Scolairement décroché puis confiné

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Comment les blogueuses et blogueurs du Trappy Blog vivent leur confinement ? Série de points de vue sur leurs vies entre 4 murs. Aujourd’hui, Julien, lycéen décroché.

Ça va comme quelqu’un qui va rester un mois chez elle ?” m’explique au téléphone mon amie Liza. Elle habite dans un immeuble proche de chez moi, à Élancourt. Cette conversation n’a pas duré longtemps. Pourtant, malgré le peu de distance qui nous sépare, on ne s’est pas vu depuis un long moment. Elle va au lycée à Sèvres, et moi j’allais au Lycée des 7 Mares, à Maurepas. Du fait qu’elle parte vers 6 h du matin et revienne vers 19 h, on se voit peu. Idem pour mes autres amis, qui ont tous environ mon âge, et que je vois plus depuis que le confinement lié au COVID-19 a été annoncé,. Je ne peux plus sortir avec eux, alors je garde contact via les réseaux sociaux comme Instagram, ou encore par messages. Ça ne vaut pas une sortie au cinéma, ou dehors, pour se détendre, discuter, passer des moments ensemble, bref, pour éviter de se sentir seul, mais c’est un moyen comme un autre de combattre la solitude. Je m’étais fait des amis sur Internet, à travers des jeux ou des salons de discussions type forum sur un réseau social nommé Discord, alors j’en profite pour prendre des nouvelles, jouer avec eux, discuter. On tue l’ennui ensemble.

Pour ma part, cette situation n’est dépaysante que dans le sens où je ne sors plus du tout. Depuis décembre 2019, je suis déscolarisé pour phobie scolaire, mais ce, non-officiellement. Sur le papier, je suis toujours inscrit au Lycée des 7 Mares, à Maurepas, à côté d’Élancourt. Mais je n’y vais plus. L’année dernière, vers le milieu de mon année de première, j’ai commencé à développer cette phobie scolaire : le fait d’être au lycée m’angoissait. Rien que de penser à y aller me provoquait souvent des nausées. J’allais parfois jusqu’à vomir le matin avant de m’y rendre. Je me suis même retrouvé plusieurs fois à devoir sortir de cours car je faisais des crises d’angoisse. J’avais peur du regard des autres jusqu’à, parfois, ne plus parler à personne. La pression du bac, la chute de mes notes, la dépression arrivée à cause du manque de confiance en moi-même et en les autres. La dépression, c’est le nom que j’ai donné à ce qui a causé une baisse de motivation, une fatigue fréquente. Et puis j’ai subi une sorte de harcèlement en fin de primaire, puis au collège. Cause ou conséquence, les relations sociales n’ont jamais été mon fort. En général je reste ami avec un petit nombre de personnes, et je ne m’intéresse que peu aux autres. Et je souffre de la pression exercée par un système scolaire que je trouve toujours plus demandant. J’allais jusqu’à m’endormir parfois en cours. Il y a un an de cela, en classe de Première, j’ai recommencé à être pas mal absent. Et, en début de Terminale, cette peur du regard des autres l’a emporté et j’ai craqué. Je me suis rendu compte plus tard que cette situation était similaire à une situation que j’avais vécue en CM2, qui s’était atténuée avec le temps, mais qui avait engendré les mêmes symptômes : Nausées, vomissements, angoisse, etc.

Ma mère me forçait chaque matin à aller en cours, me disait que même si je passais à l’infirmerie, elle ne viendrait pas me chercher si je demandais à rentrer. Ça paraît idiot, mais je voyais ma maison comme une sorte d’abri, et le lycée comme le principal problème duquel je voulais m’abriter. Mon père, lui, n’ayant pas son bac, me répétait sans cesse à quel point, en gros, j’étais foutu si je ne l’avais pas. Mes parents étaient réticents à l’idée de me savoir tout le temps à la maison. Puis, peu à peu, mes parents ont vu que la pression qu’ils rajoutaient ne m’aidait vraiment pas, et, mon père le premier, ont commencé à parler d’un potentiel redoublement, à chercher des solutions alternatives. On a tenté de voir pour m’inscrire au CNED, le Centre National d’Enseignement à Distance, sans succès. Ils ont compris, au bout de 2 mois, qu’il m’était impossible de retourner au lycée. En décembre 2019 j’ai arrêté totalement d’aller en cours. Du coup, le confinement, pour moi, c’est la routine. Être enfermé chez moi tous les jours, c’est ce que je vis depuis plusieurs mois déjà. Sauf qu’avant je n’avais pas besoin d’attestation pour sortir prendre l’air.

Je m’occupe de la même manière qu’avant le confinement. Je regarde des vidéos de jeux-vidéo sur YouTube, des “Let’s Play”, une série de vidéos sur un même jeu, comme Half-Life : Alyx, le dernier jeu de la série Half-Life dans lequel on incarne une rebelle, Alyx, faisant face, dans un univers de science-fiction, à une dictature. D’autres fois, je joue à Animal Crossing : New Horizons, jeu dans lequel on communique avec des villageois virtuels, représentés par des animaux. Dans ce dernier volet, on commence sur une île “déserte”. On construit notre ville à partir de rien, en récupérant des ressources, et on voyage ensuite vers les îles de nos amis.

Les jeux-vidéo m’ont permis de me développer socialement. C’est par exemple avec le jeu Minecraft, un jeu de construction que j’ai rencontré certains de mes amis en ligne. On a passé des heures à jouer ensemble et à construire des maisons, parfois des villes entières. A défaut d’avoir une facilité pour engager les conversations en face à face, j’ai réussi à en développer une à travers les jeux-vidéo, ainsi qu’une forme de sociabilité. Peut-être que la phobie scolaire se serait accentuée plus tôt si je n’avais pas rencontré ces amis sur ces jeux que j’affectionne tant. Je fais aussi de la musique assistée par ordinateur, et je joue de la guitare, occasionnellement du piano, et de la basse électrique, pour ne pas perdre la main. Je fais toutes ces choses pour passer le temps, depuis décembre 2019. Mais, depuis le 13 mars, je ne peux plus assister à mes cours de basse et de solfège à l’école de Musique d’Élancourt. C’est bien dommage parce que c’étaient mes seules occupations hors de chez moi, le jeudi et le samedi. Quant aux cours de Théâtre que j’avais le mercredi après-midi avec des personnes de mon lycée, ils ont subi le même sort : aux oubliettes, on n’en parle plus non plus.

De manière paradoxale, le confinement m’a permis de recommencer à suivre certains cours en ligne, grâce aux multiples moyens mis en place par les professeurs. J’ai choisi de suivre les cours de programmation informatique, ainsi que ceux de musique. Ces cours sont ceux qui me mettent le moins de pression. La charge de travail n’est pas la plus lourde. Pour suivre ces cours, j’ai dû réadapter mon rythme de sommeil. En temps normaux, hors confinement, je m’endors vers 3 heures du matin, Ce que je faisais d’habitude vers 18 heures se faisait à 22 heures. Je me lève vers midi ou 13 heures. Pour suivre les cours en ligne, je me réveille entre 10 heures et midi, et je m’endors de ce fait vers minuit à 1 heure du matin. Ça me rassure en un sens, car j’arrive à me ressaisir.

Ma famille est constamment à la maison, où la situation actuelle est plutôt tendue. On est tous occupés à faire plusieurs choses. Surtout mes parents. Habituellement, ma mère, qui travaille pour la mairie d’Elancourt, est dans un bureau, plutôt au calme. Mon père, lui, est gestionnaire de stocks dans un entrepôt à Trappes. Mais ils doivent actuellement gérer leur télétravail, les devoirs du plus jeune, ainsi que ses cours. Ils doivent aussi faire les courses, préparer à manger, faire les tâches ménagères. Bien sûr, mon frère, collégien de 14 ans et moi, on les aide pour ce qui est des tâches ménagères et l’aide au petit dernier de 7 ans, en primaire. Lui a l’habitude, doit attendre mes parents pour travailler. La maison est sans cesse en activité : Quand mes frères ne travaillent pas, ils jouent, ou se chamaillent. Le petit dernier, quand il perd sur ces jeux, crie, ce qui énerve fortement mon frère cadet, ainsi que mon père, qui essaie de bosser. Parfois, il vient déranger aussi ma mère, sûrement car il n’est pas conscient du fait qu’elle est occupée, la séparation entre le travail et la maison se faisant plus difficilement.

Dans ce contexte, si je veux prendre l’air, je me poste à la fenêtre de ma chambre, au deuxième étage de ma maison étroite aux escaliers pentus, et je regarde les alentours. Des oiseaux qui volent, le soleil qui se couche, ma chambre faisant face à l’Ouest. Le soir, dans mon quartier, j’entends mes voisins applaudir quasiment tous les soirs à 20 heures. De temps en temps, je me joins à mes voisins pour féliciter et encourager le personnel médical ainsi que toutes les personnes qui se démènent en cette période difficile. Posté à ma fenêtre, j’applaudis, en me disant que les personnes à qui ce message de soutien est destiné le méritent bien.

Julien Merlin.

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