« Les mangas ont changé beaucoup de chose dans ma vie »

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Le manga qui représente en France près de 40% des ventes de bandes dessinées, est un marché fructueux qui attire des millions de fans et génère autant de produits dérivés. Rencontre avec 3 jeunes membres d’un club à Trappes.

À Trappes, plus particulièrement au lycée de la Plaine de Neauphle, des élèves encadrés par la documentaliste du lycée et un assistant d’éducation ont décidé de créer un club manga. Depuis près de 2 ans, toutes les semaines, ces passionnés se réunissent les mercredis après-midi entre 12h30 et 13h30 au CDI. Au départ, ce club n’avait pour but que de faire partager des mangas plus ou moins connus entre les adhérents, mais maintenant, il est constitué de 6 groupes créant chacun leur propre manga, et organise même occasionnellement des blind-tests sur les différents génériques qui suscitent un grand engouement auprès des inscrits.

Walid, 16 ans, est élève en première L au lycée et membre du groupe Post coïtum pussy destroyer. Veste militaire, baggy troué et rafistolé avec des épingles à nourrice, des chaînes et une coupe afro cachant son visage, a découvert les mangas avec son cousin. « Quand j’étais petit et que lui devait avoir 15 ans il me faisait regarder Naruto et moi j’étais fasciné, mon tout premier manga c’était Naruto et une cassette VHS de Dragon ball Z, j’en n’avais qu’une alors je la regardais parfois plusieurs fois par jour ». « Les mangas se démarquent par des codes qui leur sont propres et qui font leur succès. En ce moment, je regarde Attack on Titan, My Hero Academia et Dragonball Super. Déjà le dessin est particulier et je le trouve très attrayant. La diversité des genres permet de toucher toute sorte de public, y compris les adultes avec les seinens [ndlr : manga visant un public masculin] par exemple. Et puis il y a toujours ces formes de morales sur l’amitié, la bravoure ou l’honneur, c’est toujours un peu niais, mais je pense que cela a vraiment influé sur les otakus [ndlr : terme japonais ayant une signification proche de “nerds”, mais qui désigne une personne passionnée de mangas, restant chez elle] dont moi compris. Les mangas ont tellement une grande influence sur moi et mes potes, qu’on s’amuse à courir comme dans Naruto ». Cette passion pour les mangas et les dessins a des répercutions sur son porte-monnaie « il m’arrive dans les conventions parfois d’acheter des goodies mais c’est vendu par des escrocs et ça coûte super cher, genre 20 € une épée ».

Lican, 17 ans, est un autre membre du club ; il est en première L avec Walid. Lui aussi dessine des pages du manga commun au groupe. Lican a un style vestimentaire assez proche de celui de Walid, baggy troué accroché avec des chaînes et des épingles, bottes punk. « J’ai découvert les mangas avec mon père, à la télé lorsque j’étais tout petit vers 3 ans avec Hamstaro puis un peu plus tard j’ai regardé Saint Seiya avec mon père. Bien que j’aie lu des manga très jeune, j’ai d’abord commencé à lire des BD comme Tintin ou Astérix et puis ensuite des comics américains, Spider-man, Doctor Strange, Les Vengeurs et puis ensuite des mangas. Plus tard et lorsque j’ai découvert les comics et les mangas je trouvais cela incroyable, aussi bien les personnages que l’univers et c’était beaucoup plus vaste et creusé qu’un Asterix par exemple. Les mangas ont changé beaucoup de chose dans ma vie, comme je les ai commencés très tôt ils m’ont donné quelques clefs, par exemple si avant j’allais mal eh bien je pensais à Naruto et à sa détermination et ça m’aidait à me sentir mieux ».

Il poursuit : « Je regarde des mangas actuellement, plutôt sur version papier, comme la série des Re-member, un manga gore et psychologique très intéressant, My Hero Academia, Dead Tube (un petit thriller gore pas très connu et avec de très beaux dessins et une histoire complexe), le merveilleux manga Attack on Titan, car l’histoire est absolument incroyable et l’auteur [ndlr :Hajime Isayama], est un pur génie. Je lis principalement mes mangas sur internet et sur papier et pour les animés je regarde sur le site Rutube, Adkami, Neko San et Hentai Haven. Je les lis principalement en français sauf quand je suis vraiment dans le suspense d’une série : je regarde alors les scans en anglais pour avancer plus vite. Ce qui me fascine le plus dans la culture nippone c’est le décalage total avec la nôtre et l’esprit de lâcher prise. Ce n’est pas n’importe où que l’on peut voir des personnes déguisées en Pokemon ou en Kaneki sans que cela ne paraisse bizarre. C’est parce que le Japon est totalement déjanté que cela en devient magique. Il m’arrive d’acheter des goodies comme des figurines ou encore des accessoires de cosplay [pour le déguisement] ou des tapis de souris avec des gros seins [reprenant des personnages de manga] et en général cela me coûte entre 5 et 20 €. Tous les ans la Japan Expo est un rendez-vous incontournable pour moi. J’ai testé plusieurs conventions comme la Paris Games Weeks que j’ai trouvée un peu ennuyeuse avec les queues gigantesques pour tester15 min de jeu et la Paris Manga qui est très bien, mais bien plus petite que la Japon Expo ».

Kaneki

Après avoir discuté avec deux des membres du club, je me tourne vers vers un petit groupe moins métal et majoritairement féminin. Ils n’ont pas de nom, mais je m’isole avec Rayane, seul garçon du groupe, élève en première ES, cheveux bouclés, habillé d’un sweat à capuche, d’Air Jordan et d’un jean. « J’ai un peu été bercé avec les mangas. A 4 ans je regardais énormément d’animés à la télé, sur des cassettes VHS et des CD. principalement des shonens [manga destiné à un public jeune et masculin] Dragonball, Détective Conan, Saint Seiya, Keroro , Yu-hi-yo ‚Olive et Tom, aussi des shojos [manga destiné à un public jeune et féminin] Mew Mew Power, Sakura la chasseuse de carte, Magical Doremi ; Hamstaro et beaucoup d’autres, c’est ce qui m’a fait aimer cette culture très jeune.

Yu-hi-yo

Les mangas ont changé ma vie, ils m’ont permis de découvrir une culture, de m’intéresser aux conventions comme la Paris Manga, Japan Touch, Japan Expo, de me faire des amis, d’aller sur des forums. Ils m’ont permis de passer de bons moments à une époque difficile pour moi et de définir qui je suis aujourd’hui. Actuellement je regarde par plusieurs moyens les mangas, notamment Game One, en cherchant des animes sur Internet, mais aussi à la bibliothèque où je demande à des amis de me les prêter. Personnellement je ne lis qu’en français parce que c’est la seule langue que j’arrive à lire parfaitement. Pour les anciens animés, je les regarde en français, par nostalgie, mais pour les nouveaux, obligatoirement en version originale pour être en avance et les regarder quelques jours avant la sortie japonaise. La culture japonaise me fait un peu rêver, c’est une culture totalement différente de toutes les cultures traditionnelles en France, je la trouve très belle c’est un mélange de tradition et de modernité japonaise ». 

Cet échantillon de 3 jeunes trappistes est semblable aux millions de fans à l’affût des centaines de séries qui sortent tous les ans (12,4 millions d’exemplaires vendus en France en 2015), qui fréquentent les conventions (la Japan Expo a attiré en 2015 près de 247.000 visiteurs, bien plus que le Salon du Livre avec ses 180.000 visiteurs la même année) et qui rêvent de la culture japonaise ou s’en éprennent

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Infos de l'auteur

Lycéen de 17 ans en filière scientifique, passionné d'histoire et de média utilisant l'audio-visuel, j'ai décidé de participer au projet qu'est le trappy blog pour découvrir de nouveaux horizons.