Massadio Haidara, la voie de la sagesse

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« Au mois d’août j’étais au Bois de l’Etang parce que renvoyé par le directeur du centre de formation qui ne voulait pas que je fasse le ramadan. 3 mois plus tard je jouais mon premier match professionnel en Ligue 1 contre Sochaux »

Enfance

J’ai rendez vous avec Massadio Haidara, sur le parking, à proximité du bâtiment 18 où nous avons grandi ensemble. Décontracté, baskets Nike, parfumé de Gris Montaigne, il a accepté de me livrer l’histoire de son ascension et les coulisses de sa vie de footballeur professionnel.

Né le 2 décembre 1992 à l’hôpital de Trappes, il grandit à la cité du Bois de l’Etang à La Verrière où il fréquente l’école du quartier. Dans le quartier le sport le plus pratiqué était le football, évidemment. Au gymnase tout le monde y va pour y jouer. Pourtant, sur les conseils d’un éducateur du quartier, Massadio va prendre sa première licence de Volley Ball « J’étais ouvert à tous les sports », dit-il calmement, comme une évidence. Ca aurait pu être le handball, le Ping-Pong ou le Badmington. Le gamin aime tous les sports, est ouvert à tout.

Début dans le monde du football

Puis comme tout le monde, il vient au foot, au club de La Verrière en benjamin première année qu’il quitte rapidement en raison d’une logistique légèrement défaillante : ” on avait du mal à jouer les matchs en extérieur car les parents n’avaient pas tous de voiture”. Il atterrit alors au club de Versailles grâce à un ami qui lui a conseillé de venir faire un essai. ” arrivé à Versailles j’ai été très bon à l’entraînement, j’avais cassé la baraque. Par la suite l’entraîneur m’a proposé de participer à un tournoi qui se déroulait le week-end d’après” Il y jouera durant trois ans dans les équipes de jeunes.

Mais La Verrière-Versailles, c’est 20 bornes. Massadio a 13 ans. Il prend les transports en commun. “Quand je jouais à Versailles je prenais le train tout seul même en hiver. J’avais pas de passe Navigo, je fraudais quelques fois. J’avais peur des contrôleurs.”. Seul compte pour le petit bonhomme de jouer dans l’élite. C’est que la culture de la fratrie est influente. Le grand frère est au même pensionnaire de l’INF Clairefontaire, le Polytechnique du football.

Le gamin est ambitieux. Et il est réflechi. Versailles n’a pas de 14 fédéraux, la meilleure catégorie de jeunes de son âge. Or, Massadio veut jouer dans l’élite. Il passe les tests de sélection à l’ACBB, le club de Boulogne, à proximité de Paris. Il est intégré à l’équipe. C’est le début d’une grande saison. Il gagne la coupe des Hauts-de-Seine avec son club. Beaucoup de ses anciens partenaires sont d’ailleurs devenus eux aussi professionnels : Ishak Belfodil, Khassa Camara, Adama Soumaoro. “Je vois Ishak régulièrement quand je reviens en vacances. Et les autres je les ai croisés sur le terrain.” C’est alors que les sollicitations comment à pleuvoir. A15 ans, après avoir passé pas mal de tests dans plusieurs clubs pro, il intègre le club professionnel de Nancy, en tant qu’arrière latéral. « J’étais attaquant à La Verrière, puis milieu à Versailles et enfin latéral gauche à l’ACBB. Chaque fois que j’ai changé de club je suis descendu d’un cran. » Massadio se souvient que lors d’un match le latéral gauche de l’ACBB se blesse, étant le seul gaucher de l’équipe disponible, il le remplace “Je ne voulais pas jouer arrière gauche. J’étais trop énervé”. Depuis, aucun entraîneur ne lui a proposé de changer de poste…

Au centre de formation

Certains joueurs n’arrivent pas à s’adapter à la vie hyper-réglementée, les attentes sont élevées, la pression énorme. Vivre loin du quartier et de son entourage n’est pas aisé. “Certains joueurs l’ont mal vécu, la distance, la famille, être dans une bulle… » Là aussi, l’exemple du grand frère passé par l’INF Clairefontaine, puis à l’Olympique de Marseille, est décisive dans sa rapide capacité d’adaptation. Nancy, c’est 100 000 habitants. Pas tout à fait la ville la plus déglingo de France. Tout est pourtant fait pour éloigner les joueurs de toute tentation. “Nancy c’était une ville bien, la difficulté c’est qu’on était éloignés du monde extérieur. Je voyais mes amis s’amuser sur les réseaux sociaux, alors que la vie en centre de formation était super réglementée.“J’y suis suis resté deux et demi avant de passer pro.” Massadio est dans son élément au centre de formation. Il a atteint un des objectifs fixé dés tout gamin, seul sur le quai de la gare à attendre son train pour Versailles. Et puis les conditions sont idéales pour travailler : belles installations, belles pelouses. Il se fait de nouveaux amis. ” l’ambiance quartier tu la retrouvais aussi un peu à Nancy. On était beaucoup de la région parisienne donc je me suis pas senti trop dépaysé. Même si parfois ça me manquait le quartier”

Si vous faites le ramadan vous rentrez chez vous” 

Cette année-là j’avais repris la saison avec la CFA (ndlr : c’est-à-dire l’équipe réserve. L’équipe d’au-dessus, c’est celle des pros), Ca tombait pendant la période du ramadan et il y avait un directeur très strict. Il a refusé que nous jeûnions moi et un autre joueur. J’étais déterminé à faire le ramadan et je me sentais en capacité physique de le faire en même temps que les entraînements. Pour nous sanctionner il nous a privés d’entraînement. Finalement il nous a renvoyés chez nous pendant un mois, d’août à septembre, jusqu’à la fin du ramadan.” A ce moment-là Massadio a conscience que sa carrière peut prendre une autre orientation que celle qu’il a toujours souhaitée. “Il y avait un danger pour ma carrière puisque c’était ma dernière année de contrat mais je n’y pensais pas”. Ce sont des moments intenses pour celui qui a quitté le quartier depuis quelques temps. Il joue tous les soirs au foot avec ses potes, prend le temps de vivre, au point de redevenir le petit Massadio des débuts. « Au quartier je suis retombé dans l’anonymat, limite je ne voulais pas revenir au centre j’étais heureux.” 

Au retour au centre de formation, son copain et lui sont toujours sanctionnés par le club. Direction l’équipe des moins de 19 ans, au lieu de la CFA. Vincent Hognon, un ancien pro devenu entraîneur des moins de 19 ans les prend sous son aile et suis l’évolution de ses joueurs avec attention “Il était sympa. A l’écoute. Bon, le match est arrivé à la fin de la semaine et nous étions quand même remplaçant”. Il s’en fout. Il profite sur le banc des remplaçants, avec son ami.“Au bout de 20 min je suis rentré parce qu’un joueur s’était embrouillé avec l’entraîneur. J’ai fait un super match et l’entraîneur est venu me voir et m’a dit qu’il allait en parler à l’entraîneur de la réserve. Puis je fais un deuxième très bon match contre Auxerre. L’entraîneur m’a encensé en me disant que je n’avais rien à faire ici. J’étais trop content de revenir en force. Je retrouvais la confiance, la condition physique. Et Vincent Hognon s’entendait bien avec Pablo Corréa (l’entraîneur de l’équipe professionnelle) . J’ai fait un autre match avec la réserve et les deux étaient présents ce jour-là. Ils m’ont demandé de venir m’entraîner avec les pros mais je m’étais fait mal à l’orteil. J’y suis allé la semaine d’après. J’ai cassé la baraque. Je gagnais presque tous mes duels. Je comprenais pas.”

Passage en professionnel 

Ils m’ont laissé m’entraîner toute la semaine. Quand en fin de semaine ils ont affiché la liste de ceux qui allaient jouer, j’ai même pas regardé. Et puis Julien Feret vient me voir et me dit : « j’espère que tu as préparé une chanson pour le match » J’étais dans le groupe. En septembre je jouais dans le quartier parce qu’on m’avait viré. En décembre j’ai fait mon premier match. Waye, c’est allé trop vite, c’est un des trucs qui m’a le plus marqué” 

Le jour du match il profite autant qu’il peut, hôtel, siège chauffant sur le banc des remplaçants. Ce jour-là, j’étais devant mon PC pour regarder le match en streaming. Massadio était trop content d’être sur le banc. Il profite : « je regardais les tribunes. Les jeunes du centre viennent voir tous les matchs à domicile. D’habitude j’étais là-haut, dans les tribunes ». Mais il ne pense pas à rentrer. Pourtant l’entraîneur adjoint lui demande d’aller s’échauffer. Il n’y croit toujours pas. Parfois des joueurs sont envoyés à l’échauffement sans entrer en jeu, juste au cas où. 2 minutes plus tard il est appelé, il transpire, il a chaud. Poussée d’adrénaline… “j’arrivais pas a écouter les consignes, j’ai tout oublié sur le moment. Et puis je suis entré. Le public m’a applaudi, ça m’a donné de la confiance. Comme je stresse, je me concentre sur ce que j’ai à faire. Je défends. J’avais en face de moi Maïga et Bakambu. Et c’est comme à l’entraînement, je m’étonne, je gagne mes duels, au pied, de la tête. Et on a gagné le match ». Massadio devient Haidara. « Le match d’après je dois jouer contre Lille mais le match est annulé. Et puis on reçoit le PSG, de Hoarau, Giuly, Makelele. Je suis titulaire. Et on gagne 2 – 0. Et puis j’ai fait 10 matchs en pro cette saison-là en tant que titulaire. Ca m’a ouvert les portes de l’équipe de France Espoirs où j’ai connu Griezmann et Lacazette, les sponsors. » Quelques mois avant il jouait dans le quartier… “Depuis j’achète plus mes crampons.”

Départ à Newcastle

Haidara a des envies de voir ailleurs, il passe par une période avec moins de temps de jeu. Le départ de Pablo Corréa et l’arrivée de Jean Fernandez change la donne : “Je jouais moins. Donc je voulais partir mais le club me retenait. J’ai dû attendre 6 mois avant de rejouer. Finalement j’ai fait une bonne saison même si les résultats étaient en dents de scie.” Mais les résultats sont tellement décevants que le club risque la descente en Ligue 2 “Sur ma dernière année le président Rousselot a souhaité organiser la descente en vendant les meilleurs joueurs. Il m’a fait comprendre que c’était mieux que je parte. Y’avait pas de souci. J’étais reconnaissant à Nancy de m’avoir accepté au centre et de m’avoir lancé” Il est convoité par plusieurs grands clubs européens. Milan AC, l’Olympique de Marseille, le PSG des qataris qui viennent tout juste d’arriver. “Le PSG était intéressé mais il m’ont dit d’attendre la fin de saison. Mais je ne voulais pas prendre le risque qu’ils se rabattent sur un autre joueur à la fin de saison”  Finalement il choisit Newcastle qu’il rejoindra la saison suivante durant le mercato d’hiver en même temps que Yohann Gouffran et Mapou Yanga-Mbiwa.

Quelques jours après notre rencontre pour le portrait je me retrouve chez Massadio, à Newcastle, avec son frère Mhamy. Nous prenons du bon temps et vivons la vie de footballeur quelques jours. Là-bas nous faisons la rencontre des Frenchies de Newcastle : Emmanuel Rivière, et Henry Saivet qui nous ont fait des crêpes salées, Yohann Gouffran qui m’a battu au billard. Et de Florent Thauvin qui m’a déposé en ville. C’est en descendant de voiture que je me rends vraiment compte du chemin parcouru par Massadio Haidara.

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Infos de l'auteur

Makan Fofana

Habitant du quartier du Bois de l'Etang à La Verrière, ancien étudiant à la Sorbonne Nouvelle en Licence Langue Littérature et civilisation, écrivain à mes heures perdues, amateur de philosophie, de spiritualité et du monde de l'entreprise. A travers ce blog je souhaite favoriser de nouvelles initiatives dans le quartier.