Portrait d’Ahmed, 42 ans, « Trappes… ça fonctionne comme une ambiance familiale. »

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Série de portraits de Trappes par ses habitants. Ils suivent le principe du portrait chinois. Par leur vécu, leurs souvenirs, les habitants nous livrent différents points de vue sur la ville. Parfois surprenants, joyeux, attristants, amusants, mais souvent touchants, ces points de vue nous montrent une réalité toute en nuances de gris ; et non celle noire ou blanche que l’on s’imagine souvent.

Si Trappes était un plat ou une boisson ?

Un plat ? Moi, j’aurais dit plusieurs plats. De par mon métier, j’ai eu le plaisir d’aller voir plusieurs familles, dans Trappes. Ce serait du riz au poisson, couscous, du yassa également. Et pour moi ça ne s’arrête pas là, ce serait tous les plats du monde. Quand on regarde la ville de Trappes, il y a plusieurs nationalités, et forcément tous les plats du monde.

Tu peux expliquer ce qu’est le yassa ?

Le yassa c’est un plat avec du riz, et soit du poulet, soit du poisson, accompagné d’une sauce qui peut être rouge ou claire, avec les oignons… Moi, celui que je préfère, c’est au poulet, c’est succulent.

Et pour les couscous aussi t’as noté des différences ?

Oui. Alors y a le couscous marocain, celui des Tunisiens, et celui des Algériens aussi. Des fois, la composition part sur le même principe, mais le goût diffère. C’est comme si chacun avait son histoire, son style. Et puis même quand on transmet le savoir-faire, une maman, elle ne le transmet pas totalement. Elle garde toujours quelque chose qui fait que le plat sera différent. C’est ça que je trouve intéressant, c’est comme si c’était un secret gardé. Tu le transmets de manière parcimonieuse.

Si Trappes était une odeur ?

C’est plutôt des odeurs d’encens. C’est ce qui m’a le plus marqué. Comme on est face à une population de diverses nationalités, en fonction des pays, on va avoir des odeurs d’encens, et parfois, on s’en trouve imprégné. Moi, j’aime bien. Des gens de l’extérieur peuvent dire, « C’est très fort comme odeur. ».

C’est des petits bâtonnets ou des cônes ?

Pas forcément ! Tu peux avoir une petite coupole, tu mets un genre de charbon, c’est de couleur noire. Tu allumes un tout petit peu, ça s’appelle du « tchouraï », on y met un genre de parfum assez fort, donc ça va brûler avec, et tu vas avoir de la fumée. C’est impressionnant l’odeur que ça dégage. Certains ont été bercés dans leur enfance avec cette odeur-là… Quand je vais voir des populations d’Afrique Noire, les encens sont différents également. Quand tu vas chez des Maliens, des Ivoiriens, des Sénégalais, c’est jamais les mêmes odeurs. Chacun a la même base et chacun va faire comme s’il faisait sa petite composition. Les odeurs, c’est jamais les mêmes.

Si Trappes était un son ou une musique ?

Une musique, ce serait celle du concert d’Ibrahim Maalouf à la Merise, il y a deux ans environ. Je connaissais quelques titres, mais en concert ça donne, c’était autre chose, ces musiques me restent dans la tête. Et quand je pense à Trappes, y a des musiques qu’il a composées qui me font penser à la ville. Peut-être parce que le fait qu’il soit venu également à Trappes, le fait aussi de ses origines à lui, que ce soit quelqu’un de fédérateur également. Quand on écoute ses musiques, y a pas de limites, y a pas de frontières. Il prend de tout et après le message est le même pour tout le monde.

Ça t’évoque la ville ?

La ville et puis plein de choses quoi… Les origines, la richesse et la générosité des gens… Ça me renvoie à toutes les difficultés qui avaient été rencontrées lors de la rénovation urbaine. Des personnes ont témoigné : « On a vécu dans ces bâtiments-là pendant des années, nos enfants sont nés ici, c’est notre premier logement quand nous sommes arrivés ici ». Et puis quand un jour, on leur dit « On va démolir votre bâtiment ». Y en a carrément qui se sont effondrés en larmes. C’est leur logement donc ils se sont approprié les lieux, et puis quand on dit à certains qui n’ont rien demandé : « On va vous déloger pour vous reloger », c’est un drame. D’autres vont être contents, car c’est une occasion de changer. Les titres d’Ibrahim Maalouf, c’est des titres qui me font un flash-back par rapport à ça.

Parce que lui comme il a vécu la guerre et la destruction, peut-être que ça vient de là aussi…

T’as tout compris. Et après toujours se dire qu’il faut, malgré tout, avancer. C’est comme si ça apaisait, voilà. Lui, ses musiques, son attitude, ça évoque la paix. Malgré les difficultés que les gens traversent, et lui, ce qu’il a vécu, il faut y croire.

Si tu ne vivais pas dans cette ville, où aimerais-tu habiter ?

A Élancourt. Moi, je trouve que c’était une super ville. Et aussi Maurepas, parce qu’il y a beaucoup de verdure dans ces villes-là. Trappes aussi y a de la verdure ! Mais la question c’est si j’habitais pas à Trappes. Il y a aussi la ville de Guyancourt. Je trouve au niveau architectural, en terme de mixité sociale et tout ça, c’est très intéressant comme ville. Au regard de tout ce qui a été fait, c’est un exemple de réussite. En terme d’habitation : tu as du logement social comme de la propriété et de la copropriété. Tout a été fait pour privilégier le cadre de vie des enfants. Guyancourt, à un moment donné, ils ont eu une labellisation par rapport à ça.

Après la différence avec Trappes, si je dois les différencier, c’est que Trappes… Ça fonctionne comme une ambiance familiale. Après, faut pas que cette ville soit un repli communautaire, parce que quand on dit famille, c’est pas uniquement une catégorie de gens qu’on doit accepter, c’est tout le monde. Je me rappelle quand on était petits, on était à l’école maternelle, y’avait pas de différence. Y avait des Asiatiques, des Noirs, des Arabes, des Portugais, de tout. C’est comme ça qu’on crée le vivre ensemble. C’est en apprenant à se connaître qu’on se respecte les uns les autres.

Mais du coup, as-tu constaté une évolution dans la population ?

Oui, mais en négatif. Malheureusement, depuis quelque années, y a un changement s’est opéré dans le fait religieux, avec le djihadisme. Ce qui est horrible c’est que j’ai côtoyé des personnes, pour certains, on a fait du foot ensemble, on a déjà discuté.… Beaucoup ont une pratique et une interprétation de la religion très rigoureuse. C’est comme si aujourd’hui, il fallait se montrer avec l’habit traditionnel, ou le voile pour les femmes, pour être considéré comme un bon musulman. Mais la religion, c’est pas j’exclus les autres, c’est ce qui permet de relier tout le monde, sans distinction. Malheureusement, y’en a qui ont une méconnaissance de ça. Ils pratiquent leur religion comme si c’était une compétition. Donc c’est la course au bon point. Si une religion, on la ramène à ça, je trouve ça déplorable. Quel est l’intérêt de construire quelque chose, si on pense pas à celui qui n’a rien ? Y a quelque chose qui ne va pas. Certains devraient apprendre la religion comme il se doit, c’est-à-dire dans la tolérance, plutôt que rentrer dans des schémas destructeurs. Et c’est comme si c’était cette force là qui faisait qu’on est unis contre tout ce qui se passe ici. Quand j’étais plus jeune, j’étais animateur. Tous les matins, j’allais voir un pasteur – moi qui suis musulman – le pasteur Grégoire. Ce qui était intéressant, c’est qu’on discutait tout simplement, y avait pas de limites, et on s’enrichissait. C’est comme ça qu’on a appris à se respecter. C’était un bon compagnon de route. Et ça, ça te permet de te protéger vis-à-vis des discours de radicalisme.

Je trouve que malgré tout, c’est une réussite cette ville, y a du potentiel. Mais faut pas que ça reste enclavé. Faut laisser une ouverture. Avant, il y avait beaucoup de Portugais, de Blancs non issus de l’immigration… Et puis ceux qui peuvent partir, ils partent ! Le problème, c’est que s’ils partent, qui va aller dans ces logements ? Les gens de Montigny et de Guyancourt, ils ne viendront pas ici, c’est une certitude. Le problème, c’est qu’on crée un microcosme mais sans le vouloir !

Comment peut-on inverser la tendance ?

C’est compliqué. Il faut des gens de l’extérieur. On peut y arriver. La ville se transforme. Malheureusement, avec des faits divers, ça te donne une mauvaise pub et tout le travail que beaucoup d’acteurs ont fait pour que cette ville soit reconnue, il se retrouve en 5 minutes détruit. C’est horrible. A cause de ça, les gens vont te dire « Moi je veux pas habiter ici ! ».

À Élancourt. Moi, je trouve que c’était une super ville. Et aussi Maurepas, parce qu’il y a beaucoup de verdure dans ces villes-là. Trappes aussi y a de la verdure ! Mais la question, c’est si j’habitais pas à Trappes. Il y a aussi la ville de Guyancourt. Je trouve au niveau architectural, en terme de mixité sociale et tout ça, c’est très intéressant comme ville. Au regard de tout ce qui a été fait, c’est un exemple de réussite. En terme d’habitation : tu as du logement social comme de la propriété et de la copropriété. Tout a été fait pour privilégier le cadre de vie des enfants. Guyancourt, à un moment donné, ils ont eu une labellisation par rapport à ça.

Après la différence avec Trappes, si je dois les différencier, c’est que Trappes… Ça fonctionne comme une ambiance familiale. Après, faut pas que cette ville soit un repli communautaire, parce que quand on dit famille, ce n’est pas uniquement une catégorie de gens qu’on doit accepter, c’est tout le monde. Je me rappelle quand on était petits, on était à l’école maternelle, y’avait pas de différence. Y avait des Asiatiques, des Noirs, des Arabes, des Portugais, de tout. C’est comme ça qu’on crée le vivre ensemble. C’est en apprenant à se connaître qu’on se respecte les uns les autres.

Mais du coup, as-tu constaté une évolution dans la population ?

Oui, mais en négatif. Malheureusement, depuis quelques années, y a un changement s’est opéré dans le fait religieux, avec le djihadisme. Ce qui est horrible, c’est que j’ai côtoyé des personnes, pour certains, on a fait du foot ensemble, on a déjà discuté.… Beaucoup ont une pratique et une interprétation de la religion très rigoureuse. C’est comme si aujourd’hui, il fallait se montrer avec l’habit traditionnel, ou le voile pour les femmes, pour être considéré comme un bon musulman. Mais la religion, c’est pas, j’exclus les autres, c’est ce qui permet de relier tout le monde, sans distinction. Malheureusement, y’en a qui ont une méconnaissance de ça. Ils pratiquent leur religion comme si c’était une compétition. Donc c’est la course au bon point. Si une religion, on la ramène à ça, je trouve ça déplorable. Quel est l’intérêt de construire quelque chose, si on pense pas à celui qui n’a rien ? Y a quelque chose qui ne va pas. Certains devraient apprendre la religion comme il se doit, c’est-à-dire dans la tolérance, plutôt que rentrer dans des schémas destructeurs. Et c’est comme si c’était cette force-là qui faisait qu’on est unis contre tout ce qui se passe ici. Quand j’étais plus jeune, j’étais animateur. Tous les matins, j’allais voir un pasteur – moi qui suis musulman – le pasteur Grégoire. Ce qui était intéressant, c’est qu’on discutait tout simplement, y avait pas de limites, et on s’enrichissait. C’est comme ça qu’on a appris à se respecter. C’était un bon compagnon de route. Et ça, ça te permet de te protéger vis-à-vis des discours de radicalisme.

Je trouve que malgré tout, c’est une réussite cette ville, y a du potentiel. Mais faut pas que ça reste enclavé. Faut laisser une ouverture. Avant, il y avait beaucoup de Portugais, de Blancs non-issus de l’immigration… Et puis ceux qui peuvent partir, ils partent ! Le problème, c’est que s’ils partent, qui va aller dans ces logements ? Les gens de Montigny et de Guyancourt, ils ne viendront pas ici, c’est une certitude. Le problème, c’est qu’on crée un microcosme, mais sans le vouloir !

Comment peut-on inverser la tendance ?

C’est compliqué. Il faut des gens de l’extérieur. On peut y arriver. La ville se transforme. Malheureusement, avec des faits divers, ça te donne une mauvaise pub et tout le travail que beaucoup d’acteurs ont fait pour que cette ville soit reconnue, il se retrouve en 5 minutes détruit. C’est horrible. À cause de ça, les gens vont te dire « Moi, je veux pas habiter ici ! ».

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Infos de l'auteur

Bettina Laigle

Babtou rousse ayant grandi à Trappes, j'aime les vieux livres, l'art, le théâtre, la danse, le cinéma. Côté étude : diplômée en reliure-dorure à l’École Estienne, je suis actuellement en licence de Préservation des Biens Culturels à Paris 1. Je m'intéresse beaucoup aux questions de culture, de transmission, d'environnement, d'histoire dans les sociétés. J'aime apprendre des autres de nouvelles choses.