutter contre le gaspillage alimentaire” affirme‐t‐il.

Ces aménagements permettront‐ils aux élèves de s’intéresser au développement durable ? D’après Joachim, la plupart des personnes, pas que les jeunes, ont banalisé cette notion. “Pour les gens, tu leur parles de développement durable, ils voient à peu près ce que c’est, sans vraiment trop la définir“. Selon lui, “aujourd’hui on est obligé de modifier notre mode de consommation parce que à terme, ce qu’on consomme aujourd’hui ne pourra plus être consommé dans quelques années”. C’est pourquoi il pense qu’il est indispensable d’instruire les élèves au développement durable. La solution serait peut‐être d’en faire une matière : “cette thématique de l’écologie devrait être inscrite dans les programmes du lycée pour comprendre pourquoi y a autant de changement climatique, pourquoi il y a beaucoup de catastrophes naturelles”. La proviseure du lycée approuve : “ Le développement durable ça touche tout ce qui est autour de la santé. Ça va être aussi bien de l’éducation, les économies d’énergie, y a plein de choses dans le développement durable. Selon elle, c’est une thématique tellement large que cette question “n’appartient pas à une élite, ça n’appartient pas à une catégorie socio‐professionnelle particulière”

A la cantine, Monsieur Bouquin remarque, lui aussi, l’ignorance qu’ont les élèves sur le problème de notre consommation excessive. Il “trouve ça dommage qu’il y ait un manque de curiosité des élèves parce qu’ils loupent pleins de choses”. Quant à Madame Arino, elle pense que le problème est profondément enraciné : “on est sur des habitudes culturelles, des habitudes alimentaires, ou pendant des années, on a entendu parlé qu’il fallait manger de la viande”. Néanmoins, malgré l’effort fourni par l’équipe pédagogique, certains élèves restent campés sur leurs positions. Rares sont ceux qui choisissent les plats végétariens, préférant prendre l’assiette contenant le poisson ou la viande. “ Je trouve que c’est la liberté de chacun. Certes, il faut respecter l’animal et faudrait essayer de diminuer la consommation de viande, mais il y a un moment donné où on ne peut pas empêcher aux autres de manger de la viande” relève Clara.

Il y a, d’une part les élèves qui trouvent cette cause trop bobo, et d’autre part ceux qui trouvent excessive la défense de cette cause “trop tue le trop” prétend Laura* (le prénom a été modifié). D’autres encore n’apprécient guère les aménagements du lycée et sont réticents à l’idée d’avoir des brebis au sein d’un lycée “un mouton n’a rien à faire dans un lycée. Et puis ce n’est pas un environnement pour lui. Tout le monde va vouloir le prendre en photo, faire des snaps, le filmer h24, il n’aura pas une belle vie franchement”, regrette Clara. Elle trouve que “ ce n’est pas parce qu’ils vont ramener un mouton et des ruches d’abeilles que ça va me remettre en question sur le développement durable.” Jenny, au contraire, trouve que c’est une bonne initiative “ : c’est plutôt bien puisque ça améliore notre vie au lycée, c’est plus agréable de venir ici”. Jenny s’informait déjà sur le développement durable, avant même que le lycée mette en place toutes ces activités. “c’est bien que le lycée mette en place ces initiatives, ça peut permettre à d’autres personnes d’en prendre conscience. C’est quand même assez important cette thématique‐là”. D’après elle, peu d’élèves prennent cette cause au sérieux : “la plupart des personnes qui défendent l’écologie sont un peu moquées. On prend pas trop ça au sérieux, on pense que c’est pas grave si on ne s’en occupe pas maintenant, que ça ne va rien changer”. Jenny est optimiste et confiante : “ Je pense que tout ce que le lycée met en place ça va sûrement intéresser les élèves un minimum. Après, il y aura toujours des personnes qui s’en ficheront”.

Julie Roy

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