Mon parcours du lycée de Trappes à l’internat de Conflans‐Sainte‐Honorine (2−2)

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Dimanche 1er Septembre, c’était le premier jour à l’internat. Ce soir‐là, il y avait peu de personnes et celle qui est ma coloc aujourd’hui, Chaïma, n’était pas là. J’ai donc fait ma première nuit toute seule. Le lendemain, lundi, 6h30, une sonnerie a retenti. J’étais un peu perdue, je ne trouvais pas la salle pour prendre le petit‐déjeuner. Une fois cette salle trouvée, j’étais ravie de voir du jus, des céréales, du thé, du lait… J’étais vraiment contente parce que chez moi, il y a jaaaaaamais de quoi déjeuner et surtout il n’y a jamais du jus d’orange, alors que j’adore ça. Moi, j’ai pris du thé aux fruits rouges, du jus d’orange et une tartine au beurre salé. Je me suis brossé les dents et direction le lycée. Je ne trouvais pas l’arrêt de bus, du coup je suis partie au lycée à pied avec le GPS. Finalement, le lycée n’est pas si loin que ça de l’internat, c’est à 20 minutes à pied. Une fois devant le lycée Jules Ferry (le lycée Simone Weil est un lycée professionnel), j’étais stressée. J’ai tout de suite remarqué que les élèves fumaient sans gêne devant le lycée, sans se cacher, les filles avec des jupes, des robes sans collant, les garçons avec des jeans.… À Trappes, il y a des fumeurs, mais ils se cachent, ils se comptent sur les doigts d’une main, il y a aucune fille qui porte une jupe sans collant et enfin, filles ou garçons, nombreux sont celles et ceux qui mettent des joggings, claquettes chaussettes au lycée de la Plaine de Neauphle…

J’ai galéréééé pour trouver la salle de classe, le lycée est immense ! Bâtiment A, B, C, D, E, F.….. Au lycée de Trappes, Il y a que deux bâtiments A et B. Une fois entrée dans la salle, je découvrais mes camarades. J’ai de suite remarqué qu’il y avait plus de blancs que d’élèves dont les parents sont originaires du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne, alors qu’à Trappes j’étais la seule blanche de ma classe. C’est un lycée où il y a peu d’accompagnement, où les élèves ont des professeurs particuliers, voyagent aux quatre coins du monde. Beaucoup sont ceux dont les parents ont de l’argent. Bon après il y a des gens comme moi qui ont peu de moyens, mais nous sommes une minorité. Puis, à Conflans, il y a que des maisons, peu de bus, peu de grecs, peu de tacos.… J’ai vite su que l’année n’allait pas être facile et que j’allais vite me sentir dépaysée. Mais même si je ne suis plus au lycée, je peux toujours compter sur le soutien de M. Rolland, ce qui me touche vraiment. C’est un professeur pour qui enseigner ne lui suffit pas. Il accepte de d’accompagner les élèves, même si cela n’est plus de son ressort.

Une fois les cours vraiment commencés, j’ai très vite compris que j’allais devoir travailler plus que les autres. Mes premières notes sont catastrophiques et j’ai vite commencé à me sentir humiliée. Un jour, on avait un test en maths. Tout le monde écrivait sauf moi. Un autre jour, on faisait un simple exercice en SES (Sciences Economiques et Sociales). Pareil, je ne comprenais rien et j’étais à deux doigts de pleurer.

Cependant, hormis les notes pas brillantes, l’internat m’a permis d’avoir un rythme de vie normal. Je fais mes devoirs tous les jours, je mange matin, midi, soir. Avant, je ne mangeais jamais le matin, je mangeais le midi à la cantine et le soir je ne mangeais pas tout le temps, j’étais trop fatiguée pour me faire un dîner. Je me sens beaucoup plus autonome et indépendante puisque je dois gérer mon argent. Je n’ai personne qui est derrière mon dos, ce qui a développé mon côté solitaire. Vu qu’habituellement au lycée j’étais toujours accompagnée, je ne me sentais pas vraiment seule. Mais je me considérais solitaire puisque chez moi j’étais seule. Ce qui me plaisais. Là, étant à l’internat, je suis loin de mes amis et suis souvent seule, mais c’est un choix. Je n’ai pas besoin d’amis dans ma vie, sinon je ne serais pas partie à l’internat.

J’ai d’ailleurs de la chance parce qu’à mon internat, les surveillants nous laissent assez tranquilles. Bon, il y a des règles comme partout mais ce n’est pas du tout l’internat le plus strict. Par exemple, on peut rentrer jusqu’à maximum 21h00 si, un de nos tuteurs légaux, nos parents ou autre, prévient l’internat. On peut aussi, si on le souhaite rester dans nos chambres et ce n’est pas le cas de tous les internats. Honnêtement un internat où je dois tout le temps sociabiliser avec les autres, je n’aurai pas tenu une semaine. J’ai besoin de me sentir seule de temps en temps et j’ai horreur de me sentir étouffée. Au final, quand je rentre des cours je vais directement dans ma chambre, généralement à 17h00. De 17H00 à 18h00 je peux faire une sieste car j’adore dormir ou alors je traine un peu sur internet ; De 18h00 à 19h00 le lundi et le mardi j’ai maths puis de 19h00 à 20h00 je mange avec Amandine et Maiwenne, des filles hyper sympas, puis je retourne dans ma chambre et fais mes devoirs jusqu’à 21h30. Donc j’ai largement mon moment de solitude. Bon, après il m’arrive de descendre au foyer ou dans les salles informatiques, mais c’est très rare parce que dès que je vais parler à un garçon, les autres vont penser qu’on va finir par être ensemble. Les autres filles, il y en a quelques unes qui se sont mises en couple carrément. Mais heureusement, ce n’est pas le cas de toutes les filles, comme Maiwenne et Amandine et d’autres.

Sinon, mentalement, je me sens mieux. Vraiment, l’internat a changé ma vie, j’ai l’impression d’avoir encore plus grandi. Le fait de devoir être autonome me fait un bien fou. Avant, je foutais rien, je ne sortais jamais. Et puis, je me suis fait des amis. J’ai fait la rencontre de Maiwenne qui est en première et fait de la broderie, et Amandine, qui fait des études supérieures dans le costume. Maiwenne est à l’internat parce qu’à côté de chez elle, il n’y a aucun lycée proposant une filière spécifique en rapport avec la broderie. Pareille pour Amandine. Sinon, elles sont comme moi, c’est-à-dire qu’on ne les voit jamais. Elles restent tout le temps dans leur chambre. Généralement, on ne se voit que pour dîner, mais c’est bien suffisant pour dire que j’aime beaucoup discuter avec elles.

J’ai aussi fait la rencontre de Clément et Irys, tous deux en terminale. Irys habite à Versailles donc on se croise souvent à la gare ou dans le train. On prend tous les deux le U, de Trappes pour moi, de Versailles pour elle, pour aller à la Défense puis le RER A pour aller à Conflans. Avec Clément, à un moment, on parlait pas mal. Il me touchait par son histoire personnelle, mais ça reste secret ! Enfin bref, chaque semaine à l’internat je fais une nouvelle rencontre souvent émouvante, de nombreux internes ayant des histoires assez lourdes, des problèmes familiaux, voire de la maltraitance. Certains, sont à l’internat parce qu’ils n’ont pas de parents. L’internat est ainsi l’opportunité de créer des liens assez forts.

Au début, mon but était surtout d’améliorer mes notes. Je bosse plus à l’internat que chez moi mais j’ai de moins bonnes notes. Certains de mes anciens professeurs me disent que c’est parce qu’à Trappes, les élèves sont surnotés J’ai vraiment peur pour Parcoursup. J’espère que mon travail portera ses fruits, un jour. Après la fin du premier semestre, ce n’est pas fabuleux… Clairement, mon but n’est plus d’avoir de bonnes notes, mais d’avoir mon bac, au rattrapage ou pas. Même si j’ai de mauvaises notes, je compte faire une licence de lettres modernes. Parce qu’en lettres modernes, il y a de la place à la fac. De moins en moins de personnes veulent faire cette licence puisque personne n’aime lire. Moi, cette licence m’attire, bien que je suis totalement consciente qu’il va falloir que je m’accroche ! J’ai plein de projets pour l’année prochaine ! J’aimerais bien être à la fac de la Sorbonne juste pour faire l’option étude des langues slaves. C’est spécial je l’admets, mais depuis les grandes vacances de l’époque de ma troisième, j’essaie d’apprendre le russe. Le russe m’attire, l’anglais pas du tout.

Je compte aussi partir de chez moi grâce au Crous, qui va peut‐être me permettre de bénéficier d’une chambre universitaire sur Paris ou dans ses alentours. D’ailleurs, c’est du 15 janvier au 15 mai qu’on doit envoyer notre dossier social étudiant. Comme j’ai perdu ma carte d’identité en troisième, c’est compliqué et ça m’a tellement stressé de ne pas pouvoir bénéficier d’une chambre universitaire que j’ai confondu les mois ! Pour moi, on est en janvier et le mois prochain on sera en mai. Enfin bref, à noter qu’après avoir pris conseil auprès de Mr Rolland, j’ai pris rendez‐vous pour mercredi à la mairie de Trappes pour faire ma carte d’identité ! Sinon, je compte aussi travailler l’année prochaine, parce que même si ma bourse va permettre de payer ma chambre universitaire (si j’en ai une) il faut bien se nourrir, s’habiller… D’ailleurs, j’ai peut‐être quelques pistes, je sais qu’il y a une brasserie sur Paris qui ne prend que des étudiants. Mais sinon, je compte faire le tour des brasseries avec mon CV et lettre de motivation. Mêler le travail aux études sera très compliqué et je le sais. Mais, je me battrai pour réussir ! C’est pour ça que ce bac il me le faut du premier coup ! J’ai tellement peur de ne pas l’avoir…

Clara Roy

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