Le Transilien : « Le matin, c’est galère, et le soir on a des surprises »

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DE MANTESPARIS : 1/2. Samira, 25 ans, s’est installée il y a quelques mois à Paris pour sa deuxième année de maîtrise d’études en sciences politiques à l’université de Nanterre. Elle qui a grandi au Val Fourré, à Mantes‐la‐Jolie, s’amuse de ce que ce changement d’adresse, de l’autre côté du périphérique, change à sa vie quotidienne.

Yeux pétillants derrière ses lunettes, Samira résume son expérience du transilien en quelques mots : « Le matin, c’est galère, et le soir on a des surprises. » Les lignes L et J qu’elle prenait jusqu’en septembre pour se rendre depuis Mantes‐la‐Jolie jusqu’à son université de Nanterre ne sont pas fiables. C’est la raison principale de son déménagement dans la capitale.

Un emploi du temps plus souple

« Quand je finissais tard les cours, je devais courir pour avoir le dernier train », explique Samira. « Si je sortais tard, il fallait trouver un endroit où dormir. » Elle s’installe donc dans une résidence étudiante du 19e arrondissement. « Je sais que le 19e c’est assez loin de Nanterre quand même », reconnaît Samira. A la différence que les métros passent toutes les 3 à 5 minutes sur la ligne 11. Depuis Mantes‐la‐Jolie, rater le train de 10h10 signifiait attendre celui de 11h15. Aujourd’hui elle peut être en retard de 5, 10 ou 15 minutes, et pas d’une heure au minimum : « Ce n’est pas le même confort ».

Et question confort, ce déménagement a amené un autre changement bienvenu. Samira, qui avait toujours peur de manquer de quelque chose, trimballait jusque là un énorme sac à dos, parfois avec des vêtements de rechange, qu’elle n’a pourtant jamais utilisés. Aujourd’hui, le sac est bien plus léger car elle peut rentrer chez elle rapidement. « Je dors plus car j’ai moins de trajet et je porte moins de poids : je vais mieux, je suis plus reposée ».

Permission de minuit

Sa vie sociale, souvent calée sur les horaires de train, est plus simple. « Une amie qui a toujours vécu à Paris m’invite régulièrement à des vernissages, mais elle ne se rend pas compte que c’était compliqué pour moi, au niveau du trajet. Il y avait un décalage, même si on était super amies, dans la manière dont elle et moi pensions le temps ». Samira est donc allée à son premier vernissage, se demandant pour la première fois comment on s’habille pour ce genre d’occasion. Plus de contraintes horaires, c’est la liberté pour Samira : elle peut désormais rentrer après 20h20, l’équivalent du douzième coup de minuit pour un habitant de Mantes‐la‐Jolie. « Au cinéma, même si le film n’est pas terminé, je ne me dis plus qu’il faut que j’y aille parce que mon dernier train est à 20h20 et qu’après, c’est la galère pour rentrer. » C’est aussi plus facile d’expliquer à ses amis comment venir chez elle.

L’adresse parisienne : un sésame vers l’emploi

Niveau emploi, l’adresse change la donne : « Quand je postulais, je n’avais pas la présence d’esprit de dire que j’habitais à quelques minutes, je disais deux heures. Personne ne rappelle quelqu’un qui met deux heures à venir au travail. » Pour son stage actuel, c’est une nécessité d’habiter Paris, tout comme pour les cours particuliers qu’elle donne ; on demande des gens des alentours. Une fois qu’on goûte à cette « facilité », « on oublie qu’on a eu plein de galère, on est juste content de l’opportunité ».

Même les petits coups de blues sont faciles à gérer pour Samira, qui a toujours vécu dans une famille nombreuse. Quand elle se retrouve dans le silence et que sa famille lui manque, elle prend le train. Sa chance : son stage est à Saint‐Lazare : « De là, il ne faut que 10 minutes de plus pour aller à Mantes‐la‐Jolie que pour rentrer chez moi. » Samira profite de la nourriture, d’être en famille, et repart le lendemain. « Je parle plus souvent à ma mère que quand j’étais à la maison. Je lui demande ce qu’elle a fait de sa journée. Je ne lui avais jamais demandé ».

Maeva Deloge

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