« Nous sommes passés de la pauvreté à la misère sociale »

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Militant de la première heure, Ali Alichickh s’investit dans la vie de son quartier, Orly Parc à la Verrière, dans les Yvelines. Rencontre avec un retraité hyperactif.

La rencontre a lieu au centre commercial de la Verrière (78), dans la salle du bar-tabac-PMU. Décor sobre aux teintes grises, tables modestes, grand écran pour les courses hippiques, brouhaha des parieurs matinaux, grondement de la machine à café, nous voilà, dans les quartiers généraux des turfistes, où tout est rêve et possibles. Ali Alichickh, postier à la retraite devenu militant associatif et nounou à temps partiel, me salue d’une poignée de main chaleureuse, avant de commander un noisette et un jus d’orange.

Assis légèrement penché vers moi, Ali Alichickh s’excuse du bruit ; nous devions nous retrouver au kebab mais il est fermé. Large d’épaules, il ne fait pas ses 60 ans ; l’homme est affable et bavard. Habillé d’un pantalon, d’un pull et d’une veste bleu marine, il a l’équipement de l’homme d’action. Rasé de près, barbichette poivre et sel, fines lunettes. Son apparence est calme, mais on devine qu’à l’intérieur ça bouillonne. Ses doigts ne cessent de tapoter la table frénétiquement comme s’il avait du mal à rester en place.

Originaire des Ardennes, il a grandi auprès d’un père impliqué dans la cause associative. La fierté pointe dans sa voix à l’évocation de ce père, trésorier de l’amicale des locataires et cégétiste convaincu. Baigné dans la culture de mai 1968, il ne lui en faut pas plus pour choper le virus du militantisme. Le 19 avril 1979, la Poste l’envoie à la Verrière (78) après l’obtention de son concours.

Il ne quittera plus la petite ville et y construit sa famille. Trois enfants : Jamel, Selim, Myriam ; quatre petits-enfants qu’il adore. Il assouvit sa soif de connaissances en lisant : religions, sociologie, histoire. Il cite volontiers La Boétie, mais s’intéresse aussi aux tendances pour ne pas devenir « un vieux con ». Très vite, il suit les traces du paternel. Force ouvrière (FO), Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT) à la Poste, Amicale des locataires du Bois de l’Etang (La Verrière, 78). Ali Alichickh aime défendre les intérêts des gens qui l’entourent.

Ce qu’il aime aussi c’est le sport. Entraîneur de football, éducateur d’athlétisme, passionné de VTT. Il a dû raccrocher il y a 2 ans à cause d’un genou. Depuis trois, il ne travaille plus. Retraité, il garde ses petits-enfants. Ayant plus de temps libre, il décide de s’engager auprès des Verriérois. En 2014, il devient alors conseiller délégué du quartier d’Orly Parc (La Verrière, 78) pour la mairie.

Dans le coin, les gens l’apprécient pour son engagement.« Bonjour, M. Alichickh ! ». Dès qu’une personne entre dans le tabac, elle vient automatiquement lui serrer la main. Ils savent qu’il veille sur leurs intérêts. Si bien qu’ils lui ont demandé de monter une association pour les défendre, ce qu’il a accepté en sachant que ce serait chronophage. Ainsi, depuis avril 2017, il est également vice-président du Collectif des Locataires d’Orly Parc (CLOP). Mais l’homme ne se voit pas en leader : « Le CLOP fonctionne à l’horizontal. On a tous le même statut. Chacun vient avec ses idées et ses compétences ». Pour lui, c’est le nombre qui fait tout. Il répète avec humour aux autres membres que « l’oignon fait la soupe, l’union fait la force ».

Il n’y a pas longtemps, avec quelques-uns, il a inspecté les possibles dysfonctionnements des parties communes. Portes d’entrée, boîtes aux lettres, peintures, sols. Tout y est passé, durant 6 jours. Mais Ali Alichickh ne compte pas son temps. Il se rend aussi aux rendez-vous obligatoires. Dans son agenda la semaine prochaine : suivi des prestations et rencontre avec le bailleur (Résidences Yvelines) pour les espaces verts et les récents problèmes de chauffage.

Défendre les intérêts des locataires, c’est son dada à lui. « Sur le quartier d’Orly Parc, nous sommes passés de la pauvreté à la misère sociale. Il y a beaucoup de familles monoparentales, avec peu de revenus, des impayés.» Du coup, il joue le relais entre les habitants et les gardiens. Ils ont son numéro et l’appellent pour lui faire part des problèmes rencontrés. Parfois encore, ils l’arrêtent dans la rue. Ali Alichickh exige de la bonne foi de ses interlocuteurs et aime connaître ses dossiers en profondeur. Du coup, il peut passer jusqu’à 1h30 avec chacun.

Son quartier, qui « n’est pas une cité », il tient à le préciser, est selon lui le résultat de 40 années d’erreurs de politique gouvernementale. Il regrette que les villes soient abreuvées de subventions et qu’il n’y ait pas de ministre de la ville. S’il y en avait un, il lui proposerait bien quelques idées : favoriser la dynamique associative, avoir plus de moyens pour l’aide aux devoirs, informer les familles de leurs droits. Et surtout qu’on donne la parole aux gens de quartiers « car ils sont compétents, plutôt qu’aux technocrates ».
Les batailles à mener sont nombreuses : baisse des APL, discussion avec le bailleur d’Orly Parc, défense des habitants mais Ali Alichickh ne baisse pas les bras. « Parfois je suis désabusé mais je crois au combat. Si je peux aider, j’ai jamais refusé ! ».

Cindy Massoteau

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Infos de l'auteur

Cindy Massoteau

Salut à tous, moi c’est Cindy, « Dyce » ou « le soleil de la marmite » pour les intimes. Et oui, je suis chroniqueuse à Marmite.FM. J’adore le théâtre et le ciné, j’ai d’ailleurs un blog relatant ces passions : CSTV.fr. Côté étude, j’ai un master d’histoire et une licence d’anglais.