Nadia Hai, députée : « Que les quartiers populaires ne soient pas lésés par la baisse des contrats aidés »

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Dans sa permanence fraîchement ouverte dans la zone industrielle de Trappes, Nadia Haï, nouvelle députée En Marche ! de la 11ème circonscription des Yvelines, fait un état des lieux sur les différentes réformes qui touchent sa circonscription, mais également sur son ressenti après cent jours de mandat.

Propos recueillis par Guillaume Rubio

Comment devient-on députée de la République en marche ?

Je n’avais pas forcément prévu de le devenir. Vouloir devenir député, cela vient par engagement politique. C’est lorsque l’on se demande comment je vais pouvoir aller plus loin en politique pour incarner le renouveau, que l’on se dit comment je vais le faire et dans quelle mission je vais m’inscrire. Emmanuel Macron, je le suis depuis qu’il est ministre de l’Économie. A l’époque je travaillais dans la banque, j’étais conseillère patrimoine chez Barclays, c’est donc un ministère que l’on écoute attentivement. Lors de la création de son parti, il a commencé à émettre des messages, une vision d’avenir qui m’a interpellée. Je n’ai pas tout de suite adhéré au mouvement, car je n’ai jamais été encartée politiquement. J’y ai adhéré à l’automne 2016, lorsqu’il a démissionné de son poste de ministre. En février, j’ai fondé le mouvement des Femmes en Marche avec Macron, car la question de l’égalité hommes-femmes était quelque chose d’important. Avec les adhérentes de ce mouvement nous avons mené la campagne d’Emmanuel Macron. Et au mois de mars, j’ai décidé d’aller encore plus loin dans mon engagement…

Vous êtes cofondatrice du comité Femmes En Marche avec Macron, comment avez-vous réagi en apprenant que le ministère des droits des femmes était remplacé par un simple secrétariat d’État ?

Un secrétariat d’État directement relié au Premier ministre, il faut le souligner. En fait, ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il y a une volonté de simplifier les interlocuteurs, les ministères et de réduire leur nombre. Il n’est pas nécessaire d’avoir un ministère avec tout ce que cela représente et sa lourdeur. Aujourd’hui, nous avons une secrétaire d’État [ndlr : Marlène Schiappa] qui est très engagée en matière de combat pour l’égalité hommes/femmes et il y a une réelle volonté de porter cette cause à l’échelle nationale et je pense qu’elle le fait très bien.

Vous êtes officiellement élue députée le 18 juin dernier, cela fait 100 jours que votre mandat de députée a débuté, qu’est-ce que cela fait de rentrer dans l’hémicycle ?

C’est une grande fierté ! Je n’ai pas été impressionnée par l’étendue du lieu et ce qu’il représente. C’est une fierté de rentrer dans l’hémicycle. Il y a eu une longue période pour en arriver là, un parcours semé d’embûches pour moi…

Parce que vous êtes Trappiste, une femme, issue de l’immigration… ?

Vous avez résumé mon parcours. Quand on me voit, on ne se dit pas tout de suite que je suis issue de l’immigration, mais j’ai un nom, un prénom qui peuvent amener quelques questions. Effectivement, je suis issue de l’immigration, un père ouvrier, une mère au foyer, quatre enfants dans la famille. Je suis née à l’hôpital de Trappes en 1980 et j’ai grandi dans le quartier des Merisiers avec les grandes tours du quartier de la Commune qui existaient encore, le square Maurice Thorez n’était pas encore rénové. J’étais du square Castiglione. Mon milieu social ne m’a pas donné la chance de réussir plus facilement par rapport à un milieu où il est un peu plus facile d’évoluer. Même si j’ai quitté Trappes il y a dix ans à cause de mon emploi, Trappes restera ma ville de cœur. Ma vie est bâtie autour de cette ville ! Ma famille y habite encore, j’y retourne tous les weekends sinon je me fais tirer les oreilles. Je n’ai jamais pu me détacher de Trappes et je pense qu’on ne s’en détache pas.

Vous aviez déclaré à Libération en juin dernier qu’Emmanuel Macron allait mener « une politique libérale », mais « aussi une politique sociale ». Maintenez-vous votre déclaration ?

Alors « libérale », c’est Libération qui a décidé d’opter pour ce terme-là. Moi j’ai choisi le terme « progressiste ». C’est une politique progressiste, car on a une vision totalement différente de ce que l’on a vécu jusque-là. C’est une vision globale avec des réformes de fond. On est tournés vers le progrès et l’avenir. Il y a une vraie politique de justice sociale parce que nous avons une volonté de libérer le travail, de libérer les énergies et de protéger les plus vulnérables avec la revalorisation de l’allocation des handicapés, des minimums vieillesse, la diminution de la taxe d’habitation, la réduction des charges sociales sur les salaires.

Vous parlez de ces réductions de la taxe d’habitation ou des charges sociales sur les salaires, mais de l’autre côté les APL et des allocations allouées aux HLM vont diminuer. Est-ce que cela ne va accentuer les inégalités face à l’accès au logement ?

À partir du moment où vous vous retrouvez avec un budget qui n’est pas sincère, avec des recettes surévaluées et des dépenses sous-budgétisées, il y a un problème. On a un trou de plus de trois milliards d’euros sur le budget. Il fallait donc réagir très vite et on avait deux solutions : augmenter les impôts ou diminuer les dépenses publiques. On a choisi la deuxième option, c’est-à-dire demander à tout le monde de mettre la main à la pâte.

Concernant les APL et les allocations HLM, nous voulons créer un choc afin d’amener une baisse des loyers, car aujourd’hui, le prix d’accès à la propriété est très élevé. En fait, on veut confronter les parties prenantes. Concernant les offices HLM, il va y avoir une grande discussion avec eux avec des arbitrages qui seront faits. La question est de savoir quelle est la richesse des offices HLM aujourd’hui. Je peux vous garantir qu’ils n’ont pas de problèmes de trésorerie ! L’effort qu’on demande aux offices HLM, on le demande à tout le monde, cela va du secrétariat d’égalité hommes/femmes jusqu’au ministère de l’Education et ça passe du coup par le logement.

Le gouvernement Philippe a décidé de réduire le nombre de contrats aidés financés par l’État. Dans une circonscription où le travail précaire touche un grand nombre d’habitants des quartiers populaires, comment envisagez-vous les impacts sociaux ?

Il va y avoir en effet une réduction du nombre de contrats aidés et non une suppression des contrats aidés, il faut en être conscient. Il y a eu une budgétisation de 280 000 contrats aidés pour l’ensemble de l’année 2017. En juin 2017, on était à plus de 280 000. On avait complètement utilisé notre quota. Ce qu’a décidé le gouvernement en juin dernier, c’est d’augmenter le nombre de ces contrats à 310 000 pour 2017. Il y a donc eu un effort de fait. Mais on a décidé de mettre fin à la pratique qui consiste à renouveler indéfiniment ces contrats aidés, et de revoir leur nombre à la baisse. Et on a décidé de mettre à côté de cela un programme de formation pour aider ces personnes à s’insérer dans le monde du travail. Pourtant il faut faciliter l’accès à l’emploi avec les contrats aidés dans les zones rurales parce que là il y a des grosses difficultés, dans le milieu associatif, dans les quartiers sensibles, en matière d’éducation et de santé. Je demanderai et je serai particulièrement attentive à ce que les quartiers populaires ne soient pas lésés par cette mesure et je compte tenir cet engagement en allant auprès du préfet et des différents intervenants pour que les associations ne soient pas lésées. À côté de cela je demanderai aux présidents d’associations de vérifier l’usage de ce type de contrat. Je demanderai également aux associations qui en ont la possibilité de faire appel au bénévolat, toujours dans un souci d’économie. Mais pour celles qui ne le peuvent pas, j’irai au front pour obtenir ces contrats aidés.

Mis en place courant novembre 2015, l’État d’urgence limite les libertés des citoyens. Cet ensemble de mesures jusque-là temporaires et exceptionnelles vont sûrement entrer dans le droit commun, cela peut donc signifier un renforcement des contrôles au faciès, des interpellations sans motifs forcément valables, des perquisitions fréquentes sans préavis… Ne craignez-vous pas que ces mesures renforcent les discriminations ethniques ?

L’État d’urgence ne sera pas inscrit dans le droit commun. L’État d’urgence, nous le vivons depuis vingt-deux mois, cela ne s’est jamais vu… même au temps de la guerre d’Algérie. Ce que l’on va inscrire dans la loi, c’est un renforcement de la sécurité pour lutter efficacement contre le terrorisme. Cette loi ne s’appliquera qu’aux terroristes et à ceux qui représentent une menace potentielle. C’est là une nuance très importante. Maintenant, s’agissant des contrôles au faciès, c’est un problème qu’on ne peut ignorer. Je ne pense pas que ce type de loi va accentuer le contrôle au faciès. Il y aura un cadre juridique strict et il va falloir être vigilant pour éviter les dérives. En tant que co-rapportrice du budget pour la police et la gendarmerie, je rencontre les forces de l’ordre, notamment les grands directeurs et il va y avoir un débat mené avec eux sur la performance des contrôles d’identité. Mais on ne peut pas mélanger les deux lois, ce sont deux choses qui vont de pair, mais qui sont distinctes. Concernant les violences policières, que ce soit l’affaire Théo ou l’affaire Warren à Élancourt par exemple, les faits sont là. On doit savoir comment agir pénalement contre la personne qui a commis un acte ou contre la manière dont les forces de l’ordre ont traité l’interpellation. Une réforme va s’ouvrir pour renforcer la protection contre les violences policières avérées.

Je vois sur un de vos tableaux une citation d’Emmanuel Macron « L’espérance c’est le premier risque, c’est le risque des risques. » Croyez-vous que les habitants de la 11ème circonscription ont espoir en Emmanuel Macron et en vous ?

Je crois qu’ils ont perdu espoir en la politique de manière globale. Moi-même j’avais perdu espoir. J’ai eu la chance d’avoir eu un parcours – et je m’en suis donné les moyens – qui m’a permis de sortir de ces quartiers, mais j’ai tout de même perdu espoir en la politique. Avec cette politique globale que l’on mène et qui ne satisfait pas les intérêts de chacun, je peux comprendre que certains aient perdu espoir en Emmanuel Macron. Et également en moi. Je n’avais moi-même pas confiance en Jean-Michel Fourgous [ndlr : député LR, interviewé en mai 2017]quand j’habitais Trappes. J’ai envie de dire aux personnes qui ont perdu espoir qu’ils ne retrouveront peut-être pas tout l’enthousiasme qu’ils ont pu avoir dans 5 ans, mais nous ferons tout pour qu’ils réussissent et nous multiplierons leurs chances.

Propos recueillis par Guillaume Rubio.

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Infos de l'auteur

Guillaume Rubio

Lycéen de 17 ans au lycée Emilie de Breteuil, je m'intéresse particulièrement à l'Histoire. Passionné de voyages, j'adore découvrir de nouveaux pays et de nouvelles cultures ! J'ai vu, dans le Trappy Blog, l'occasion de faire entendre ma voix de lycéen au sujet des banlieues !