« Il n’y a pas forcément de rimes en poésie, ne cherchez pas à en faire »

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SUR LES BANCS DE L’ECOLE. Une classe de première S, du lycée de la Plaine de Neauphle à Trappes (78), a reçu les conseils du poète de l’Oulipo Frédéric Forte pour écrire des haïkus sur leur ville.

« Prix fixe ou mobile/ La population s’emmêle/ N’en fait qu’à sa tête ». Mélanie, fière de son haïku, appelle sa professeure de français à l’autre bout de la salle. Elle pointe vers le plafond sa main aux ongles multicolores, en se dandinant sur sa chaise et lançant des « Madame…Madame Bazire » presque à demi‐chuchotés pour lui montrer son travail. Mélanie est élève de première S au lycée de la Plaine de Neauphle à Trappes (78). Dans son poème, elle a décidé de mettre à l’honneur le marché des Merisiers où elle adore dénicher de bonnes affaires.

« J’ai choisi le marché, comme j’y suis souvent… J’y suis allée et j’ai bien observé. Quand je suis rentrée chez moi, j’ai noté plein de détails. » Cette année, les premières ont à leur programme la poésie dans la ville. Leur professeure leur a alors demandé de choisir un lieu à Trappes et de prendre des notes, pour nourrir l’atelier de Frédéric Forte, poète de l’Oulipo [groupe de recherche en littérature expérimentale, l’OUvroir de LIttérature POtentielle est fondé en 1960, notamment par Raymond Queneau], venu enseigner les haïkus. « La participation de l’auteur m’a boostée. Je me suis dit, nous aussi on peut faire preuve d’imagination. »

L’intervention de Frédéric Forte semble plaire. « Il n’y a pas forcément de rimes en poésie, ne cherchez pas à en faire », dit‐il en passant dans les rangs, sa voix légèrement couverte par la tempête qui gronde et les carreaux qui tremblent. Les élèves comptent sur leurs doigts pour être sûrs de respecter la métrique en 5÷7÷5. Des « 7 syllabes c’est dur quand même » fusent ici et là. Les jeunes essayent de s’entraider : « Si tu finis par “ant” c’est bon, non ? »

« Le haïku est intéressant parce qu’il les oblige à créer avec la contrainte de la forme, eux qui refusent la contrainte en temps normal. Cela leur montre que les esprits libres comme les poètes se forcent à se contraindre pour créer de la nouveauté » explique Laure Bazire, leur professeure de français. En sachant que le passage à l’écrit n’est pas aisé pour ces jeunes. « Produire à l’écrit est vraiment difficile pour eux, pas parce qu’ils ne veulent pas, mais parce que c’est vraiment dur » commente leur professeur principal Luca Agostino.

« La difficulté pour moi c’est de dire quelque chose . D’habitude, on fait plus attention à l’esthétique. Là on doit faire attention au sens » explique sérieusement Firdaws, une autre élève. Elle a décidé d’écrire sur Déclic Théâtre, un lieu qui lui tient à cœur. « Je fais de l’improvisation théâtrale, c’est pour ça que je voulais écrire sur Déclic. » Dans son haïku, elle décrit l’atmosphère qui règne au sortir du bâtiment : « Au gré des feux rouges/ La vie reprenant son cours/ Palais endormis. »

Les haïkus comme celui‐ci vont servir à étoffer leur dossier d’oral du baccalauréat. En fin d’année, les élèves doivent passer un entretien de 20 minutes : 10 minutes sur un sujet préparé et 10 d’échange avec l’examinateur. C’est à ce moment qu’ils pourront présenter leurs travaux, en discuter
Cindy Massoteau
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Infos de l'auteur

Cindy Massoteau

Salut à tous, moi c’est Cindy, « Dyce » ou « le soleil de la marmite » pour les intimes. Et oui, je suis chroniqueuse à Marmite.FM. J’adore le théâtre et le ciné, j’ai d’ailleurs un blog relatant ces passions : CSTV.fr. Côté étude, j’ai un master d’histoire et une licence d’anglais.