La musique baroque présentée aux associations de Trappes

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Le Mardi 4 Octobre avait lieu à Trappes la présentation d’un projet audacieux imaginé par le Centre de Musique Baroque de Versailles (CMBV): monter pour le printemps 2018 un spectacle mélangeant musique baroque, chant, danse et comédie avec des Trappistes. Récit d’une séance de sensibilisation semblable à un voyage au cœur de l’histoire de la musique baroque…

Le projet “Générations Lully”, porté par la Préfecture des Yvelines, consiste à amener la « culture » baroque à la population Trappiste, qui devait très certainement en éprouver le besoin. Le projet de monter un spectacle de musique baroque dans deux ans, avec près de 800 Trappistes, a vu le jour suite à la signature au mois de juillet dernier d’une convention entre les grandes institutions culturelles et les zones de sécurité prioritaires d’lle de France. Sur Trappes, les partenaires du CMBV sont les associations, les services municipaux et l’Education nationale. Ce nouveau projet, qui se situe dans la continuité de celui qui a vu, il y a trois ans, la préparation d’un opéra baroque avec des collèges, s’ouvrira ainsi plus largement à l’ensemble de la population Trappiste. La mise en place de ce projet commencera par une saison 2016 – 2017 de sensibilisation à la musique baroque.

Il est 10h30 dans les locaux de l’Ecole de la deuxième chance (E2C) à Trappes, quand commence la rencontre, en présence de responsables d’associations Trappistes dont un grand nombre se connaissent, une partie de l’équipe de l’E2C accompagnés de jeunes stagiaires, la déléguée du préfet pour Trappes, ainsi que les membres du CMBV eux-mêmes. Camille Delmas, Cécile Rault, respectivement secrétaire générale et chef du projet reçoivent l’assistance avec le sourire, autour d’un café et de quelques viennoiseries bon marché. Tout le monde s’assoit ensuite et écoute Camille Delmas présenter cette audacieuse initiative. La sensibilisation commence par un exposé de Solveig Serre, directrice du Pôle de recherche du CMBV et chercheuse au CNRS. Considérée comme passée de mode il y a encore 25 ans, le début de l’exposé explique à un public curieux tout en étant un peu circonspect, que la musique baroque était tout d’abord élitiste, dans la mesure où elle servait surtout d’ornement à de grandioses représentations religieuses ou de cours, à une musique plus accessible à l’ensemble du peuple.

L’opéra baroque, entre rires et circonspection

En vue de montrer la richesse de la musique baroque, le public s’est vu projeté deux mises en scènes opposées du « Rondeau des Sauvages » issu des « Indes galantes », opéra baroque de Jean-Philipe Rameau. La première mise en scène avec les caractéristiques d’un opéra traditionnel, décors somptueux et troupe de danseurs. Voir un groupe d’indiens mené par une Squaw accompagnée d’un Indien entonné un air d’opéra sur une chorégraphie proche parfois de la danse des canards fait rapidement sourire, puis pouffer les quelques jeunes assis juste devant moi. Il faut dire que ce spectacle peut sembler un brin loufoque. Les autres restent attentifs, intrigués. Puis vient la seconde vidéo. Changement d’ambiance. Plus dynamique et se déroulant dans un cadre moderne. Là aussi, des rires se font entendre. Sur la même musique de Rameau, un couple fraîchement marié, aux airs de Ken et Barbie, se déplace dans un semblant d’appartement, mime la vie de famille petite-bourgeoise, puis fait l’amour rapidement sur le lit et reçoit son enfant par le four. Cet enfant devient rapidement un ado, casquette à l’envers et casque sur les oreilles, qui a l’air blasé de sa vie : certainement une représentation de la routine que peut prendre le mariage au quotidien assortie à une critique de la société de consommation. Comme quoi Rameau est tout-terrain.

Pourquoi cet exercice ? La chercheuse veut de cette façon nous faire prendre conscience de la marge de manœuvre immense qu’offre la musique baroque. Preuve supplémentaire de cette liberté, le public a ensuite droit à un extrait de « Here in this Place » du groupe contemporain private Domain, qui en est un arrangement pop du morceau de Rameau, et dont les paroles sont une traduction en anglais du texte français. La salle écoute, un peu passive. Puis les rires reprennent avec un extrait de Platée, autre œuvre de Rameau. Les aventures d’une nymphe grenouille du même nom, réputée non pour sa beauté mais son extrême laideur, chantant des paroles incompréhensibles au béotiens composant la salle, fait rire les plus jeunes, et s’interroger les plus âgés.

Un échange fructueux entre deux mondes qui se rencontrent

A l’issue de ces présentations, quelques questions et interrogations fusent. A l’incompréhension du sens des œuvres projetés on réplique qu’il est important de se laisser envahir par le plaisir esthétique. Des échanges ont lieu, mais les rôles sont bien déterminés. Aux membres du CMBV la mission de défendre l’originalité de la musique baroque. Aux jeunes et à quelques membres de l’assemblée celle de faire part de son incompréhension. La grande partie de l’audience reste muette.

Au fil du temps, bien que les représentations théâtrales ne parviennent que difficilement à séduire, la force de la musique fait son effet. On échange plus librement sur l’évolution des instruments de musique entre la période baroque et la période classique, Solveig Seere souligne que la musique baroque était vécue différemment à l’époque de sa splendeur, qu’elle était à peine écouter, comme un bruit de fond, par le public qui vivait l’opéra comme un lieu de rencontre et de discussions parfois bruyantes. « Rien à voir avec l’obséquiosité avec laquelle la musique doit être aujourd’hui consommée », rappelle-t-elle. D’autant plus qu’une grande partie de la musique baroque avait « un rôle fonctionnel ». Ce qui est à notre époque écouté, au calme, la larme à l’œil, n’avait jadis pour rôle que d’accompagner une messe ou un événement royal. Ces mises en perspective et les bonnes volontés de part et d’autres permettent de casser plus facilement la glace. La violence symbolique associée à ce type de musique lentement s’atténue.

Au terme de cette présentation, finalement la bonne ambiance règne et les échanges entre monde associatif et CMBV se font. Des rendez-vous sont pris pour de prochains évènements, notamment au château de Versailles puis dans la chapelle royale dans laquelle sera présenté un concert de musique baroque. Ce n’est que le début d’un long voyage dans le passé et, au final, dans le présent, entre des mondes et des cultures qui ne tendent qu’à se rapprocher.

Katia Nunes

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Infos de l'auteur

Katia Nunès

Versaillaise qui vit maintenant à Guyancourt, amatrice d'arts en tout genre qui aime aussi parler de société, d'éducation et d'inégalités. Curieuse de tout et qui aime apprendre des autres, le Trappy Blog est pour moi un moyen de partager mes expériences et les questions que je peux me poser.