« Youri c’est mon collège d’amouuur »

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Le collège Youri Gagarine à Trappes (78), le seul classé Rep+, n’a pas bonne réputation. Pourtant des anciennes élèves se souviennent des profs, des activités proposées et de leur scolarité… loin de l’image négative du collège.

Samia, dite princesse Raiponce d’Algérie pour sa longue chevelure brune, est une ancienne élève du collège Youri Gagarine. Elle commence une discussion groupée sur Instagram : « Je me rappelle que quand j’étais en primaire, il y avait des parents d’élèves qui ont déconseillé à ma mère de m’inscrire à Gagarine par rapport à la mauvaise image du collège, où on disait que c’était un collège de “sauvages”. » Au final elle y a fait sa scolarité Effectivement, ce collège n’a pas une très bonne image, pour de multiples raisons, notamment « à cause des élèves qui foutent le bordel pour se donner une image », dit sans gêne Affreen, amoureuse des joggings et des gros pulls doux. 

« Dans ce collège, beaucoup d’élèves faisaient des problèmes pour rien, il y avait beaucoup de bastons ». Mais « je l’aime bien il car il organisait beaucoup de choses », poursuit Sarah, passée par Gagarine, derrière son écran de téléphone. Le collège propose beaucoup d’activités, notamment des sorties, des options, des voyages scolaires, ce qui participe à la bonne ambiance selon les jeunes filles interrogées. Julie, l’extrême sensible au look métal gentil, est d’accord avec les autres filles et « trouve qu’on est bien accompagnés ». Affreen et Sarah admettent que « les cours étaient bien expliqués » et qu’il y a « une bonne qualité de travail ». Pourtant, il est le seul collège de Trappes à être classé REP+ (réseau d’éducation prioritaire renforcé). « REP + quoi ? », « c’est quoi REP + ? »… Les anciennes semblaient ignorer tout de la dénomination et classification de leur ancien collège.

« Il y avait pas mal de conflits »

Les bagarres au collège ? « Moi je ne m’y intéressais pas trop, confie Samia. Du coup, je ne connais pas vraiment l’ampleur des problèmes ». Pour Affreen « rien qu’une baston, c’était déjà trop ». Les conflits sont probablement à l’origine de la mauvaise image que certains Trappistes se font du collège. Affreen en est l’exemple : pour elle « le niveau du collège est bon, mais à cause des élèves qui perturbent les cours, on prend évidemment du retard sur le programme ». Julie n’est pas complètement d’accord et préfère dédramatiser, comme à son habitude : « il y en avait des bagarres, comme il y en a partout, mais c’était rare. Et c’est vrai que certaines classes sont plus en avance que d’autres, mais personnellement, j’ai réussi à passer du niveau bas à bien ». Pour Sarah, « le niveau du collège est super, car les profs enseignent vraiment bien et nous aident beaucoup ». Julie ponctue : « com‐plè‐te‐ment d’accord avec Sarah ».

« Le collège Youri Gagarine donne la chance à chaque élève de réussir »

Ce collège accueille une classe Segpa (section d’enseignement général et professionnel adapté) qui accueille les jeunes de la 6e à la 3e ne maîtrisant pas toutes les connaissances et compétences attendues en fin de primaire. Tout comme Affreen, Sarah ignorait l’existence de cette classe, mais trouve que cette idée est « super pour eux, car on les aide à surmonter leurs difficultés et on les soutient ». « C’est bénéfique pour ces élèves, mais après on se fait tous insulter de “SEGPA” », dénonce Samia sans vouloir être méchante, mais consciente qu’il existe une forme de discrimination entre les élèves du collège Youri Gagarine et ceux des autres collèges de Trappes. 

« Ceux qui sont du collège Le Village ou du collège Courbet disent que c’est un collège de merde “nanani nanana”» regrette Julie. Lors de leur entrée en seconde, Julie et Samia avaient eut des remarques désagréables de la part d’anciens collégiens : « Votre collège, c’est de la merde », « bande de SEGPA », « on est au‐dessus de vous ». Affreen et Sarah n’ont jamais eu droit ni entendu de remarques négatives parce qu’elles venaient de Youri Gagarine. Pour Affreen « ce collège n’est mauvais que par la faute des élèves qui utilisent la violence dès qu’ils ont un problème, ce qui peut créer des émeutes dans l’établissement et amener à l’intervention de la police, ce qui est dommage pour ce collège qui a certains profs excellents et qui essayent simplement de faire leurs travail ».

« Au final, l’écart entre l’image du collège et la réalité est juste énorme, tout le monde voit ce collège comme un établissement de cassos alors que c’est un très bon collège et je le conseille vraiment », explique Julie, qui annonce ensuite :« j’étais l’élève la moins susceptible d’avoir mon brevet, mais au final, grâce aux professeurs qui m’ont aidée, je l’ai eu avec mention bien »

« Les activités du collège étaient géniales »

Association escalade, foot, tennis de table et auparavant, Raid, le mercredi après‐midi pour 20 € par an. Julie explique qu’elle est passionnée par l’escalade depuis qu’elle en a pratiqué en club mais qu’elle ne s’est pas inscrite à L’escalade car « c’était le mercredi après‐midi et ce temps m’est précieux pour voir mes amis ». Mais elle reconnaît que les clubs de sports sont une excellente idée pour les jeunes qui veulent pratiquer mais n’ont pas les moyens. Affreen s’est inscrite à l’escalade, Samia, lors de son année de 6ème, a opté pour L’AS raid car elle aime pédaler et que : « c’était l’un des seuls sports qui m’intéressaient malgré le large choix proposé ».

Sarah se souvient de son côté de l’option arts plastiques proposé au collège : « Il y avait une super bonne ambiance, c’était super bien et puis j’adore les arts, j’ai beaucoup aimé cette option ». Samia a également fait cette option qui lui a beaucoup plu et qui lui a permis de faire un voyage en Normandie. Affreen n’a pas fait cette option mais rapporte une des activités que les élèves de cette option ont pu faire : « Je crois que les profs les laissaient peindre une petite partie du mur au fond de la cour de recré. Je trouve cool qu’ils leur laissent cette liberté ». Samia se souvient : « je suis partie en Angleterre et en Irlande, il y avait assez de places pour tout le monde et l’organisation était plutôt bonne ». Julie a également fait le voyage en Angleterre et raconte aussi l’une des sorties qu’elle a faites lors de ce voyage, « on est partis à Londres, on a vu les studios d’Harry Potter c’était vraiment trop cool ».

« C’est sûr à 100% que je n’oublierai jamais M. Durand »

« Il était à notre écoute, il nous a pas mal aidé pour l’oral du brevet, il est juste génial », se souvient Julie en parlant de son ancien professeur de mathématique avec un peu de nostalgieElle pense également à Mme Carreti, Mme Toutah, Mme Lopes Ferreira qui sont pour elle « des modèles à suivre, des femmes qui incarnent la générosité » et M Thibault qui est  « le prof le plus cool et la définition même de la sympathie ».« Oups j’ai oublié M. Pommier, c’est le meilleur professeur d’histoire-géographie et d’EMC que j’ai eu. Il est tellement passionné par son métier qu’il m’a fait aimer cette matière ».

Comme Julie, Samia a un bon souvenir de ses professeurs de 3ème car : « ils étaient vraiment rigoureux avec nous et nous encourageaient malgré nos difficultés ». Elle ajoute que « M. Durand était le meilleur des professeurs ». Sarah, elle, adorait Mme Dia et Mme Doucet puisqu’elles : « étaient toujours à l’écoute, quand on ne comprenait pas quelque chose dans un travail ou que l’on n’y arrivait pas, elles étaient toujours de bon conseil. J’aimais beaucoup discuter avec elles ». Quant à Affreen, c’est M. Pommier qui restera un bon souvenir parce que « ses cours étaient grave bien faits et compréhensibles », et M. Landes parce qu’elle l’a eu comme professeur de sport pendant toutes ses années de collège et, le jour de son anniversaire, « il m’a donné une brique de jus et des gâteaux, ça m’a énormément touchée ». Elle rapporte aussi que « tous les professeurs nous aidaient avec des exercices, des oraux et brevets blancs et nous réexpliquaient les notions que nous n’avions pas comprises ».

Julie, écouteurs branchés à son téléphone conclut : « Au final oui, le collège Youri Gagarine ce n’est pas le plus facile, mais cet établissement a la chance d’avoir des supers profs, et c’est l’essentiel. On s’en fiche du reste ».

Clara Roy

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