Nelly Dutu : maire la journée, professeure la nuit

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La Verrière dans les Yvelines est une petite commune de 6000 âmes environ ; Cindy y a rencontré l’édile, qui comme beaucoup de ses consœurs et confrères, doit travailler à côté, et pas seulement pour des raisons financières.

C’est au premier étage de l’hôtel de ville que Nelly Dutu, maire de la Verrière (78), a établi ses quartiers généraux. Dans son bureau aux larges fenêtres, elle discute des derniers dossiers en cours et m’invite à m’asseoir en souriant. Les cheveux couleur feu et de grands yeux bleus, l’édile s’exprime d’une voix fluette, mais déterminée. Quand sa collègue tourne enfin les talons, elle pivote vers moi et me propose un café. Le premier d’une longue journée pour elle, car comme beaucoup d’élus de petites communes, elle a une double casquette. La journée elle est maire de la Verrière et le soir enseignante éducatrice à l’internat de l’ERPD (école régionale du premier degré).

En 2016, l’ancien maire Alain Hajjaj (PCF) fait face à des problèmes de santé et décide de quitter ses fonctions. Nelly Dutu, alors conseillère municipale déléguée au quartier du Village, fait consensus au sein de la majorité. Un choix qui s’explique par un engagement de plus d’une vingtaine d’années à la Verrière et son affiliation au PCF. À ce titre, elle reverse d’ailleurs environ 65% de son salaire au parti. C’est la règle, pour éviter tout enrichissement personnel : les élus s’engagent à donner tout ou partie de leurs indemnités. « Je touche une indemnité d’environ 1200 euros. Ce qui est bien, car ça représente un smic et que beaucoup de gens vivent avec le smic. » Une fois l’indemnité versée au PCF, il lui reste environ 400 euros par mois. À cette somme, s’ajoute une enveloppe globale de 2000 euros, par an, de la part commune et 200 euros de l’agglomération.

De l’argent servant aux frais de représentation liés à la fonction : « Quand j’invite quelqu’un, c’est sur mon salaire, pas sur celui de la mairie », explique-t-elle. Pour subvenir à ses besoins, elle doit donc garder son emploi à temps plein. Depuis 39 ans, Nelly Dutu est à l’Education Nationale. D’abord professeur des écoles, elle exerce depuis cinq ans la fonction d’enseignante-éducatrice. Avec ses collègues, elle accueille un groupe d’environ 65 élèves venus de toute la région parisienne. Ils les encadrent et les accompagnent dans leur scolarité. Les horaires varient en fonction des jours. Généralement vers 16h, après avoir mis sa tenue de maire au placard, elle fonce à l’école jusqu’à 22h ou parfois pour la nuit entière. Même si cet emploi du temps est contraignant : « Je suis contente d’avoir gardé mon travail, affirme-t-elle. Ce serait bien qu’il soit moins prenant, c’est lourd de garder un temps plein. Mais ça permet de garder un pied dans la réalité de tous les jours. Sinon, on est rapidement que dans les dossiers. »

Un métier qui influence directement son rôle de maire. « En tant que maire et enseignante, j’ai un regard particulier sur la scolarité et l’éducation des enfants pour le futur et la vie sociale. Il faut que ça tende vers un mieux. » Comme son discours d’investiture le stipule, elle mène des politiques en faveur des jeunes afin qu’ils acquièrent une plus grande autonomie et sortent de la précarité. Notamment en menant des politiques favorisant l’emploi avec la MIRE (Maison des Initiatives et des Réussites) qui accompagne les jeunes de 15 à 25 ans dans leurs projets.

D’ailleurs, la rentrée devrait voir le centre socioculturel (ex-maisons de quartier) de la Verrière se développer avec l’arrivée d’un nouveau directeur. Quant au logement, le dossier du nouveau quartier Gare-Bécannes et ses 1800 habitations suit son cours, ainsi que la réhabilitation du quartier du Bois de l’Étang, quartier prioritaire de la politique de la ville, afin de créer une liaison avec le Village, le cœur historique de la ville. « Nous sommes une petite ville au sein de l’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines. Il faut être vigilant à ce que la ville garde ses prérogatives et à être entendue. » Des dossiers compliqués à faire avancer, surtout avec une majorité à droite à l’agglomération.

Son secret pour rester efficace avec ce rythme effréné : se ménager du temps libre. « Je me garde le samedi après-midi et le dimanche. À part quand il y a des commémorations. C’est important pour moi, sinon ce ne serait pas possible. » L’organisation reste le maître-mot, même s’il y a toujours des urgences de dernières minutes. Du coup, son emploi du temps change constamment. « Maintenant, je l’écris au crayon à papier et plus au stylo, je passe mon temps à le gommer ! ».

Cindy Massoteau

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Infos de l'auteur

Cindy Massoteau

Salut à tous, moi c’est Cindy, « Dyce » ou « le soleil de la marmite » pour les intimes. Et oui, je suis chroniqueuse à Marmite.FM. J’adore le théâtre et le ciné, j’ai d’ailleurs un blog relatant ces passions : CSTV.fr. Côté étude, j’ai un master d’histoire et une licence d’anglais.