L’affaire Baupin, de Paris à Saint-Quentin

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L’homme est-il un loup pour la femme ?

Le 9 mai dernier, mediapart a publié le témoignage de femmes victimes d’agression/harcèlement sexuelle dont l’auteur n’est autre que le député écologiste et alors vice-président de l’Assemblée Nationale Denis Baupin.

« Dans le couloir qui longe la salle, Denis Baupin est venu. Il m’a plaquée contre le mur en me tenant par la poitrine, et a cherché à m’embrasser. Je l’ai repoussé violemment ». Sandrine Rousseau

« C’était du harcèlement quasi quotidien de SMS provocateurs, salaces. Il y avait des moments où on en avait plus, c’était par salves… Et c’était plutôt quand on était à l’Assemblée, entre le mardi et le jeudi ». Isabelle Attard

« Plusieurs mois de SMS d’incitation sexuelle de M. Baupin après lui avoir dit que je n’étais pas intéressée, que j’avais quelqu’un dans ma vie, que je ne souhaitais pas entretenir ce type de relation ». Elen Debost

tu me résistes, j’aime bien ça”. Isabelle Attard

Personne ne rêve, il s’agit bien de paroles et d’actes d’une violence inouïe qui ont émanés, en toute impunité, d’un élu de la République depuis presque deux décennies. Ce n’est qu’en 2016 qu’il est finalement dénoncé, et poursuivi en justice.

D’après ces femmes, ses agissements étaient récurrents et connus de tous. Les femmes en parlaient entre elles, et se mettaient en garde les unes les autres contre un homme aux « mains baladeuses ».

Le 15 mai, 17 anciennes ministres lancent un appel publié dans le journal du dimanche, où elles exposent la difficulté à laquelle se confrontent les femmes lorsqu’elles pénètrent un monde sous domination masculine, où elles doivent lutter quotidiennement contre des harceleurs qui ne sont autre que leurs collègues de travail. Désormais ces femmes ne se tairont plus, et les actes sexistes ne seront plus passés sous silence. Du moins c’est ce qu’elles nous promettent.

Toutefois ces actes ne sont pas uniquement l’œuvre de nos lointains représentants au niveau national, mais également l’œuvre de certains élus locaux. En effet, lors d’un conseil d’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines, Aurore Bergé, élue de Magny-les-Hameaux, a expliqué au journal télévisé de France 2 qu’elle a eu droit à des propos comme « Quand je te vois Aurore j’ai envie de te faire une Baupin ». Ou encore, un autre, aussi débile « Quand je te vois Aurore, j’ai le bâton de Berger ». Les actes malsains et malavisés de Denis Baupin sont donc devenus une référence pour certains de nos élus mal prédisposés.

La plupart des élues confient aux journalistes avoir ressenti de la culpabilité suite à un harcèlement ou à une agression sexuelle. De ce fait elles n’osent ni dénoncer ni porter plainte contre le responsable. D’autant plus que certaines femmes perdent leur travail après avoir dénoncer une agression.

Les comportements sexistes et machistes semblent être très répandus dans le milieu politique, milieu où, pourtant, femmes et hommes doivent faire preuve d’une certaine exemplarité. Or, ce scandale ne fait malheureusement que renforcer le discrédit jeté sur nos élus depuis quelques années.

Dans ce contexte, comment une simple citoyenne pourrait-elle se sentir en sécurité dans son pays et rassurée quant à ses droits et libertés sur son lieu de travail quand des femmes politiques se font harceler et agresser depuis de longues années sans que personnes ne lève le petit doigt ? Comment les femmes pourraient-elles trouver le courage de se battre pour briller dans les domaines majoritairement masculins alors que de nombreux élus, censés les représenter et défendre leurs intérêts, ne voient en elles que des objets de désir ?

Comment se fait-il qu’en 2016, les femmes doivent encore se battre pour leurs droits les plus fondamentaux, pour le droit au respect et à la dignité ?

Ce scandale en suivant d’autres, quelle image doit-on avoir du monde politique aujourd’hui ? Sans doute celle d’une jungle, bondée de nombreux prédateurs sexuels, où les femmes, pour réaliser leur ambition, doivent apprendre à se protéger et à survivre.

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Infos de l'auteur

Dikra Saadi

J'ai 18 ans, en première année de licence de droit à l'université de Saint-Quentin. Citoyenne révoltée , pour moi Trappy blog est non seulement un moyen de partager mes expériences et de m'ouvrir à de nouvelles choses, mais aussi l'opportunité de montrer que Trappes ne se résume pas à l'image négative que certains médias véhiculent.