Pourtant, ce n’est pas toujours facile de s’intégrer…

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Ce n’est pas toujours facile de parler de soi publiquement. Du coup, cela nécessite un sacré courage pour pouvoir dépasser l’auto-censure.Après une longue hésitation, j’ai décidé aujourd’hui de vous faire part de mes soucis liés à mon intégration dans mon environnement quotidien, et surtout sur le marché du travail.

Après avoir passé 22 ans au Maroc comme Franco-Marocaine, je me suis installée en France il y a six ans. Effectivement, les premiers jours ont été un peu difficiles par rapport à la langue, non pas la langue française littéraire mais à la langue française orale « l’argot ». Au début, j’avais du mal à comprendre ce dialecte que tous les jeunes utilisent au quotidien pour s’exprimer. D’ailleurs, je me rappelle bien ce jour où je cherchais une adresse aux alentours de la clinique de Trappes en m’adressant gentiment à deux jeunes garçons qui avaient l’air mûrs : « s’il vous plaît, je ne trouve pas la rue Paul Langevin (pourtant c’était à côté), pouvez-vous me l’indiquer ?». Avec un regard bizarre, les deux jeunes me répondent : « wech, tu es de Trappes et t’connais pas Paul Langevin ? tiens, la rue est juste à côté, là où t’ vois la bagnole rouge ». J’avoue que si j’avais bien compris le mot bagnole, je n’arrivais pas jusqu’à maintenant à identifier le mot « wech ». D’ailleurs que je le classe dans la liste des gros mots pour mon fils.

En arrivant, en vue de continuer mes études, je me suis inscrite à l’Université de Versailles-Saint-Quentin afin de préparer un master 1 « Lettres, Culture, Langue » que j’ai obtenu, puis un master 2 obtenu à Montpellier dans le cadre d’un enseignement à distance. Actuellement, je prépare mon dossier pour continuer mes études en vue d’un doctorat…

Des épisodes de découragement me visitent de temps en temps, surtout quand je m’aperçois que mon cursus n’a pas de débouchés, sauf si je deviens professeure. Et plus grave encore quand je mets en question mes convictions religieuses, plus précisément, le port de mon foulard. Autrement dit, je ne peux pas le retirer au travail, c’est compliqué oui…Mais, non pour moi c’est impossible ! Pourtant, j’ai tellement besoin de travailler ! Par ailleurs, je suis du genre à ne pas supporter de rester sédentaire, sans activité. C’est la raison pour laquelle je me suis impliquée dans plusieurs activités associatives.

Cela ne veut pas dire que je n’éprouve aucune motivation pour mes études ou pour mes activités associatives, mais un salaire indépendant m’apporterait beaucoup de confort. En outre, il m’est arrivée d’être refusée à cause de mon foulard après un entretien de travail en 2011 par une chargée de recrutement qui porte une jolie croix autour de son cou. Si j’ai bien compris ce principe, c’est qu’il revendique une interdiction totale du port de signes ostentatoires dans la fonction publique. Ainsi, le secteur privé n’est pas concerné par ce principe sauf si l’employeur l’exige dans son règlement intérieur. Par ailleurs, aucun salarié ne doit faire l’objet d’une discrimination en raison de ses convictions religieuses (article L1132-1 du Code du travail). Puisque, je respecte ce principe républicain, je n’ai jamais osé postuler à un emploi public. Mais, je n’oserai pas candidater à un emploi dans le privé non plus car mon apparence religieuse, que je ne souhaite absolument pas cacher, m’exclut et me met à l’écart de l’activité salariale.

Ps : Il est à noter que mes propos ne relèvent en aucun cas d’une auto-victimisation ou d’une critique envers les lois de mon pays que j’adore infiniment.

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Infos de l'auteur

Amina Mouhoub El Atmani

Fascinée par les belles lettres, égarée dans les rimes et amoureuse de Trappes, j'adore l'écriture en générale et la poésie en particulier. Master II littérature générale et comparée. Prix de poésie pour la francophonie en 2010 et prix Halaly de poésie en 2015.