Le confinement : une affaire de famille

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Comment les blogueuses et blogueurs du Trappy Blog vivent leur confinement ? Série de points de vue sur leurs vies entre 4 murs. Aujourd’hui, Natacha, en première année d’IUT.

« Nat ? Vas‑y tu m’énerves va faire de la cuisine ou du sport, mais arrête de regarder la télé ! ». Nat, c’est Natacha. C’est moi, confinée avec ma mère et mon père dans notre maison à Élancourt depuis 21 jours… Depuis le début du confinement, je ne sors que très rarement, par obligation ou pour faire du sport à côté de chez moi. Et maintenant l’attente du déconfinement commence à se faire longue. S’il fallait ressortir un côté positif de ce confinement, c’est que j’ai pu me rapprocher de mon père. Je l’ai même redécouvert, car dans la vie de tous les jours, entre école, travail et nos activités personnelles, on n’a plus forcément le temps de passer des moments père/fille. Avant le confinement, j’avais parfois du mal à trouver le bon moment. Mon père est médecin, il était en première ligne au début de cette épidémie. Mais après 2 semaines passées auprès des malades à l’hôpital Privé Nord Parisien à Paris, il a décidé de se retirer à cause du manque de protections face aux Covid. L’administration ne lui mettait à disposition ni masque, ni lunettes, ni blouse. Or, mon père est une personne à risque face à ce virus, déjà dû à son âge du fait qu’il est dans la soixantaine, mais aussi en raison d’une maladie qui diminue ses défenses immunitaires. Avoir le virus sous sa forme la plus grave pourrait être très problématique pour lui. L’attente de le revoir le soir était très longue et on se posait beaucoup de questions. Je préfère qu’il ne travaille pas.

De manière plus générale, l’entente dans notre famille s’est améliorée depuis le début du confinement. Certainement parce qu’il y a moins de stress lié au travail ou parce qu’on sait qu’on a du temps devant nous. Le soir, après manger, au lieu de regarder la télé, ma famille et moi organisons des jeux de société. Le jeu du moment, c’est le Monopoly. C’est un jeu qui dure longtemps et nous occupe toute une soirée. Je gagne presque toujours et ça agace mon père ! Hier après-midi, j’ai appris à ma mère comment jouer au Uno. On a fait quelques parties, mais je la laisse gagner pour ne pas qu’elle ne veuille plus y jouer. 

De son côté à elle, le confinement devient long comme pour tout le monde. Mais elle ne laisse rien paraître, parce qu’elle veut être un modèle pour nous. Elle me dit souvent, « c’est long, mais on ne peut rien y faire ». Mais je sais qu’elle n’en peut plus. Pour le moment, elle est en télétravail. Elle travaille toujours dans une société où elle vient tout juste de changer de service, pour intégrer le service des Ressources Humaines. Elle était en pleine formation avant le début du confinement. Du coup, le télétravail est compliqué parce qu’elle ne connaît pas tous les dossiers. Alors elle fait comme elle peut et elle est souvent au téléphone avec ses collègues qui l’aident. De toute façon dans quelques jours elle est en chômage partiel jusqu’au 29 avril, donc le problème ne se posera plus.

Pour elle comme moi, ce n’est pas facile de travailler tous les jours à la maison. On est moins motivée et moins concentrée. Elle doit jongler d’une part entre son travail, même si elle en a moins, vu que toutes les entreprises sont fermées et d’autre part entre l’aide qu’elle m’apporte pour des devoirs de DUT. Je profite qu’elle soit à la maison pour lui demander de relire mes phrases ou de m’aider sur des questions en RH. Par ailleurs, elle prépare des plats pour ma sœur de 25 ans, qu’elle amène tous les jours chez elle. Car ma sœur a besoin de sa famille en ce moment. Elle habite dans son appartement dans une résidence pour étudiants pas très loin de chez nous. Elle travaille en alternance en tant qu’opticienne, bien que pour le moment elle est en chômage partiel. Comme moi, elle suit ses cours via des plateformes. Mais ce n’est pas facile pour elle d’être toute seule dans un appartement de 2 pièces et de ne parler avec quasiment personne toute la journée. Au bout de 3 semaines, elle non plus ne tient plus. Normalement, elle vient presque tous les soirs, chez nous, pour raconter sa journée. Deux fois par semaine, elle remplit une feuille d’autorisation de sortie en cochant « déplacement pour motif familial impérieux » Elle a aussi une attestation du médecin expliquant qu’elle a besoin d’un contact avec sa famille. Alors elle vient passer des après-midis avec nous. Elle reste quelques heures, pas plus, pour éviter de croiser la police à son retour, malgré son attestation, et pour ne pas rentrer tard alors qu’il n’y a personne dans les rues. Quand elle est là, on fait de la cuisine, des crêpes, un flanc ou des gaufres et quand il fait beau, on reste dans le jardin pour bronzer, ou bien, on prend toutes les deux notre vélo et on part à côté de la maison pour se promener, pas plus de 30 minutes.. Je préfère quand elle est là, parce qu’on peut faire des activités ensemble ou elle peut m’aider pour les cours. Heureusement que j’ai un jardin, ça me permet de passer du temps dehors, pour faire du sport ou pour jouer avec mon lapin et ne pas toujours être enfermée. Parce que je ne pourrai pas rester des jours et des jours dans la même chambre entre quatre murs. Même si, je l’accorde volontiers, j’ai une chambre pour moi toute seule et tout le monde n’a pas cette chance de pouvoir se retrouver seule certains moments.

Pour voir mon copain aussi, c’est plus pareil. Il habite Trappes, à quelques kilomètres de chez moi. Pour lui, le confinement est plus difficile. Nous avions l’habitude de nous voir tous les week-ends. Du coup ce changement brutal nous a fait un choc. Mais on se débrouille, on s’appelle en FaceTime pour passer le temps, et on joue au baccalauréat via cette application : « STOP ! La lettre F, c’est parti ! ». Mais plus les jours passent et plus ça devient difficile de s’occuper de différentes façons. Je suis à court d’idées. De son côté, il a l’habitude de sortir toute la journée, le soir, aller au restaurant ou encore jouer au foot. Heureusement qu’il est en télétravail, ça lui permet de faire passer le temps, il est occupé toute la journée. Il travaille dans un service de comptabilité dans une société à Meudon. Il adore son travail, mais il a plus de difficulté au niveau de l’école, car le rythme de travail n’est plus le même que celui du lycée et la difficulté s’est accentuée. Nous sommes dans la même situation au niveau scolaire. Il fait un BTS comptabilité en alternance. Quand il ne travaille pas, il est à l’école via une plateforme en ligne. Et comme moi, il a énormément de devoirs à rendre. Il est seulement en première année de BTS donc il ne passe pas d’examen cette année, et il n’est de ce fait pas concerné par le contrôle continu en fin d’année décidé par le ministre de l’éducation. Heureusement, il y a quelques jours, il a retrouvé son frère duquel il était éloigné depuis presque trois ans. Ce confinement lui permet de renouer des liens entre frères. Ils jouent ensemble aux jeux vidéo, ils font la cuisine ou ils restent en famille dans le salon. Mais mon copain et son frère viennent dernièrement d’être tontons, et ce confinement les empêche de faire la connaissance de leur neveu.

De mon côté, depuis le début du confinement, je suis les cours de mon DUT à distance, via l’application Discord, une application permettant de recevoir des fichiers audios ou écrits. Sauf qu’ils ne nous font pas vraiment cours. Car c’est compliqué pour eux de nous enseigner sur une plateforme des chapitres que nous n’avons jamais vus. Du coup, ils nous envoient des études de cas, c’est-à-dire trois ou quatre textes et une question à laquelle il faut répondre en argumentant. Les délais pour rendre les devoirs sont beaucoup trop justes. À peine, je finis un devoir qu’il y en a au moins 2 – 3 qui sont donnés en plus. J’ai plus de travail avec ce système de cours, qu’en temps normal. Donc je ressens beaucoup fatigue, même si on reste à la maison. Si déjà nous avons du mal à comprendre le cours quand nous sommes à l’école, c’est encore plus compliqué chez nous quand le prof n’est pas devant nous. Les profs se connectent bien sur la plateforme et si on les rejoint on peut leur parler et leur poser quelques questions. Mais c’est difficile de se faire comprendre. Et les inégalités se renforcent de plus en plus, car tout le monde n’a pas la chance d’avoir un ordinateur à la maison ou d’être seule dans sa chambre pour écouter un cours ou une correction. Je pense à tous ceux qui sont plusieurs dans une chambre. C’est difficile d’écouter une intervention audio, si ton frère ou ta sœur dort à côté.

Comme les profs nous donnent des travaux à faire en groupe, avec deux filles de ma classe, on s’appelle régulièrement en FaceTime. On reste souvent entre 4 à 6 heures au téléphone dans la journée pour finir un travail. Parfois une va nous montrer les habits qu’elle a reçus le matin par colis, une autre nous parle de ses problèmes de couple à cause de la distance, et on finit par perdre facilement une heure. Mais on en rigole. Depuis quelques jours, on parle souvent des partiels, on se demande si nous validerons notre deuxième semestre en contrôle continu, comme c’est le cas pour les BTS, ou si les partiels seront toujours maintenus. Et quand on finit par avoir mal aux yeux à cause de l’écran, on raccroche quelques heures, on essaie de regarder la même série toutes les trois, pour en parler après. En ce moment, c’est la Casa de Papel saison 4 qui vient tout juste de sortir sur Netflix.

La semaine prochaine, je suis au travail, pour une société de fabrication de plastique pour fenêtres. Le rythme sera beaucoup plus calme. En ce moment, la moitié de nos clients sont fermés, donc il n’y a pas beaucoup de commandes. Néanmoins, il y a toujours des choses à faire que nous n’avons pas le temps de faire normalement, comme des tableaux Excel à compléter sur la gestion des congés du personnel ou des nouveaux numéros d’articles à enregistrer. J’ai hâte de reprendre pour pouvoir prendre des nouvelles de trois de mes collègues qui travaillent à Morhange, dans l’est de la France, et qui ont été touchés par le coronavirus.

Les week-ends et les fins de journées sont parfois interminables. Les jours où il ne fait pas beau, je passe quasiment la journée entière sur Netflix. J’ai plusieurs séries en cours : la Casa de Papel, the Walking dead, Elite. Je reprends aussi souvent les anciennes séries que je regardais auparavant, comme Desperate Housewives, Pretty Little Liars ou encore Clem. J’ai le sentiment d’avoir le temps… alors j’en profite comme je peux. Je fais aussi de la cuisine pour le faire passer, le temps, et manger de bonnes choses. Ça me permet de passer des moments privilégiés avec ma mère et d’apprendre de nouvelles recettes. On sort seulement une fois dans la semaine pour faire les courses, et c’est souvent ma mère qui s’en charge. Heureusement, parce que c’est toute une mission. Mettre des gants, un masque et bien s’habiller. On nettoie le frigo beaucoup plus qu’avant et quand elle dépose les courses on nettoie tout à la javel avant de ranger. Nous avons respecté le confinement depuis le début, donc je ne veux pas que ce soient les courses qui nous ramènent le coronavirus à la maison. Une action à la base quotidienne, devient pire qu’une corvée. J’en profite aussi pour faire le ménage de printemps. Depuis le début du confinement, j’ai rangé toutes les armoires de la maison. Le ménage me prend déjà beaucoup de temps, puisque nous sommes tous à la maison. La vaisselle se salit plus vite, même si nous ne sommes pas nombreux. Et je désinfecte tout. Je ne veux prendre aucun risque pour mes parents, parce qu’ils ne sont pas très jeunes.

Comme tout le monde, on regarde les informations tous les jours en espérant voir une évolution concernant cette pandémie. Le 20 h, le 13 h, et même BFMTV toute la journée sur nos écrans. Plus je regarde les informations du jour et plus j’ai l’impression que cette pandémie ne s’arrêtera jamais… On dirait que je suis une actrice dans un film d’horreur et que toute la population meurt. Il n’y a pas un seul jour où ma vie d’avant ne me manque pas. Je regarde sans cesse les nouvelles du jour pour savoir quand ce que ce cauchemar finira. La seule réponse que j’ai pour le moment, c’est que ce ne sera pas pour bientôt. Je n’ai qu’une hâte, c’est de reprendre ma vie d’avant.

Natacha Nedjam

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