« Au final, Parcoursup, c’est pire qu’APB »

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À l’approche du bac, les lycéens et lycéennes de Trappes nous racontent leurs déboires sur Parcoursup. Au niveau national, ils sont 76 % à avoir au moins une proposition, soit 615 000 personnes. L’an passé, Admission post‐bac (APB), avait dit oui à 80 % d’entre eux.

Sur le site de la plateforme, les lycéens en attente de réponse posent l’air satisfait et le sourire aux lèvres. Ceux de Trappes sont, eux, beaucoup moins confiants. « Dans ma classe de L nous ne sommes que trois sur douze à avoir reçu un oui », commence Léa. « Les autres sont en attente ». La voix claire, le regard fuyant, elle raconte la nuit des premiers résultats. La plateforme qui plante, l’angoisse qui monte, l’impossibilité de fermer l’œil et tard dans la nuit la délivrance. « J’avais été prise quelque part. Bon, ce n’était pas ce que je voulais, mais au moins j’avais un truc ». Car, cette année, et contrairement à APB, les élèves ne peuvent hiérarchiser leurs préférences. De fait, le plan B, C ou D arrive au même niveau que l’orientation voulue en premier.

Un timing compliqué

« Perso cette plateforme, ça a été un ascenseur émotionnel », ajoute sa camarade de classe Joyce. Le soir des résultats, à côté de tous ses vœux, se niche un petit oui. Redoublante, plus assidue cette année, avec un meilleur dossier scolaire et une moyenne en hausse, elle se dit que son travail a payé. Mais voilà, les oui affichés ne sont pas des admissions, mais des ‘vous n’êtes pas refusés puisque sur liste d’attente’. « On a l’impression que c’est un logiciel qui nous sélectionne et non un être humain ».

Les premiers jours, elle ne quitte plus l’application. En une semaine, elle gagne cinq six places dans la liste d’attente. Et avec la date du bac qui approche, elle a arrêté de regarder. « J’essaie de ne plus y penser. Mais vraiment, faudra qu’on m’explique pourquoi ce timing. Limite, c’est plus important d’avoir une place sur Parcoursup que de réussir son bac ». D’autant plus, souligne‐t‐elle que l’an passé sur APB, elle avait été acceptée dans la filière choisie. « Et cette année, je suis 133e sur liste d’attente pour ce même vœu. Au final, Parcoursup, c’est pire qu’APB ».

D’une voix énergique et claire, Sana raconte, elle aussi, l’attente et la difficulté à trouver la motivation pour se replonger dans ses révisions. « J’ai dû attendre une semaine avant d’obtenir ce que je voulais. Et pendant cette période, j’arrivais pas à trouver la motivation pour le bac ». Outre le timing compliqué, elle décrit aussi l’ambiance dans sa classe de STMG (Sciences et Technologies du Management et de la Gestion). Deux autres filières lui ouvraient les bras. Et en attente de son premier choix, elle n’a pas décliné l’offre immédiatement. « Pourquoi tu as mis ces vœux ? Tu nous prends des places… Nous on a rien, tu devrais être contente. » Des reproches qu’elle dit comprendre. « On est trop stressés. On a l’impression que nos vœux ne sont pas étudiés sérieusement et que c’est un peu la roulette russe, ce truc ».

37 % des élèves ont accepté une des propositions faites

Pochette de dessins sous le bras, démarche légère et sac visé sur le dos, Léa attrape son train de banlieue. La réponse est tombée. Elle ira en licence dans l’établissement voulu. Un véritable soulagement pour elle. « Y’a un truc un peu injuste avec Parcoursup quand même. Dans mon lycée, une élève de S, avec une moyenne moins bonne a été prise direct. Et moi, avec mes 14,5 de moyenne et mon parcours littéraire, j’ai dû attendre une semaine pour être prise. »

L’an dernier, avec APB, pratiquement la moitié des candidats avait obtenu leur premier vœu. Cette année, sur Parcoursup, au 8 juin, mois de 300 000 futurs étudiants avaient définitivement validé la proposition faite, selon les chiffres communiqués par le ministère de l’Éducation nationale. Soit 37 % des élèves. Impossible cependant de savoir s’il s’agit de la filière voulue ou non.

Ahmed* fait parti de ces élèves qui ont validé leur choix par défaut, après une semaine d’attente. « Ce n’est pas exactement ce que je veux, mais je pense qu’après le bac, j’irais voir la fac pour négocier. Y’a toujours des places dans les amphis, je ne vois pas pourquoi ils me refuseraient ». D’une voix de radio, il revient sur son combat pour accéder à une filière générale. Jugé pas assez bon, le corps enseignant voulait l’orienter vers un bac STMG. Il reconnaît ne pas être très assidu en cours, avoir des difficultés à rester concentré, mais malgré tout, il s’accroche et veut sa place en littéraire. Le stress monte, les réunions d’orientations s’enchaînent. Les propos se font désagréables…

Comme lors d’un entretien où un enseignant lui lance « je ne me fais pas de soucis pour vous, mais y’en a qui veulent réussir ». Une claque. Malgré tout, il obtient le droit de rêver et à la rentrée suivante, le voilà en L.« Pour moi, Parcoursup c’est un peu une validation de mes compétences. Malgré tout ce qu’ils ont pensé. Je peux maintenant dire ‘vous voyez, je suis capable de réussir, d’entrer à la fac et non en BTS. Je peux le faire ! C’est ma revanche. Reste plus que le bac à avoir ».

Elodie Hervé

*prénom modifié

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