Trappes une nouvelle fois victime des fictions journalistiques

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Trappes en ce moment a la faveur des médias. En deux jours, coup sur coup, l’électeur a la primaire de gauche a eu la chance, insigne, de pouvoir associer Trappes, le jeudi à « la charia en France, enquête sur ces zones où l’islam impose sa loi » grâce à Valeurs Actuelles, et de réfléchir, le vendredi, sur le thème « A Trappes, Hamon face à l’islamisme » grâce à Marianne. Si jamais il avait encore des doutes, notre électeur avait à disposition pas loin, le magazine Causeur qui, lui, traitait de manière plus générale, mais toujours aussi originale, du thème « toujours plus de territoires perdus. Au coin de la rue, la Charia ».

Comme d’habitude, l’article de Valeurs Actuelles est un article sans doute construit à plusieurs mains, mais d’un seul œil, au bandeau de pirate. On y montre ce qu’on veut imposer au lecteur (souvent consentant), en occultant ce qui remettrait en cause un sentiment factice de sécurité. « Rue de Stalingrad, en bordure de la nationale 10 », il y a bien « la librairie islamique Nour-al-Hidaya ». Mais à quelques mètres de là, il y a la compagnie de théâtre Déclic Théâtre, et la radio associative Marmite FM. Par ailleurs, l’article semble parfois avoir été écrit avec un bandeau de pirate sur chaque œil. Certaines données sont fausses. C’est plus problématique, d’autant qu’aucun organe journalistique n’a été mis en place pour lutter contre les mensonges (ou appelons les « maladresses » si jamais le journaliste n’est qu’incompétent). « Rue Jean Jaurès, la rue des blancs [...] ». Comment ça ? Rue Jean Jaurès, c’est la rue des Grecs ! Y’en a partout ! Le Grec a beau être associé au blanc chez Valeurs Actuelles, à Trappes, il est souvent tenu par des Maghrébins, et on y trouve parmi sa clientèle des gens de toutes les couleurs (ce qui peut faire mal aux yeux quand on n’a connu que les beaux quartiers parisiens)

Le texte de Marianne, lui est plus équilibré. On y entend partisan et détracteur. Mais on tourne toujours autour d’une seule et même idée, un seul angle, l’islamisme et la politique (c’est-à-dire, chez les journalistes, les élections). Or, que se passe-t-il dans une ptite tête de gaucho mal informé ? Si jamais les islamistes peuvent faire élire une personnalité politique de premier plan, « c’est bien qu’ils sont super nombreux nom de dieu ! ». Mais Marianne parle surtout avec sa couverture. Au moins, avec cette technique, pas besoin d’acheter et de lire le canard pour être informé. Au centre de la couverture, en très très très gros, Jean-Luc Mélenchon. En beaucoup plus petit, en haut à droite, un thème qu’il faut nécessairement traiter deux jours avant le premier tour d’une primaire de gauche « Enquête : À Trappes Hamon face à l’islamisme ». Déjà, le sujet a de quoi interpeller. Mais il en va, en la matière, uniquement de la morale du journalisme. C’est une histoire entre lui et sa fiche de paie. Que voit-on en bas à droite de cette couv’ ? Une citation de Michel Onfray, (photo à l’appui pour ceux qui n’associeraient pas ses idées à son simple nom) : « Nous avons des bougies, ils ont des kalachnikovs ». Déjà, c’est subtil, c’est philosophique, mais surtout, ça donne un tout autre sens à cette fameuse et nécessaire « enquête : A Trappes, Hamon face à l’islamisme ». Que peut retenir, au final, l’électeur qui aurait fait l’impasse, en bas à gauche de la couv’ sur ces « Révélations : Euro Disney, la justice aux trousses de Mickey » ? Eh bien qu’à Trappes, Hamon est face à l’islamisme, et/où nous n’avons que des bougies, là ils ont des kalachnikovs. Conclusion tout à fait crédible pour l’électeur qui ne peut pas ne pas voir, posée à quelques centimètres, la couv’, de Valeurs Actuelles sur « la Charia en France, enquête sur ces zones où l’islam impose sa loi » et celle de Causeur. Voilà l’état du journaliste à deux jours du premier tour d’une primaire de la gauche. Gaussons-nous de la victoire de Trump et du rôle des médias américains.

Revenons à Trappes un instant. Comment voulez-vous lutter, avec ce genre de semaine, contre la théorie du complot. Comment pouvons-nous aller dans les lycées de Trappes et expliquer que la presse doit être crue, que le journalisme est source d’information. Tous les trimestres, ces lycéens font l’expérience du contraire. Tous les trimestres, le Trappy Blog aussi fait l’expérience du contraire. Paris-Match, LCI, le Parisien, Marianne, Valeurs Actuelles. Nous n’avons pas une année et demi d’existence et nous avons déjà dû faire face à des reportages bidonnés, des faits cachés, des paroles de nos blogueurs détournées. Au Trappy Blog, la moitié de nos blogueurs sont des Trappistes. Parmi ces Trappistes, une majorité de femmes. Qui ont des grandes gueules. C’est ce qu’on recherche. Qui s’imposent, qui font valoir leurs envies, les sujets qu’elles veulent traiter. Où sont leurs voix dans tous ces articles ? Pourquoi ne représentent-elles pas, elles aussi, ce Trappes si souvent (mal)traité ?

Le journaliste est, selon les enquêtes d’opinion, une des professions les moins appréciées des Français. C’est qu’agriculteur, fonctionnaire, profession libérale, chacun en a prend pour son grade quand un journaliste choisit d’en faire un portrait à charge, se souciant moins des faits que de la réalisation de la commande passée, en interne. C’est que les journalistes ont le skeptron, le droit à la parole, et que vous ne l’avez souvent pas. Récupérez le skpetron un instant, osez critiquer un journaliste. Le journaliste reprend la parole publique, sa chose, et déclarera que la critique est injuste, voire qu’elle est minable. Il a eu le dernier mot. Il ne vous reste que vos larmes pour pleurer, votre cri inaudible à la trahison, votre réputation peut-être ternie à jamais. C’est ce que vivent trop souvent les courageux habitants de Trappes.

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