Le ramadan, c’est pas pour tout le monde la super grande fête

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Le ramadan a commencé déjà depuis bientôt trois semaines et pourtant, jeune habitant du quartier populaire du bois de l’étang à la Verrière dans le 78, je ne le vis pas comme cette grande fête “internationale” que certains médias présentent.

Au final, je ne me pose plus de question concernant le ramadan. Je le fais parce que ne pas jeûner c’est remettre en cause un des piliers fondamentaux de l’islam. Ne pas jeûner selon certains savants de l’islam relève presque de l’incroyance. Et si certains ont la chance d’avoir des excuses légales pour ne pas jeûner (devant la législation islamique) comme par exemple être en voyage ou être malade, pour les autres il faudra jeûner.

Pourtant, je le concède, avant le début du ramadan, j’ai vécu quelques jours de grande appréhension au sujet du mois difficile qui m’attend, à cause de la longueur des journées d’été, de la difficile gestion du sommeil puisque les prières et les veillées sont tardives, et de la faisabilité du jeûne avec mon nouvel emploi (je suis Aide Médico-Psychologique. Ça aurait pu être pire si j’avais bossé dans la restauration). Et d’ailleurs sur mon lieu de travail on me pose souvent la question ” comment tu fais pour jeûner ? moi je ne pourrais pas!”. Je réponds tout simplement que c’est une question de croyance. Effectivement, je jeûne durant la journée pendant que je suis au travail. Ce n’est pas facile mais j’ai de la chance car mon travail actuel n’est pas physique et intense. J’ai déjà fait le ramadan lorsque j’étais éboueur à Versailles. “C’était amer ” et tellement difficile. Certains sont guidés par la passion et réussissent à dépasser les difficultés pour réussir leurs épreuves à l’école, ou bien sportives ou bien encore un entretien d’embauche. La foi permet à certains de réussir à dépasser les difficultés qu’engendrent le ramadan comme la perte de poids et la fatigue.

Finalement la date fatidique du 6 juin arriva… Puis rapidement la routine s’installe. Physiquement, mon ventre s’atrophie pour me permettre de mieux supporter cette épreuve. Mentalement aussi, mon ramadan est difficile. Dans ce mois qui est aussi celui de la charité, j’ai du mal à donner de mon salaire de smicard. C’est tellement contraignant que parfois je ne me lève pas pour manger et je ne veille pas à la mosquée.

Et c’est d’autant plus difficile que je n’ai pas un poulet rôti avec une pomme dans la bouche qui m’attend chaque soir. Le ramadan ce n’est pas toujours la fiesta durant un mois. Contrairement à une image largement répandue, les nuits du mois sacré ne sont pas un gigantesque banquet. Lorsque je rentre chez moi le soir, après le travail, il n’y aucun festin qui m’attend. Je ne sais pas cuisiner, mes sœurs sont mariées et ma mère, épuisée par son travail d’éducatrice pour jeune enfant à la mairie de Versailles, s’attelle à préparer quelque chose de rapide. Je ne me plains pas, je la comprends, je ne lui en demande pas plus. Du coup, chez moi, c’est pas comme on le fait croire. Au moment de rompre le jeûne, comme pour un quelconque repas de l’année, chacun prend son assiette, se sert et retourne dans son coin. Parfois grâce à l’Euro 2016 nous nous retrouvons tous les trois, mon frère, ma mère et moi devant la télé.

Si pour certaines familles le ramadan ressemble à Noël, dans la mienne et dans beaucoup d’autres, le budget familial serré ne permet pas de faire des folies tous les soirs. Bien qu’avec ma paie, d’après un rapide calcul, je pourrais aller au kebab tous les soirs pendant un mois pour la somme de 225 euros. Ça va, c’est un luxe abordable…

Pour d’autres personnes c’est carrément la solitude. Prenez par exemple les immigrés dans les foyers Sonacotra. Ils sont sans leur famille et préfèrent vivre leur ramadan dans la frugalité. D’autant plus qu’au pays le ramadan exige d’acheter des denrées de première nécessité pour la famille élargie ou le village. Car en Afrique, comme il y a encore peu en France, et comme c’est toujours le cas dans l’aristocratie, la famille ce n’est pas seulement la femme et les enfants mais toute la famille jusqu’aux personnes éloignées.

En conclusion, mon ramadan reste finalement une période épanouissante pendant laquelle j’ai l’occasion de vivre une expérience sociale et spirituelle forte avec ma famille. Et cette année ça me donne en plus une raison d’écrire une article pour le Trappy Blog.

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Infos de l'auteur

Makan Fofana

Habitant du quartier du Bois de l'Etang à La Verrière, ancien étudiant à la Sorbonne Nouvelle en Licence Langue Littérature et civilisation, écrivain à mes heures perdues, amateur de philosophie, de spiritualité et du monde de l'entreprise. A travers ce blog je souhaite favoriser de nouvelles initiatives dans le quartier.