Le projet Teame pousse les jeunes à faire équipe pour développer leurs projets

0

Le projet Teame a accompagné ces dernières semaines plusieurs jeunes de Trappes en situation de décrochage scolaire et sans emploi, dans le cadre d’un projet de recueil de dons au profit de personnes logeant dans les hôtels sociaux de Trappes et ses environs. Récit.

Dans une salle trop grande pour l’événement, en ce week-end où chacune des personnes présentes sent poindre l’inquiétude autour du retour d’une seconde première vague (ou bien est-ce le contraire ?), une petite dizaine d’enfants jouent avec une jeune femme, Sarah, 22 ans, et un jeune homme, Mawes, 16 ans. Le long d’un des longs murs de salle, quelques tables et des chaises, où sont assises des personnes du quartier Jean Macé de Trappes à proximité. De l’autre côté de la salle, trois tables reçoivent les dons du jour. Dans la « maison des familles », se tient aujourd’hui la concrétisation d’un projet difficile, parce que mis en œuvre en partie en période de confinement, porté par le projet Teame portée par l’association “Plateforme i”, elle-même structure de l’énorme groupe associatif SOS.

C’est Thomas, 30 ans, qui est coordinateur de ce projet collectif consistant à « aider des familles logées à l’hôtel 1ère classe, dans la zone industrielle de Trappes, décrit-il. Aujourd’hui, c’est une collecte de dons », de vêtements, de couches pour bébés, et de jouets. Le rôle de Thomas a été de coordonner l’activité des 5 jeunes qui ont débuté ce projet, sélectionnés par des partenaires tels que la mission locale, la PJJ ou des foyers accueillant des mineurs non accompagnés. Pour être sélectionnés, ces jeunes doivent être déscolarisés et éloignés de l’emploi, c’est-à-dire, en termes administratifs, entrer dans la catégorie des NEET, une des cibles privilégiées par les subventionneurs français, mais surtout européens, dans le cadre du choix de leur financement d’association.

Un de ces Neet ayant participé au projet est Mawes, 16 ans, grand, costaud, doux comme un agneau. Mawes habite chez ses parents dans le quartier Henri Wallon de Trappes. Après une scolarité au collège Rep+ Youri Gagarine à Trappes, il entre dans le centre de formation aux métiers du bâtiment, le CFM BTP, pour une formation en alternance en peinture. Après 3 mois de cours, il obtient un stage, à Cernay la Ville, chez un patron qui travaille seul. Mais à l’atelier, il n’y a pas de travail, à part quelques broutilles. Les choses ne se passent pas comme il l’espérait. Mawes avait par ailleurs compris qu’il aurait dû être pris en apprentissage pour une période de 3 ans, alors qu’il se retrouve avec un stage de 3 mois. Du fait de son statut, son patron n’a pas l’obligation de le rémunérer pour son travail. Il se rend compte qu’« il me payait pas forcément au bon moment. Y’avait pas de gratification ». Dans cette situation, en juin 2019, Mawes préfère arrêter les frais et se réorienter dans une autre voie. « Ça fait un moment que je voulais m’orienter dans la gestion et la comptabilité » explique-t-il, posé.

En attendant de pouvoir débuter dans cette nouvelle formation, après une réunion en visioconférence à laquelle quatre jeunes participaient au sein du bureau information jeunesse de Trappes, le BIJ, il a été envoyé par son responsable Sébastien Rolland, afin de participer au projet porté par l’association Teame. Sur ces quatre jeunes, un autre garçon intéressé a trouvé un patron entretemps, et les deux participantes ne se sentaient pas être de la partie.

Dans le cadre de ce projet, Mawes a été accompagné par Thomas, mais aussi Sarah, en stage de fin d’étude en vue de valider son Master 2. Sarah est ce jour-là à Trappes, mais elle a grandi à Narbonne jusqu’au lycée, puis elle a étudié à l’université de Montpellier dans la filière Langues étrangères appliquées, puis à Grenoble pour un Master “coopération internationale et communication”. Son engagement dans ce type de projet n’est pas fortuit. À la fac déjà elle était bénévole pour faire du soutien scolaire, avec l’Afev d’abord, la grosse asso bien implantée dans les universités, puis à Grenoble, dans une association du coin, l’Asars, où elle accompagnait des jeunes dans leurs devoirs et lors de sorties culturelles. Dans le but de finaliser son Master, Sarah s’est mise à chercher « un stage dans la coordination de projet et dans la jeunesse. Et Paris, c’est là qu’il y a le plus grand nombre de projets associatifs ». Donc elle est montée sur Paris, comme tant d’autres. « J’avais une offre en Belgique, sur les femmes migrantes, mais c’était beaucoup de recherches et de rédaction ». Elle, voulait être sur le terrain et « auprès de publics qui n’ont pas cette aide-là habituellement ».

L’idée de ce projet auprès de ces jeunes éloignés de l’école et de l’emploi est de donner des clés de compréhension du fonctionnement du monde du travail parce que « dans la vie comme une entreprise, on ne fait pas ce qu’on veut tout seul », explique Thomas. Leur mission, à Sarah et à lui, est d’apprendre aux jeunes qu’ils accompagnent à mieux travailler en équipe, sur la durée. Pas facile. « On a des jeunes qui ont quitté la Teame comme ça, sans explication, regrette Thomas. On s’adapte aux situations ». Sarah confirme, par un euphémisme : « on a toujours des petites surprises ».

La difficulté de ce type de projet, c’est de faire accrocher, dans le temps, des jeunes au profil de décrocheurs « qui s’ennuient vite », rappelle Sarah. Pour ce faire, des ateliers que Thomas nomme des « energizer et brises glaces » sont mis en place dès les premiers jours, afin de créer un premier lien et un premier intérêt autour du projet. Sarah précise : « On parle de nos projets, de nos passions, de notre parcours. Et on essaie d’insérer une thématique sociale, utile pour les populations. »

Mais ça ne suffit pas. Un autre axe essentiel de leur démarche est de créer une envie de la part de ces jeunes en leur proposant de travailler sur leur projet personnel, source de motivation essentielle : « Ils restent à la Teame aussi pour leur objectif individuel » résume Sarah. Cette énergie mobilisée au profit du projet personnel est utilisée afin de les impliquer dans un projet collectif. Impossible de ne pas faire les deux. Quand ça arrive, comme, par exemple quand « certains jeunes voulaient seulement mettre en place leur projet personnel, par exemple créer leur entreprise de food truck », se rappelle Sarah, impossible de continuer.

Pour développer ce projet individuel, une coach professionnelle s’occupe individuellement des participants deux fois par semaine, pendant 3 heures à chaque fois, en les aidant à trouver les diverses ressources nécessaires pour leur projet, tout en les accompagnant en matière de rédaction de CV et lettre de motivation, et en les préparant aux entretiens oraux. Au final, il y a parfois presque autant d’adultes que de jeunes encadrés. Mais pour faire aboutir ce genre de projet, la présence humaine est au moins aussi importante que le développement des compétences techniques.

Dans le cadre de ce travail participatif, l’accent est mis sur le respect des choix collectifs définis par le groupe de jeunes. Concernant les nombreux ateliers des 3 premières semaines, « chacun peut proposer quelque chose. Et si tout le monde est d’accord on valide », raconte Mawes. Autre exemple, alors que les horaires de présence étaient prévus de 13h à 16h du lundi au jeudi, « avec le groupe on a choisi de venir de 10h à 13h. Et puis on a décidé de se répartir des pôles, se souvient le jeune Trappiste. De base, je devais m’occuper du pole finance, mais comme y’avait pas grand-chose à faire, je me suis occupé des partenariats et du marketing en ligne. » Le boulot de Mawes était ainsi de trouver des partenaires et de faire connaître le projet. Il cherchait les contacts nécessaires à travers de la prospection téléphonique, par mail, sur internet, en se déplaçant directement sur place, « ou on me le donnait ».

Le tout, encadrés au quotidien par les deux jeunes adultes, Thomas et Sarah. Son travail d’accompagnement, Thomas l’explique ainsi : « Le terme, c’est vraiment facilitateur. Mon job, c’est de faire en sorte que les jeunes créent leur projet. » Et parfois dans des conditions pas faciles, comme quand un confinement est imposé à la population pour raisons sanitaires. Et Sarah de pointer : « Avec les ateliers à distance, c’était un peu compliqué. Souvent, ils n’ont pas le matériel nécessaire. » Il a fallu aussi réorganiser le projet : « Au début, on voulait organiser un grand loto au profit des personnes logées dans les hôtels. Mais à cause du Covid, ça n’a pas été possible. Donc ça s’est transformé en dons » justifie Thomas.

Des dons récoltés par Teame, mais qui seront distribués par une association partenaire du quartier Jean Macé à Trappes, « Les Mamans du Cœur » et sa présidente Naïla Gautier, habitués à apporter de la nourriture et du soutien aux habitants de quelques hôtels sociaux de Trappes et à proximité. D’ailleurs, ce jour-là, les membres de cette association étaient plus nombreux que les membres de Teame. Ce sont eux qui proposaient des crêpes et des gaufres, et qui accueillaient les personnes du quartier qui entraient et sortaient de cette salle de la maison des familles, qu’ils aient les bras chargés de dons ou pas.

Au final, selon Thomas, les résultats de cet accompagnement continu auprès des jeunes sont bons, et assez rapidement, notamment en matière de prise de confiance en soi. « Entre le jour où on accueille la personne et la fin des premiers ateliers, trois semaines plus tard, c’est le jour et la nuit » expose-t-il.

Sarah, Thomas, leur caractéristique commune est d’aimer accompagner ces jeunes en les voyant s’épanouir et reprendre confiance en eux. Dans son cadre professionnel Thomas a toujours été poussé par la volonté de « savoir que je suis utile ». Jusqu’en février 2020, il travaillait dans une association de jeunes en situation de handicap. Pourquoi changer de métier alors ? « Je voulais être sur le terrain, dans l’action ». 4 jours par semaine à Trappes, 1 jour seulement au siège, à Paris. Et sentir cette satisfaction de les faire monter en compétences, en autonomie, dans le domaine professionnel et dans la vie privée. »

Quant à Sarah, elle apprécie avant tout le lien « simple et spontané » qu’elle peut avoir avec ces jeunes, mais sa mission reste, selon elle, de les aider à s’épanouir et à prendre confiance en eux : « C’est ça qui me plaît, résume-t-elle derrière son masque, ils ont tellement de potentiel qu’ils n’arrivent pas à affirmer, regrette-t-elle. Mais, au fur et à mesure des semaines, même les jeunes les plus timides, ils sont plus à l’aise à la fin, ils savent qu’ils ont du potentiel ». Selon elle, ce qui crée cette confiance en soi, c’est « le fait de participer à un truc qui marche ».

Aujourd’hui, Mawes cherche un bac pro gestion. Mais difficile de trouver une entreprise acceptant un jeune en contrat d’apprentissage, surtout en ce moment post confinement dans un marché du travail sinistré. Pourtant, grâce au réseau développé par Teame, le jeune Trappiste a pu trouver un stage qui débutera au début du mois de septembre prochain chez un expert-comptable à Poissy. C’est la marraine de la Teame 78, Sonia Josse, cheffe de l’entreprise Aynos, spécialisée dans la commercialisation de chaussures grandes tailles, qui lui a organisé un premier rendez-vous avec un expert-comptable début juillet. Les qualités de Mawes ont fait le reste.

Au terme de l’aventure, quand on lui demande, Mawes doit réfléchir un petit moment pour prendre conscience de ce qu’il gardera de cette expérience. « Franchement d’avoir faire un truc de pas mal, d’enrichissant, dit-il. Ça fait un peu mal au cœur de voir des personnes sans grands moyens vivre dans des hôtels sociaux, un peu à l’écart des autres. Mais j’ai aidé des personnes qui n’ont pas forcément les moyens de s’acheter de la nourriture. Et les aider ça fait plaisir. »

Mehdi Litim

Partager sur :

Infos de l'auteur

Mehdi Litim

Fondateur et directeur du Trappy Blog.