Violences policières contre Warren : “Mon fils, je l’ai récupéré dans un état…, sa lèvre gonflée complètement pétée, son nez saignait.”

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La maman de Warren me reçoit chez elle au quartier des Petits Près, à Élancourt. Son visage révèle sa fatigue et sa tristesse suite à l’agression de son fils Warren. Elle me confie qu’elle est en arrêt de travail à cause de l’agression sur son fils. Sa cigarette à la main, Christelle, accepte de nous livrer l’expérience d’une mère dont le fils s’est fait agresser par des gardiens de la paix.

Propos recueillis par Dikra Saadi

Pouvez-vous nous raconter comment vous avez vécu l’agression de votre fils ?

Christelle : La police m’a appelé pour me dire : « Votre fils a foncé sur un policier en scooter », je me précipite donc pour aller le voir au commissariat. Entre-temps des jeunes me préviennent par téléphone que Warren s’est fait tabasser. En arrivant au commissariat de Trappes, personne ne m’ouvre la porte, on ne me dit même pas bonjour. Je demande à voir mon fils. On me l’interdit et on me dit : « Ca y est votre fils a 18 ans ». Il venait tout juste de les avoir. Ma première réaction ça a été de leur dire : « Vous voulez pas que je le voie parce que vous l’avez amoché ? ». Une policière me répond, droit dans les yeux : « Non, on n’a pas touché votre fils ». Je lui dis : « Bah écoutez j’ai une vidéo ! ». Elle nous a pris de haut et elle a dit « C’est ça » genre « n’importe quoi ». J’ai rajouté : « Si vous voulez rien me dire moi la vidéo je vais la médiatiser, si vous touchez à mon fils pendant la garde à vue je porterai plainte », et la policière a eu un petit sourire en coin.

Quand je suis rentré au quartier, la vidéo circulait de partout. Je me suis donc saisie de la vidéo que j’ai envoyée dans un premier temps à un avocat que je connaissais. Il a appelé le commissariat et de là on lui a dit : « Vous n’êtes pas désigné comme étant l’avocat de Warren, parce qu’il a refusé d’avoir un avocat ». Je rappelle le commissariat en leur disant que je veux que mon fils soit représenté. On me dit : « Non non il a refusé » et quand ils ont prolongé sa garde à vue après 24 heures, j’ai appelé pour dire : « Si vous prolongez la garde à vue de mon fils dites-lui au moins que Maitre X, l’avocat, est prêt à le représenter ». Mais ils ne lui ont pas passé le message. Le lendemain, il ne sort toujours pas. J’appelle le commissariat d’Élancourt qui m’assure : « Votre fils n’a aucun coup », je demande donc s’il a au moins le droit à un appel téléphonique. On me dit : « Votre fils en face de moi il va très bien et il a refusé de passer un appel », je demande ce que le médecin a dit. On me dit : « Rien ». Je lui demande quels sont les faits retenus contre mon fils : « Rébellion, refus d’obtempérer et il a voulu foncer sur un policier ». Or des témoins affirment l’inverse, et la vidéo semble confirmer ces propos. La personne au bout du fil me dit : « Moi je suis pas au courant » . Je lui dis : « Je vous crois pas », elle me dit « J’vous permet pas de me parler comme ça », je lui réponds : « Quand vous êtes capables de mentir sur le fait que vous ne l’avez pas touché alors qu’une vidéo montre le contraire, comment voulez-vous que je vous croie ? »

Comment s’est passée la sortie de Warren ?

Christelle : Je l’ai récupéré dans un état…, j’ai jamais vu mon fils comme ça, sa lèvre gonflée complètement pétée, son nez saignait, il n’avait plus de force pour marcher ou pour parler. Il a eu la force de nous dire que pendant 24 heures, il n’a eu ni à manger ni à boire même pas un verre d’eau. Il était dans un état complètement affaibli. Il a vomi le peu qu’il avait dans l’estomac. Sa tête tournait, il avait des vertiges. Ses copains ont été obligés de le porter pour l’amener aux urgences, et puis ils sont repartis au quartier. Aux urgences, on a attendu longtemps notre tour, et comme vous pouvez le voir la liste de blessures est longue.

Comment ont réagi les jeunes de votre quartier ?

Christelle : Les jeunes du quartier étaient dans une colère monstrueuse quand j’étais à l’hôpital avec Warren. C’est mon mari qui a calmé les jeunes pour qu’il n’y ait pas d’émeute et de dérive. Ils étaient vraiment en colère. On a évité les actes de violence envers la police car on avait peur pour eux, peur que la police s’en prenne à eux, et on voulait pas ça pour eux et leurs familles. On a tout fait pour éviter ça. Mon mari a mené des actions dans d’autres quartiers de la Verrière, et même certains de Trappes. On a communiqué avec certaines familles pour leur dire de ne rien faire et attendre la décision de la justice et ce que ça va donner. On a mené des actions à deux reprises à la mairie. On ne s’est pas sentis soutenus personnellement par le maire mais on s’est quand même sentis soutenus par la mairie. Mr Fourgous envoie toujours son adjoint première ligne Mr Favier, qui nous semble le seul avec les directeurs de service de jeunesse à vraiment prendre les choses à cœur et vouloir revaloriser notre quartier.

Comment se comporte la police avec les parents du quartier ?

Christelle : La police est irrespectueuse envers les jeunes mais aussi envers nous, les parents. Lorsque l’on descend leur demander ce qui se passe quand il y a un problème, ils se permettent d’être très impolis avec nous. Certains agents ont l’air d’être dans la jouissance de faire du mal gratuitement.

Moi, en ayant défendu deux jeunes, avec une vidéo a l’appui, montrant des agents de la BAC qui leur proposent d’aller faire « un tête » (se battre) derrière les buissons, je me suis fait rembarrer et traiter comme une merde. On m’a même dit : « Madame, vous avez des drôles de fréquentations ». Aujourd’hui j’ai rompu le dialogue avec les forces de l’ordre, mais dans notre association de quartier, nous avons mis en place un délégué de cohésion qui sera l’intermédiaire entre citoyens et forces de l’ordre.

Le fait de porter plainte chez l’agresseur vous a-t-il découragé ou fait hésiter ?

Christelle : Aucune hésitation, on avait une vidéo vraiment probante. On aurait pu être découragés mais on aurait quand même été jusqu’au bout. On avait des témoins et l’état dans lequel Warren était sorti du commissariat témoigne de ce qui s’est passé. S’il n’y avait pas de vidéo ça aurait été le pot de terre contre pot de fer, mais on aurait été jusqu’au bout. Là, la question ne s’est même pas posée. Dans la vidéo on croit voir des gifles mais quand on agrandit on voit que c‘est des coups de poing avec la paume. On voit la tête de Warren rebondir au sol. Il aurait pu perdre connaissance. Il aurait même pu mourir.

Est-ce que vous aviez déjà pensé que votre enfant pourrait un jour subir des violences ou des discriminations de la part des institutions étatiques ?

Christelle : Il en avait déjà subi à travers les divers contrôles, les contrôles au faciès. Je les ai signalés à de nombreuses reprises à la mairie, qui m’ont dit qu’ils allaient mener des actions au niveau du commissariat d’Élancourt et de Trappes, pour signaler ce qu’on vit et ce qu’on voit. On dirait qu’il y a une sorte d’adrénaline chez eux, même nous parents lorsqu’on descend avec toute la courtoisie qu’on leur montre, on est traités comme des chiens. Les contrôles il en a eu lui, et plein d’autres jeunes du quartier.

Envisagez-vous l’avenir avec optimisme pour vos enfants ? 

Christelle : Oui j’ai envie de croire en cette nouvelle génération aidée par des associations et des collectifs de parents qui s’investissent. Quelque part on fait une partie du travail de l’État. L’éducation civique y’en a plus à l’école, leurs droits ils ne les connaissent pas. L’objectif c’est de créer des passerelles entre les habitants et les institutions, ça marche avec la municipalité, avec services jeunesse par exemple. Et la seule institution avec laquelle nous n’arrivons pas à travailler c’est les forces de l’ordre et c’est pas faute d’avoir essayé et d’avoir été en réunion avec eux.

Propos recueillis par Dikra Saadi

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Infos de l'auteur

Dikra Saadi

J'ai 18 ans, en première année de licence de droit à l'université de Saint-Quentin. Citoyenne révoltée , pour moi Trappy blog est non seulement un moyen de partager mes expériences et de m'ouvrir à de nouvelles choses, mais aussi l'opportunité de montrer que Trappes ne se résume pas à l'image négative que certains médias véhiculent.