Mariana, de Paços de Ferreira à Trappes en passant par Elancourt

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Sept ans après son départ de Paços de Ferreira, ville du nord du Portugal, Mariana revient sur ses débuts difficiles en France.

« J’ai d’abord habité chez ma tante et mon oncle avec mes parents pendant 4 mois au Gandouget, un quartier d’Élancourt, jusqu’à ce que ma mère commence aussi à travailler en tant que femme de ménage et qu’on ait de quoi louer nous-même un studio ». L’année de ses 10 ans, en août 2012, Mariana a rejoint la France en avion avec sa mère pour retrouver son père qui y travaillait déjà depuis plus de 5 mois, dans le secteur du BTP. « Quand je suis arrivée en France, j’étais vraiment au plus mal, je venais de quitter mon pays où il y avait tous mes potes, ma famille » raconte Mariana, aujourd’hui âgée de 17 ans.

La première année en France a été la plus compliquée car « je ne connaissais personne, je ne savais pas parler la langue et j’avais vraiment peur de redoubler ma classe de CM2 » se remémore-t-elle le regard perdu, à tel point que « ma mère pensait laisser mon père travailler en France et retourner au pays avec moi car elle voyait bien que je n’étais pas heureuse ici, que j’avais du mal à m’intégrer ». D’autant plus que Mariana se sentait seul sans sa grande sœur, restée au Portugal avec sa grand-mère.

Son départ avec sa mère du Portugal fut soudain pour Mariana : « d’abord, mon père est venu tout seul en France et je n’étais pas au courant. Je voyais ma mère qui commençait à faire des valises mais je ne m’inquiétais pas car je me disais que c’était surement pour un voyage scolaire de ma sœur et non pour elle et moi ». Mais peu de temps après, « j’ai commencé à comprendre ce qui se passait et ma mère m’a avoué que mon père avait commencé à travailler en France pour ramener plus d’argent à la famille ». Le père de Mariana, ouvrier de chantier dans le BTP, n’était pas particulièrement à la recherche de mutation, « c’est son patron qui a commencé à lui faire des propositions pour la Suisse ou la France. Au début, il ne voulait pas car il n’avait pas d’endroit où loger. Jusqu’à ce qu’on lui propose Paris, pas loin de là où habitait mon oncle, à Élancourt. Il n’avait pas beaucoup de temps pour choisir, du coup il n’a pas hésité et il est parti le rejoindre ». C’est au moment de son dixième anniversaire que sa mère lui annonça qu’elles allaient les rejoindre à leur tour : « j’ai dû annoncer ça à tous mes camarades, et ça, ça a été très dur » se souvient-t-elle avec émotion.

La barrière de la langue a été un des freins à cette intégration car particulièrement dure à apprendre pour la jeune Portugaise. Surtout qu’en arrivant à Élancourt, elle n’avait « pas de prof pour apprendre la langue » et essayait tant bien que mal d’ « écouter de la musique française » ou de « regarder la télévision française » et des dessins animés comme les Simpson qu’elle connaissait déjà du Portugal. Seulement, au début « je regardais juste les dessins car je ne comprenais pas bien ce que disaient les personnages » explique Mariana.

Quelques mois plus tard, lorsqu’elle qu’elle était en CM2, Mariana et ses parents déménagèrent dans un studio du quartier du Village à Trappes. Le peu de place qu’il offrait poussa la famille à s’organiser : « comme le salon était un peu grand, ma mère l’avait séparé en trois avec des rideaux pour faire leur chambre, la mienne et le salon ».

C’est en arrivant dans l’école élémentaire Maurice Thorez à Trappes que Mariana a commencé à avoir des cours de langue française « J’en avais 2h par semaine avec une classe où il y avait des Russes, des Albanais, des Cambodgiens et des Arabes » se souvient-elle. Mais malgré cela, « parfois j’avais du mal à comprendre les questions des contrôles de mes autres cours, et ça arrive encore aujourd’hui ». Cela lui vaut toujours des reproches car récemment encore, « il y en a un qui m’a dit que je devais perdre mon accent » s’indigne-t-elle. Ce sentiment qu’elle a aujourd’hui, la jeune lycéenne le ressent depuis son arrivée. Forcément marquée, elle se souvient des nombreuses moqueries qu’elle recevait de la part de certains de ses camarades de classe : « Ah ! tu comprends pas ça, t’es nulle ! Il y en avait même qui profitaient du fait que je ne comprenais pas bien la langue pour m’insulter » ajoute-t-elle. Et si ces insultes venaient principalement des jeunes de son âge, Mariana avait le sentiment à tort ou à raison qu’« il y avait aussi des profs qui se moquaient ».

Cette importance donnée par Marianna à l’apprentissage de la langue était notamment liée à sa peur du redoublement « En CM2, je me focalisais sur ne pas redoubler pour pas qu’on me dise que je suis mal intégrée, que je ne sais pas assez bien parler la langue » se remémore-t-elle en lissant de la main ses longs cheveux. Mariana y est finalement parvenue en seulement « 6 mois », si bien qu’elle a pu passer en 6ème.

C’est à partir de là que, selon elle, « tout a changé ». Si au début « je me mettais un peu à l’écart et je le prenais mal quand on se moquait de moi, j’ai fini par passer au-dessus et j’ai commencé à aller un peu plus vers les autres » raconte Mariana. Certaines rencontres l’ont d’ailleurs beaucoup aidée à se sentir bien dans son nouveau pays : « au collège du Village de Trappes, j’ai rencontré Alexandra en 6ème et Shonny en 5ème qui étaient toutes les deux Portugaises. Alexandra et Shonny ne sont pas nées au Portugal et « même si elles ne savaient pas trop parler portugais », pour Marianna « c’était marrant d’avoir des camarades de la même origine que moi. Retrouver un peu de ma communauté, c’était rassurant. Je me sentais moins seule » se rappelle-t-elle. Ses deux amies l’aidaient à combler l’absence de sa sœur, restée au pays : « Ma mère lui avait laissé le choix de rester ou de partir avec nous deux, car elle avait 18 ans et qu’elle avait déjà commencé ses études là-bas. Elle s’est dit qu’elle ne pouvait pas tout lui enlever, et ça, je l’ai très mal vécu car je me disais que c’était injuste, que ça ne se faisait pas qu’elle puisse rester et pas moi ».

C’est grâce à sa tante qui était aussi femme de ménage depuis déjà quelques années en France que sa mère « a réussi à trouver du travail ». Elle a ensuite eu de plus en plus d’employeurs grâce au « bouche à oreilles » et « aujourd’hui elle gagne bien sa vie » se réjouit Mariana. Cependant, bien que ses parents « gagnent beaucoup plus qu’au Portugal » où ils touchaient chacun le SMIC local, soit environ 1200 € par mois à eux deux, elle aimerait qu’ils fassent un autre métier car « être femme de ménage, c’est très fatigant, ma mère enchaîne les heures et elle travaille du matin au soir ! ». Au Portugal, ma mère travaillait chez une autre de mes tantes », au sous-sol de sa maison, où plusieurs femmes faisaient de la couture pour différentes marques. « On trouve pas ça ici » explique Marianna. Sa mère aimerait pourtant redevenir couturière, comme au Portugal, mais « en France c’est un peu compliqué ». Quant au travail de son père, Mariana le trouve trop dangereux, « sur les chantiers, il y a beaucoup d’accidents et même des décès ! Mon père se blesse souvent, il est déjà revenu avec la peau d’un doigt en moins » se remémore-t-elle nerveusement.

Malgré le souvenir de toutes ces difficultés, Mariana confie qu’elle « ne regrette pas du tout d’avoir immigré en France. Ça m’a permis d’apprendre une nouvelle langue, de connaître une nouvelle culture et de nouvelles personnes ». Et puis, « ça fait toujours plaisir de retourner là-bas et de revoir toute ma famille et mes amis. Je suis contente qu’ils ne m’oublient pas, car c’était ça ma plus grande peur, qu’ils m’oublient ». Aujourd’hui, Mariana est en plein doute concernant son futur : « rester vivre en France ou retourner au Portugal ? » se demande-t-elle à voix haute. « Avant, je disais que je retournerai vivre là-bas, mais aujourd’hui, je ne sais plus » avoue-t-elle, car souhaitant « se diriger vers la médecine, ou travailler auprès des enfants », elle considère que ce sera « plus accessible » en France. Ses parents pourront lui payer ses études, estime Mariana « chose qui n’aurait surement pas été possible au Portugal … ».

Eloïse Ruchot

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