Une savoyarde à la conquête de la ville

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A 29 ans, Mademoiselle Maurice a déjà collé ses origamis aux couleurs vives en France, mais aussi en Italie, en Allemagne, au Québec, en Suède et bien d’autres destinations encore. Entrevue avec une artiste baroudeuse et engagée qui ne souhaite qu’une seule chose : Transmettre…

Quel est votre parcours artistique ? Dans quel milieu avez-vous grandi socialement et artistiquement parlant ?

Mademoiselle Maurice : J’ai grandi en haute-savoie, dans la montagne, au milieu des vaches. Mes grands parents étaient paysans. Après le Bac, j’ai fait des études d’architecture à Lyon, avant de me rendre compte que ça ne me correspondait pas vraiment. Ça ne veut pas dire que ce n’était pas bien, mais en architecture, on passe la plupart de son temps au bureau, derrière un ordinateur et moi j’ai toujours eu ce besoin de créer. Je bricole le bois, la ficelle depuis petite. Je voulais être une artiste.

Pourquoi avoir choisi le street-art ?

Je ne dirais pas que j’ai vraiment choisi le street-art. Au départ, je n’avais pas vraiment la volonté d’aller dans la rue. Je m’imaginais plutôt vendre des toiles dans une expo. Mais petit à petit, j’ai pris plaisir à m’approprier cet espace qu’est la rue, à faire intervenir les gens.

©Mademoiselle Maurice

Pourquoi les origamis en particulier ? Est-ce juste pour apporter de la couleur dans des quartiers populaires que l’on juge souvent trop ternes ou bien il y a t’il un autre objectif ?

J’ai passé un an au Japon, où j’ai appris l’art du pliage. En 2011, il y a eu le séisme, puis la catastrophe de Fukushima. J’avais un coup de gueule à faire passer par rapport au nucléaire et j’avais envie de rendre hommage au peuple japonais. J’aurais pu apporter de la couleur par d’autres moyens, mais je n’avais pas envie de faire quelque chose de déjà fait. En plus, à mes débuts, je n’avais pas vraiment de sous alors il fallait trouver quelque chose d’économique. Et puis je veux faire ressortir ce côté « artisanat » dans mon travail.

quels sont les différents quartiers populaires dans lesquels vous avez travaillé, en France et à l’étranger ?

J’ai récemment été dans des favelas du Brésil, mais il y a pas besoin d’aller aussi loin pour se rendre dans des quartiers populaires. Il y en a plein aussi en France. J’ai par exemple été dans des zones reculées du Nord ou de la Bretagne. Il m’est aussi arrivé de me rendre en banlieue parisienne. Mon but est de transmettre, de partager avec des personne qui n’ont pas forcément accès au type d’art que je fais et de les faire participer à mes œuvres, par exemple en réalisant ensemble une grande fresque.

©Mademoiselle Maurice

Quel est le retour des habitants des quartiers sur votre travail ?

C’est une question qu’ils faudrait plutôt leur poser à eux. Mais en général ils sont contents, ça apporte de la couleur. J’essaie de les faire participer, de créer une interaction. J’ai l’impression que les gens sont fiers de ce qui est créé.

Quelle est la place des femmes dans le Street art selon vous ? Avez vous eu du mal à vous faire une place ?

Le fait que je sois une femme n’a rien changé. J’aurais pu avoir une paire de couilles, mais je me dis que j’ai mes couilles à moi (rires). Que l’on soit un homme ou une femme, on peut tous intervenir dans la rue, peu importe l’origine, la religion. Si on veut faire quelque chose, il faut le faire.

Quels son vos prochains projets ?

Il y a une exposition à Malakoff qui va bientôt se terminer*. Sinon il y aura pas mal de projets de résidence. En 2017, je prépare aussi 3 projets avec des scolaires , dans une école à Saint-Etienne, après être intervenue cette année dans une école maternelle d’Evry. Les élèves réaliseront une fresque avec moi pour décorer la façade de leur établissement, et avec des lycéens qui auront une initiation au pliage pour leur faire participer eux aussi à la création d’ une fresque.

* Certaines de ses œuvres étaient présentes à la réserve Malakoff, avec Le Grand 8 de l’art urbain, jusqu’au 30 Octobre, avec d’autres artistes tels que FKDL ou MR Chat.

La réserve Malakoff : 7, rue Paul Bert, 92240 Malakoff

Site web : www.expo-legrand8.com

Quelques dates 

31 Janvier 1987 : Naissance en Haute Savoie

Septembre 2010 : voyage semi-professionnel de un an au Japon

2011 : Retour imprévu du Japon suite au séisme du 11 mars 2011.

Installations urbaines éphémères dans Paris (dentelle et origami)

2014 : Participation au projet SKIN. (Octobre 2014) à Paris avec des femmes touchées par le cancer du sein.

2015 : Installation WIP La Villette avec Art Azoï, association qui a pour but la promotion et la diffusion de l’art dans l’espace urbain en étroite collaboration avec des artistes nationaux et internationaux ainsi que les acteurs locaux. Paris

Diverses interventions écoles. (Primaires > Lycée > Adulte)

2016 : Intervention au centre psychothérapique de l’Ain. (Bourg en Bresse)

Site web de l’artiste : www.mademoisellemaurice.com

http://instagram.com/mademoisellemaurice#
http://twitter.com/MlleMaurice
http://www.facebook.com/MademoiselleMaurice

Katia Nunes

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Infos de l'auteur

Katia Nunès

Versaillaise qui vit maintenant à Guyancourt, amatrice d'arts en tout genre qui aime aussi parler de société, d'éducation et d'inégalités. Curieuse de tout et qui aime apprendre des autres, le Trappy Blog est pour moi un moyen de partager mes expériences et les questions que je peux me poser.