L’ambition d’apprendre à apprendre

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Dans le dessin animé Dragon Ball Z, la salle de l’esprit et du temps est un espace dans lequel les héros de la série s’entraînent ardemment pour vaincre un ennemi beaucoup plus fort qu’eux. Passer une journée à l’intérieur équivaut à une année terrestre. De plus, la gravité y est 10 fois plus importante que sur Terre. La salle est une grande étendue dont le paysage et le sol sont blancs et vierges. Métaphore de l’état d’esprit dans lequel j’essaie d’être pour me reformer le plus rapidement possible, rattraper mes lacunes, et apprendre, apprendre. C’est l’image que je souhaite partager avec les lecteurs. L’image d’un entraînement intensif en faisant le vide dans nos esprits et en se focalisant sur l’apprentissage.

Dans la vie je constate que, dès ma naissance, j’ai connu de multiples inégalités : mes parents sont limités financièrement, ils n’ont pas prévu d’économies pour mes études, ils n’ont pas les codes et le savoir nécessaires pour m’accompagner dans mon périple scolaire. Ils n’ont pas le réseau pour m’aider à trouver un stage ou un apprentissage en alternance. Et ils n’ont pas la même culture de la réussite que celle de la classe moyenne française, ou celle de l’élite. Chez eux réussir, c’est venir en France gagner de l’argent et le redistribuer à la grande famille restée en Afrique. De ce fait, ceux ayant des parents pouvant les aider et moi, les inégalités sont énormes.

Tout commence par le fait d’apprendre à apprendre. L’école m’a fait culpabiliser parce que je n’étais pas fort en mathématiques, parce que je faisais des fautes d’orthographe. Je me décourageais. La pédagogie n’était pas adaptée. Je prenais la fuite. J’ai pensé dans ma jeunesse que “les études n’étaient pas faites pour moi, que ” je n’étais pas un intello comme certain”, que ” j’étais nul en maths” que “je faisais tout le temps des fautes d’orthographe”. Dans le quartier nous sommes acteurs et victimes de mauvais sentiments, de mauvaises pensées, résultat du manque de confiance et de l’accumulation d’échecs. Les blocages intérieurs sont multiples. La première chose que le développement personnel doit travailler, c’est de lutter contre ces mauvaises pensées.

J’ai envie d’apprendre de nouveaux savoir-faire mais aussi de nouveaux savoir-être. De nouveaux savoir-faire. Pourquoi ? Parce qu’en accumulant de l’expérience dans le monde du travail, je me suis rendu compte qu’aujourd’hui, sans la maîtrise de connaissance profonde dans un domaine précis il est difficile d’évoluer. La société ne m’offrira que des métiers difficiles et rébarbatifs. Le salaire est faible, les possibilités de s’exprimer sur un projet et donner son avis sont limitées.

De nouveaux savoir-être. Pourquoi ? Parce que dans ma démarche, dans ma façon de parler, impossible de ne pas voir que je viens de banlieue. Il y a tout un travail à faire sur le travail de présentation. Mais attention ! sans changer de personnalité, car un habitant de banlieue a le droit d’avoir une culture particulière qui apparaît dans la vie de tous les jours. Autre exemple, autre difficulté : il est important de savoir se comporter face aux institutions. Il y a plusieurs manières de faire des demandes, présenter un dossier, demander un rendez-vous, savoir démontrer et développer le contenu d’une situation. Savoir essentiel pour les jeunes de quartier plein d’attente et d’une volonté de fer de s’en sortir. Faute de cela, c’est trop souvent la voix/voie de la colère et l’absence de maîtrise de soi, ou bien du repli sur soi, vers laquelle s’orientent certains de ceux que je vois grandir dans le quartier.

En plus des nouvelles compétences qu’il me faut acquérir, apprendre permet aussi de goûter au plaisir d’apprendre, une nouvelle langue par exemple ; de pouvoir m’exprimer correctement, car transmettre des messages au-delà du cadre du quartier rend la vie beaucoup plus attrayante ; de s’ouvrir au monde et donner son point de vue sur une vie de plus en plus complexe. Apprendre à apprendre c’est ainsi tout d’abord prendre du plaisir dans l’apprentissage, en trouvant des sources d’inspiration et de motivation.

C’est ensuite trouver une manière d’étudier en utilisant ses qualités propres. Par exemple j’aime apprendre en écrivant alors je prends régulièrement des notes de ce que j’entends ou de ce que je lis pour le fixer dans mon esprit. D’autres ont une mémoire auditive etc…

Voilà, j’ai pris conscience de l’importance de l’apprentissage, que ce soit dans ma vie professionnelle ou pour mon épanouissement personnel. Alors je dois trouver une solution pour m’en sortir sans repasser par la case CP…Avant je n’aimais pas lire et je ne m’intéressais qu’à peu de choses. La lecture s’est introduite dans ma vie à travers un désir que j’avais d’apprendre en matière de religion. J’ai commencé à lire tous types de livres, des romans, des livres scientifiques… Aujourd’hui les possibilités d’apprentissage en banlieue sont limitées. Il existe des ateliers pour lettre de motivation, CV et préparation à l’entretien, mais il n’existe pas une forme de développement personnel qui permettrait aux jeunes de quartier de faire un énorme bon en avant. Il serait important de travailler des concepts comme l’organisation, la gestion du temps, la curiosité, l’esprit d’analyse etc… Il faudrait des séminaires, des stages, des masterclass afin de revaloriser le potentiel des banlieusards, reconnaître leurs qualités et leurs défauts, et pouvoirtravailler dessus. Cela, afin notamment de revaloriser certains individus des quartiers et éviter certaines déviances de comportement.

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Infos de l'auteur

Makan Fofana

Habitant du quartier du Bois de l'Etang à La Verrière, ancien étudiant à la Sorbonne Nouvelle en Licence Langue Littérature et civilisation, écrivain à mes heures perdues, amateur de philosophie, de spiritualité et du monde de l'entreprise. A travers ce blog je souhaite favoriser de nouvelles initiatives dans le quartier.