« On ne peut pas imaginer aujourd’hui à quel point la ville de demain à Trappes va être différente »

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Maire-adjoint à l’Urbanisme, Environnement et Qualité de vie à Trappes, Thomas Urdy est en charge de la politique de renouvellement urbain. Rencontre autour de la question de la dynamique créée par cette politique depuis 10 ans, ses succès et les difficultés de sa mise en œuvre. 

Propos recueillis par Abdelhamid Chalabi

Quel constat peut-on dresser concernant la ville de Trappes et ce qui a concrètement changé avec le renouvellement urbain ?

Lors de la première phase de rénovation urbaine, on a pu voir les évolutions sur certains quartiers enclavés. C’est le cas avec Léo Lagrange, suite à l’ouverture d’une voie traversante et le renouvellement de l’espace paysager. On a mis en place un programme de résidentialisation, qui a permis aussi un respect des espaces communs partagés. On a aussi des quartiers qui ont retrouvé une certaine vitalité, c’est le cas des Merisiers ou encore de Sand-Pergaud-Verlaine qui, auparavant, étaient très enclavés. Ce sont des lieux où subsistent encore des problèmes, on en est très conscient. On va se servir de cette phase de rénovation urbaine comme d’une phase de diagnostic pour proposer un nouveau plan de rénovation, notamment pour des quartiers qui n’ont pas pu être traités à l’époque.

Depuis environ dix ans, la population de la ville a augmenté de 4000 habitants. C’est un élément important car on est la ville la plus dynamique des Yvelines en la matière. On a une population nouvelle qui s’est installée dans des quartiers réhabilités, renouvelés, mais nous voyons arriver également des acquéreurs. Notre défi était à la fois de renouveler le bâti, d’être une ville comme les autres, c’est-à-dire qui puisse à la fois être attrayante, dynamique, ouverte. Parmi les enfants originaires de Saint-Quentin-en-Yvelines, certains ont été très déçus de ne pas pouvoir acheter leur logement dans la même commune que leurs parents.

La ville de Trappes a un vrai défi à relever, qui est de créer de la mixité sociale. De ce point de vue, on est passé de presque 80% de logements sociaux à environ 55% maintenant grâce à la construction de logements destinés à l’accession à la propriété, soit de façon aidée, soit en accession libre. Et dans les deux cas on a rencontré un vrai succès. On a réussi aussi à créer l’Aérostat qui est un nouveau quartier avec des personnes qui viennent de partout : Guyancourt, Voisins, Montigny, même de Dreux et au-delà. Ce sont souvent de jeunes couples qui viennent acquérir un logement à Trappes. Ce quartier comportera à terme 800 nouveaux logements destinés à la vente essentiellement, sur de petits immeubles de 4 ou 5 étages que tout le monde apprécie visiblement, pour presque 4000 nouveaux habitants. Actuellement il nous reste environ 200 à 250 logements à construire. Par conséquent, autant lors des premières années de la politique de renouvellement urbain la proportion de Trappistes qui achetaient un logement était de 50%, autant maintenant on se stabilise à 30% ; les 70% restants concernant une population qui vient de la proche couronne Saint-Quentin mais aussi de Dreux et d’autres villes un peu plus éloignées. On n’a donc pas simplement un bâti qui se renouvelle, mais aussi une mixité qui œuvre dans les écoles.

Que prévoyez-vous pour les dix, voire les vingt prochaines années ?

On ne peut pas imaginer aujourd’hui à quel point la ville de demain à Trappes va être différente. Premièrement, le plus immédiat des projets c’est l’enfouissement de la Nationale 10. Le premier coup de pioche symbolique est prévu pour mars 2019. Car aujourd’hui la ville est coupée par la Nationale 10 et on a donc trois parties distinctes dans la ville : un ancien Trappes, centre-ville caractérisé par son histoire de gare de triage et ses 10 000 habitants. On a une partie de la ville, notamment les Merisiers, qui s’est construite avec l’arrivée des cheminots et des ouvriers des entreprises locales, qui compte environ 10 000 habitants. Et puis vous avez 10 000 habitants également pour la Plaine-de-Neauphle dont toute une partie de quartiers nouveaux. Pour nous, l’objectif va être de créer trois plateaux urbains qui vont permettre de rassembler la ville. Mais on va aussi créer des Trames vertes qui vont permettre de traverser la ville du nord au sud, recréer des axes qui n’existaient plus et donc connecter à nouveau la ville au centre-ville, recréer du lien social, recréer la dynamique d’une ville dont toutes les composantes sont importantes.

On a aussi avec l’Établissement Public Paris-Saclay un projet de création d’un nouveau quartier, qu’on appelle pour l’instant le quartier « Freyssinet », un quartier qui est entre Montigny-le-Bretonneux et Trappes, où il y a une partie de voies de chemins de fer notamment. Pour l’instant c’est vraiment un projet de vision de la ville du futur mais on n’est pas rentré dans le cœur du projet, contrairement à l’enfouissement de la N10 où on a déjà un pied dans le projet

Par ailleurs, dans ma délégation il y a l’urbanisme mais aussi l’environnement et la qualité de vie évidemment. On a d’autres projets qui portent notamment sur le renouvellement des parcs et jardins comme le parc de la Plaine-de-Neauphle, dans les deux ou trois prochaines années. Il s’agit de créer de vraies aires de jeux. On a de très belles pelouses, des services publics autour, une médiathèque notamment, un lycée, une crèche, des “city stades” etc. Mais le parc n’est pas habité, il n’a pas d’identité ; notre travail va donc se porter sur la création de nouvelles aires de jeux et faire en sorte que cet espace soit attractif. Autant il existe des villes dont les parcs ne sont pas fréquentés, autant quand vous créez des parcs à Trappes, cela fonctionne ; donc il y a une vraie attente. En septembre, nous inaugurerons un nouveau parc de jeux dans le square Maurice Thorez. Outre de nouveaux jeux pour les enfants, nous allons créer le premier « street workout » (parcours de sports en extérieur) dont la vocation est d’attirer un public mixte et intergénérationnel. Nous avons également d’autres projets avec mes collègues élus, comme la création de la Maison des Associations, qui est déjà lancée sur la zone de l’Aérostat. Dans l’année qui vient nous prévoyons également la création d’une nouvelle école, l’école Jules-Ferry dans le centre-ville. Et puis nous travaillons sur la création d’un café-concert, d’un lieu de débat et d’expositions en centre-ville, et on va continuer notre programme de renouvellement urbain.

Et quels seront les projets de renouvellement urbain sur Trappes dans les prochaines années ?

Concernant les projets dans les dix années à venir il y a aussi, avec le financeur important qu’est l’ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine), la deuxième étape de la rénovation urbaine, qu’on appelle l’ANRU 2. Nous nous sommes déjà engagés pour lancer des études sur trois quartiers particuliers qui sont Camus, Cité nouvelle et Védrine. Ce sont trois quartiers qu’on aurait pu mettre dans l’ANRU 1, mais comme il fallait choisir à l’époque et qu’il y avait des urgences, il est tout à fait cohérent qu’ils soient dans un projet de rénovation urbaine deuxième étape. Pour Camus, l’objectif est de réhabiliter ce quartier, y proposer de l’accession à la propriété et finalement désenclaver un quartier qui est vraiment replié sur lui-même et dont l’architecture actuelle ne favorise pas l’ouverture. Les trafics y sévissent ; chacun a accès au pignon du voisin, et il y a un manque évident de sécurité. C’est donc un quartier que l’on va traiter en priorité.

Pour ces trois projets donc, on attend d’abord des bailleurs qu’ils nous fassent une première proposition, ensuite nous irons vers les habitants – une équipe sera dédiée à cela – pour leur montrer cette première esquisse qui est en fait la base d’un premier échange. Nous organiserons d’abord une réunion publique au cours de laquelle tout le monde sera amené à donner son avis, puis de là, sur la base du volontariat, une dizaine de personnes sera amenée à venir en Mairie pour le compte des habitants afin de suivre toutes les discussions de concertation. Et quand on aura retravaillé ce projet, amendé par les bailleurs, nous reviendrons vers les habitants pour une nouvelle réunion publique afin de leur proposer toutes les modifications. Enfin, au bout d’une année – voire une année et demie – de concertation, on pourra revenir vers l’ANRU pour que l’on puisse se voir accorder ou non le lancement du projet, mais généralement, lorsque c’est cohérent, l’ANRU abonde dans notre sens, et là on pourra lancer la phase des travaux.

Qu’est ce que tout ce renouvellement urbain apporte concrètement aux gens ?

Il est vrai qu’on ne peut pas réduire la politique de Trappes uniquement au « bâti », bien que ce soit une partie très visible. Donc concrètement je dirais que ça a apporté de la sécurité, de la fierté à ses habitants. On préfère entendre que Trappes ça change, qu’il y a des nouveaux logements et qu’il est possible d’acheter plutôt que « Trappes c’est dangereux je n’y mets pas les pieds ». Quand quelqu’un ne connaît Trappes que par le biais des médias, il en a une image fantasmée. Donc moi ce que je recommande c’est de venir découvrir la ville par soi-même. Je peux dire aussi que le renouvellement urbain a apporté plus de mixité. On a à la fois plus d’habitants de Trappes qui souhaitent rester, mais aussi de nouveaux arrivants qui viennent d’autres villes pour acheter. L’élément qui m’a le plus marqué ce sont les écoles. Depuis deux ans maintenant on a un niveau scolaire qui s’améliore, on le voit aussi avec le lycée de la Plaine-de-Neauphle qui est un des meilleurs lycées de France, en matière de capacité à faire progresser et réussir ses élèves. Donc le renouvellement apporte des réussites sur tous les plans et ce n’est pas simplement un joli bâti.

Cette rénovation urbaine que l’on observe depuis quelques temps avec notamment la construction de nouveaux logements destinés à la vente, est-ce une volonté de mixité sociale ou plutôt de “gentrification” ?

Non, on ne peut pas parler de “gentrification”, si on entend par là volonté d’exclure toutes les classes populaires au profit d’un embourgeoisement ou d’une élitisme à Trappes. On pouvait parler à une certaine époque d’un risque de paupérisation mais ce n’est plus d’actualité. On devient attractif, parce qu’il est plus facile d’acheter à Trappes qu’à Montigny-le-Bretonneux ou ailleurs sur Saint-Quentin-en-Yvelines, et pour la simple et bonne raison que les prix sont plus élevés ailleurs qu’ici. Dans les écoles, dans les logements une mixité qui apparaît avec un le chiffre clé que je rappelais : nous sommes passés de 80% de logements sociaux à presque 55% maintenant, uniquement en augmentant la part de l’accession à la propriété. Vous avez certaines villes par exemple qui ne souhaitent pas aller dans le sens de la loi SRU (loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain) avec 20 à 25% de logements sociaux sur leur territoire, et pour ça ils préfèrent payer des pénalités plutôt que de faire construire des logements sociaux. Là effectivement il s’agit de “gentrification”. Mais à Trappes ce n’est pas le cas. Pour nous, à Trappes, la création de logements répond dans un premier temps à la décohabitation, ce qui nous a aussi permis de faire augmenter le taux d’accession à la propriété. Car si vous ne créez pas de logements, vous ne permettez pas la décohabitation, et ces nouveaux jeunes habitants vont partir habiter dans d’autres villes.

Toutes les personnes dont les logements ont été détruits ont-elles toutes été relogées ?

Oui, alors on a eu environ 500 relogements à effectuer et la quasi-totalité des relogements se sont faits à Trappes. Certains, parce qu’ils avaient deux à trois choix, ont préféré aller ailleurs mais la plupart ont été relogés à Trappes.

Aucun n’a été contraint de partir du fait qu’il n’avait pas les moyens nécessaires à un relogement ?

Ah non aucun, premièrement parce que nous avons l’obligation de reloger les habitants et deuxièmement parce qu’humainement on ne peut pas agir comme ça. La première des choses justement c’était de travailler sur le relogement des habitants ; certains ont décidé de s’installer dans du neuf, d’autres ont décidé de s’en aller par rapport au quartier mais ils ont tous eu deux à trois choix et les frais de déménagements sont entièrement pris en charge.

Quelles sont vos plus fortes contraintes dans le cadre de cette politique de renouvellement urbain ?

La plus forte contrainte c’est le temps, du fait de la courte durée d’un mandat. Vous envisagez de réaliser beaucoup de choses mais la réalité est là qui vous rattrape avec souvent des temps de mise en œuvre assez longue. Vous arrivez finalement à réaliser certaines choses mais d’autres vous laissent malgré tout sur un sentiment d’insatisfaction. Donc la pire contrainte est vraiment de l’ordre du temps car on aimerait bien tout faire mais on ne le peut pas ; c’est comme ça.

Et si vous aviez une baguette magique, que feriez-vous ?

Ce que je souhaite c’est que chacun se sente bien à Trappes et si j’avais une baguette magique, la première chose que je ferais, c’est de donner à manger et un logement à tout le monde. Toujours avec cette même baguette magique je permettrais que chacun ait accès aux services publics de manière égale et puisse avoir un niveau de qualité de vie qui soit satisfaisant, avoir de bonnes écoles pour ses enfants, des espaces verts … Et il me semble, que sans avoir de baguette magique, on peut quand même faire des choses.

L’image de Trappes véhiculée à travers le livre La Communauté renvoie-t-elle selon vous à la dynamique de la ville ?

Alors je pense que votre question est un peu biaisée (rires). Bon je ne m’exprimerai pas sur le livre de deux journalistes qui ont fait un travail qui, à mon avis, aurait pu être intéressant sur certains points. Mais il y a toutefois pas mal d’erreurs qui se sont greffées sur ce livre. D’un coté on peut avoir des éléments factuels faux. Certains habitants sont même venus nous dire : « C’est dommage parce que ce n’est pas du tout ce que j’ai dit. » Par ailleurs le livre n’est pas représentatif de la dynamique de la ville car s’il l’était, il reprendrait en compte les éléments sur lesquels vous m’interrogez, la manière dont évolue la ville. A ce titre, je crois fermement au rôle positif de la mixité pour contrer les mécanismes d’exclusion sociale ou de repli communautaire. C’est problématique de stigmatiser par-dessus tout les habitants de Trappes. Alors bien sûr chacun est libre d’écrire ce qu’il veut, mais en attendant ce livre est peut-être passé à côté de son ambition du fait de son genre romanesque. D’ailleurs j’inviterais bien tout le monde à venir à Trappes pour se faire sa propre idée, ce serait peut-être plus parlant que de lire un bouquin sur le sujet.

Propos recueillis par Abdelhamid Chalabi

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Infos de l'auteur

Abdelhamid Chalabi

Étudiant de 24 ans en dernière année de Licence de Sociologie et résident à Montigny le bretonneux. Passionné de musculation et des sports de combat. Je m'intéresse particulièrement aux sciences sociales, aux langues et enjeux politiques et géopolitiques. Le Trappy Blog c'est pour moi le moyen d'acquérir une expérience et de m'exprimer.