Le voyage de Maître Diawara

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Je rencontre celui que je nomme “maitre Diawara”, à l’instar de maitre Yoda, car il fait partie des premiers africains noir du bois de l’étang. Ancien président “des associations”, retraité de chez Renault il est maire de la ville de Diabigué au Mali. 1er volet d’un portrait qui en comportera 3.

L’entretien se déroule chez lui au bâtiment 8, décontracté, démarche lourde le “Vieux” (terme mélioratif au Mali) me propose de m’asseoir dans son salon. Une délicieuse odeur de riz excite mes papilles. Amadou Hampaté Ba avait dit “En Afrique un vieillard qui meurt c’est une bibliothèque qui brûle” en raison de la tradition millénaire qui consiste à transmettre le savoir oralement. Fort de cette pensée, même si je ne suis pas assis sur le sol autour d’un feu de bois, j’écoute attentivement “le Maître” me raconter une histoire des plus importantes de sa jeunesse lointaine désormais : le périple vers la France.

Je suis venu en France pour gagner de l’argent et servir mes parents”

Né en janvier 1941 à Diabigué au Mali, il obtient son certificat d’études primaires vers 13 ans, seul diplôme qu’il obtiendra avant de se lancer dans toutes sortes de travaux pour aider ses parents. Le vieux démarre son voyage vers la France en 1972 à partir de la Côte-d’Ivoire, pays dans lequel il avait émigré auparavant pour trouver une vie meilleure. “C’est une tradition d’émigrer et de voyager pour gagner de l’argent. Ma mère me disait seulement “Il ne faut pas aller loin !”

” Je n’avais parlé de mon projet presque à personne, seulement à ma femme”. Par la suite il retourne au Mali pour faire son passeport et continue sa route vers la Haute-Volta, l’actuel Burkina-Faso. Enfin il arrive à Agadez, au Niger. Il traverse le désert en camion, accompagné de plusieurs personnes.

” la route du désert est ancienne”

Le camion traverse ensuite l’Algérie jusqu’à la capitale Alger. “La bas je n’avais pas les moyens de prendre l’avion jusqu’à Paris ». Alors il décide de passer par le Maroc. Mais une fois sur place il ne trouve pas de moyen de locomotion. Il rebrousse chemin vers Alger. Il décide alors d’aller à Tunis. Arrivé sur place, il prend un visa pour aller en Italie jusqu’à Palerme, “Il suffisait de traverser la mer.” conclut-il simplement.

Lorsqu’il descend de l’avion il est tout de suite agrippé par la police des frontières pour un contrôle d’identité. “La photo de mon passeport avait mal été collée lors de sa réalisation. Alors le policier a cru que c’était un faux”. Heureusement,” grâce à Dieu et à la bénédiction de mes parents”, dit-il avec fierté, le collègue du policier entend la dispute et décide d’intervenir pour sommer son collègue de laisser ce voyageur tranquille, qui est seulement en transit. Il prend le bateau jusqu’à Rome et enfin le train jusqu’à Paris “je suis arrivé en France le 11 mars 1972.” Maitre Diawara est serein et s’exprime posément lors de cet entretien. La terrible épreuve n’est désormais plus qu’un lointain souvenir.

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Infos de l'auteur

Makan Fofana

Habitant du quartier du Bois de l'Etang à La Verrière, ancien étudiant à la Sorbonne Nouvelle en Licence Langue Littérature et civilisation, écrivain à mes heures perdues, amateur de philosophie, de spiritualité et du monde de l'entreprise. A travers ce blog je souhaite favoriser de nouvelles initiatives dans le quartier.