Une marque indélébile

0

Ah le collège ! L’adolescence, la découverte de soi, du monde, la rupture avec l’innocence.

Quand je suis arrivée d’Algérie en France j’étais en cinquième. C’était affreux !! je devais m’adapter non seulement à un nouveau pays mais aussi au monde cruel du collège.

En fait , on a le choix … ou pas d’ailleurs… d’être un mouton ou non .Au début en toute franchise j’étais ce qu’on appelle un mouton, qui essayait d’imiter les autres moutons qui se pliaient aux règles. Faire comme tout le monde pouvait parfois mener à blesser des gens peut-être pour le restant de leur vie.

C’est ce qui est arrivé avec une fille que j’ai retrouvée je ne sais par quel miracle dans ma promo de licence de droit. Au premier abord elle n’avait pas l’air de me reconnaître. Puis dès qu’elle a entendu mon prénom son visage s’est décomposé. Plongée dans une incompréhension totale, je décide d’essayer de savoir ce que j’ai bien pu lui faire pour qu’elle ait l’air de me détester à ce point.

Elle me raconte qu’au collège, on avait dit tout un tas de choses qui ont détruit sa réputation. Ce qui a eu pour conséquence que tout le monde a arrêté de lui parler (dont moi). Elle m’en voulait et en voulait à tout le monde de l’avoir fait souffrir et de s’être acharné contre elle. Cette histoire l’a même presque menée au décrochage scolaire… La raison de cette cruauté, pas grand chose, juste le fait qu’elle ait refusé de sortir avec un garçon et qu’il ait décidé de gâcher sa vie en racontant des horreurs sur elle. Je me suis bien sûr excusée… même si aujourd’hui ça n’allait pas arranger la situation. Mais bon, mieux vaut tard que jamais. Comme quoi les histoires de collège peuvent nous marquer toute notre vie.

En 3ème, j’en ai eu marre d’être hypocrite, de ne pas être moi même , de ne pas lire pour ne pas passer pour une « bolosse », d’avoir des discussions aussi débiles que la débilité elle même, d’avoir des mauvaises notes et d’être insolente avec mes professeurs.

Donc ma nouvelle technique était de me mettre en retrait et d’observer le comportement stupide des gamins de mon âge, et de ne pas me mêler au groupe, puisque ce n’était plus mon « délire ».

Et puis j’avais un professeur d’histoire-géo , que je trouvais un peu prétentieux au début, mais qui a complètement changé ma vie en changeant ma manière de penser. Ses cours sont les meilleurs :on ne pouvait qu’être absorbés par ce qu’il disait. Il avait une manière captivante de raconter l’Histoire et de nous expliquer ses enjeux. C’était le seul cours ou l’on avait le droit de donner notre avis et ainsi débattre avec lui de la politique, de l’histoire, enfin de tout… Il était assez franc, c’est à dire qu’il ne se privait pas de nous faire des remarques assez osées, mais dans l’unique but de nous faire réfléchir. Il nous racontait un peu sa vie et écoutait la nôtre aussi. Pour moi, ce prof est quelqu’un à qui je dois beaucoup. J’ai appris avec lui à ne jamais débattre sans arguments, à ne jamais accepter les dogmes, à réfléchir à ce que je dis et ce que je fais.

Il y a aussi quelque chose qui m’a marquée. Pendant toute l’année il m’a obligée a m’asseoir à coté d’une fille que je détestais. Pendant toute l’année, je n’ai pas cessé de le supplier de me changer de place, mais il n’a jamais voulu. Et finalement cette fille est aujourd’hui plus qu’une meilleure amie.

Quelque chose qui me touche beaucoup aujourd’hui en ces temps difficiles, quand je vois qu’il y a des gens qui se sentent exclus de la vie citoyenne, c’est que moi je me sens à 1000% française grâce à lui depuis cette phrase : « On s’en fout que vous soyez algérien ou malien sur le papier. Ce qui importe c’est que vous mangez, vous dormez, vous vivez comme tous les français. Donc vous l’êtes aussi » . Avant qu’il nous dise ça je ne savais pas trop ce que j’étais. Mais depuis ce jour-là je me suis ouverte, et ça m’a permis de m’intégrer avec ma langue maternelle, ma culture, mon histoire, et d’en faire un beau mélange homogène, avec une nouvelle culture et histoire fraîchement adoptées.

Il nous disait « Ne subissez pas votre vie. Ne faites pas partie de ces gens qui se laissent dominer par la vie, qui font des mauvais choix, qui sombrent ». C’était quelqu’un qui nous poussait à réfléchir au sens de la vie et à nous faire notre propre opinion du monde.

Grâce aux peu de professeurs comme lui qui remplissent avant tout une mission d’éducation, j’ai pu trouver dans mes études un moyen de me battre pour m’en sortir, pour rêver d’un avenir meilleur que celui qui nous est prédestiné .. nous les enfants d’émigrés, enfants des banlieues.

Dikra Saadi

Partager sur :

Infos de l'auteur

Dikra Saadi

J'ai 18 ans, en première année de licence de droit à l'université de Saint-Quentin. Citoyenne révoltée , pour moi Trappy blog est non seulement un moyen de partager mes expériences et de m'ouvrir à de nouvelles choses, mais aussi l'opportunité de montrer que Trappes ne se résume pas à l'image négative que certains médias véhiculent.