Narko l’elliptique

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A 22 ans Narko, rappeur qui oscille entre Rambouillet et Asnières, vient de sortir sa première mixtape, Narkothérapie. Rencontre.

Nous sommes le 27 avril. Je rencontre le rappeur Narko dans un café tranquille à Rambouillet, autour d’une bouteille de Coke. Pénétrer l’univers du « thérapeute », c’est rentrer dans la Narkothérapie, le nom de sa première mixtape dans laquelle il tente de soigner « ceux qui ont besoin de se retrouver ou ceux qui sont perdus émotionnellement ». Sur le papier la narcothérapie est le traitement de certaines pathologies par le sommeil, artificiellement provoqué par des médicaments hypnotiques.

Mais « dans la vie, il faut aussi être un connard, car soit tu manges, soit tu te fais manger ». C’est l’explication de son blaze de scène. Chacun lutte pour préserver ses intérêts. « Le message que j’essaye de faire passer dans ma mixtape c’est qu’il faut vivre à fond et profiter de la vie, chacun à sa manière. Moi ça passe par la fête et gagner de l’argent. » La séance démarre, forte en émotion. Drôle de communication pour un médecin des émotions que de se définir « connard ». Mais c’est ce qui est plaisant chez les rappeurs, un mélange des genres et des nombres qui donne à réfléchir sur un texte et un personnage, Plus profondément. Narko a 22 ans, 2 sœurs, 2 demi-sœurs et un frère. D’origine zaïroise (RDC), il vit entre deux quartiers, Groussay à Rambouillet (78) et les Freycinet à Asnières-sur-Seine (92). « A Groussay il y a quelques têtes, mais les Freycinet, c’est beaucoup plus chaud ».

Cette année, il a décidé de faire une pause dans ses études alors qu’il suivait un BTS Management des unités commerciales. En attendant, il bosse à droite et à gauche et puis il aide son père à gérer son entreprise de bâtiment. « Je me suis lancé dans le rap l’année dernière. J’ai eu un petit yaourt », ce désir ardent de poser lorsque tu entends le son d’un rappeur. Narko avait l’habitude d’accompagner son pote au studio d’enregistrement et finalement, il tombe, bourré au son. « Mon pote n’arrêtait pas de me chauffer alors j’ai fini par me lancer ».

C’est à ce moment qu’il démarre le rap en roue arrière, alors qu’il était étudiant et livreur de pizza. Suite logique, sort quelque temps après la mixtape de Narko : le 3 mars 2017. Narko tire ses influences outre-atlantique, Bryson Tiller pour la musicalité, T-pain dans le style. En plus d’écouter Drake et Future, il peaufine son propre univers « sauf que moi je ne suis pas américain, je n’ai pas de label et je n’ai pas la thune de Bryson ». D’ailleurs s’il avait eu les moyens sa mixtape aurait été un album, mais le coût de production est beaucoup plus élevé. Il paye 120 euros les 4 heures en studio pour enregistrer un seul morceau. Sa cousine l’accompagne au studio et fait office de productrice.

« Je suis soit chez moi, soit en soirée, je ne traîne pas trop dehors, on sait tous que je viens de cité, je n’ai pas besoin de le revendiquer. » Au fil de la discussion, l’univers du rappeur se dessine peu à peu. Un trait de caractère attire l’attention, il vient d’un quartier, mais prend du recul sur son environnement. Il est de cité, c’est évident, et c’est tout. Il est curieux, apprécie la littérature, car la « connaissance est une arme », mais reste focalisé sur les livres de développement personnel. Ils lui apportent le savoir-être et les savoir-faire nécessaires dans la gestion et la réussite de sa carrière.

La littérature et « Naruto, parfois, je me retrouve en lui. » Même si l’objectif de Naruto n’est pas de se faire des billets, Narko se retrouve dans ce personnage devenu légendaire. « Au début de son histoire Naruto est mal vu. Moi j’ai une manière de penser singulière. On peut me trouver chelou, par exemple, le simple fait que je ne traîne jamais à la cité ou que je porte des tresses, ou la première fois que je me suis défrisé, au lycée, on m’a dit : “t’es fou, c’est pour les filles”. Je ne respecte pas toujours les normes sociales. » A la fin de notre voyage onirique dans l’univers de Narko, ma propre philosophie s’était endormie. Et comme lui, j’étais prêt à devenir un connard s’il le fallait pour conquérir le monde. Je me suis réveillé. J’attends pour terminer mon Cok-a.

Makan Fofana

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Infos de l'auteur

Makan Fofana

Habitant du quartier du Bois de l'Etang à La Verrière, ancien étudiant à la Sorbonne Nouvelle en Licence Langue Littérature et civilisation, écrivain à mes heures perdues, amateur de philosophie, de spiritualité et du monde de l'entreprise. A travers ce blog je souhaite favoriser de nouvelles initiatives dans le quartier.