Jean-Michel Fourgous : « le pouvoir absolu rend absolument con »

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A 63 ans, Jean-Michel Fourgous, maire Les Républicains d’Élancourt (Yvelines) depuis près de 25 ans, se présente pour la sixième fois aux élections législatives dans la 11° circonscription des Yvelines, celle de Benoît Hamon.

« Quand vous les entendez parler d’économie, vous croyez rêver ! Même les mecs de droite, et puis ceux de gauche je ne vous raconte même pas ! ». Homme d’entreprise aguerri, Jean-Michel Fourgous ne cache pas sa colère face au capitalisme étatique et à la naïveté de ses collègues. Sa lutte politique à lui, c’est l’économie libérale et l’éducation. Dans son bureau de la mairie d’Élancourt, l’élu nous reçoit, souriant, mais sérieux. Il s’installe et se met à l’aise autour de la grande table. Autour de lui, des ouvrages signés de son nom, d’Olivier Dassault… Il s’exprime calmement et distinctement.

Une enfance banlieusarde 

Jean-Michel Fourgous est né dans un quartier populaire de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Fils de parents commerçants divorcés, il décide de quitter subitement l’école et réussit, à 16 ans, à intégrer IBM grâce à un ami. C’est la seconde chance de sa vie. « Je m’ennuyais à l’école, je m’en souviens. Je me souviens aussi de l’échec scolaire… Cela m’a beaucoup marqué ! Je reproduis ce que j’ai connu, mon expérience, c’est pourquoi j’ai eu envie de leur transmettre cet avantage, celui d’avoir eu accès au numérique. Le numérique sera encore plus important demain qu’à l’époque ».

Comme beaucoup de jeunes, il enchaîne les petits boulots pour financer ses études. « Pendant mes vacances, je travaillais deux fois 8 heures. J’ai appris à dormir 4 heures. » Le jeune montreuillois considère son origine modeste comme un avantage qui lui a permis de franchir de nombreux obstacles.

Dans les années 80, Jean-Michel Fourgous décide de lancer sa propre entreprise. C’est une expérience fondatrice dans sa vie. Il y apprend les codes du métier de chef entrepreneur et fait la connaissance du Crédit Impôt-Recherche qui sera son cheval de bataille lorsqu’il sera à l’Assemblée nationale. Malgré l’existence prospère de sa société, il avait « quelqu’un de l’administration en face de lui qui l’a enquiquiné, qui lui a compliqué la vie. Elle ne comprenait strictement rien. »

C’est pour lutter contre les actions de l’État sur les entreprises, qu’il pense néfastes, qu’il se présente aux élections législatives de 1993. C’est tout à fait par hasard qu’il atterrit dans la 11e circonscription des Yvelines, il le confesse : « Je décide de venir dans cette circonscription, je ne la connais absolument pas, je n’y suis jamais allé d’ailleurs ». Pourtant, cet endroit lui tape dans l’œil, car il retrouve le côté start-up qu’il affectionne tant. Il est l’un des 17 candidats et affronte Harlem Désir, alors candidat pour Génération Ecologie. C’est sans investiture que Jean-Michel Fourgous part sur le terrain et gagne peu à peu des électeurs qui « ont trouvé sympa le côté origine modeste, le côté je la ramène peu, mais je bosse pour trouver des solutions ».

Du local à l’hémicycle

En 1993, il ravit la 11e circonscription au socialiste Guy Malandain (50,97 % contre 49,03 %) et entre à l’Assemblée nationale. Grâce à une erreur du RPR, il intègre la Commission des Finances, gros lot de consolation, mais il est de suite prévenu : « Ecoute Fourgous, tu fermes ta gueule parce qu’okay, on n’a pas été réglo avec toi, mais je te rappelle que pour entrer à la Commission des Finances, il faut trois barrettes ! » [ndlr : 3 mandats].

Il ne va pas tellement tenir compte de cela : quelque temps plus tard, face à “l’amateurisme” de certains députés, il passe à l’action. « Puisque nous on se comprend, que les autres ne comprennent rien et qu’ils sont dangereux en économie eh bien on va créer un groupe, Génération entreprise. » Cette phrase adressée à certains députés marque le début d’un tournant dans sa carrière politique et un réel désir de réussite, de la politique nationale , mais également plus tard de celle des Élancourtois.

En 1995, s’il porte depuis 2 ans l’étiquette de député, Jean-Michel Fourgous ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : il se présente aux municipales et les remporte en 1996 (ndlr : suite à un dépôt de plainte sur le scrutin). L’éducation devient alors son fer-de-lance et à partir de 2010, l’équipement de toutes les écoles élancourtoises de tablettes et de tableaux numériques. En effet, pour lui, c’est une nécessité : « La tablette c’est un très bon outil pour lutter contre les inégalités scolaires ! ». Le passage au « tout numérique » permet aux jeunes de lier apprentissage et loisir.

Si les enfants de famille aisée ont recours à des cours particuliers, les plus modestes peuvent faire appel à un soutien scolaire gratuit ce qui leur permet de ne pas décrocher scolairement parlant. Cependant, lorsque l’on aborde la question des résultats, Jean-Michel Fourgous ne tourne pas autour du pot et préfère « parler vrai » comme il le répète plusieurs fois. « Si la France décroche au classement PISA, ce n’est pas parce que c’est un gouvernement de gauche ou de droite, ce n’est pas parce que les profs sont mauvais. C’est parce que vous avez une entrée d’immigration importante ce qui fait que vous ne pouvez pas remonter vos résultats scolaires ».

Les clés de la réussite de la politique éducative élancourtoise ? L’augmentation de l’autonomie, de la créativité et de la confiance en soi. Le maire est satisfait de cela et « peut se regarder dans le miroir le matin en se rasant ». Il croit même « que d’Élancourt, il sortira plus d’ingénieurs que la moyenne nationale, du fait de cette culture très marquée ».

« Aux législatives, vous êtes élu sur l’image de la majorité »

À la reconquête de la 11e circonscription, le candidat LR ne mâche pas ses mots pour parler de ses adversaires. Il voue une véritable aversion pour celui qui l’a battu en 2012 : Benoît Hamon. « Mr Hamon a présenté un programme à tous les Français pendant des semaines, visiblement il n’a pas recueilli un soutien massif. Dans sa circonscription, il est arrivé quatrième. » Pour lui, son bilan politique est désastreux : « Je pense que Hamon s’est planté sur le communautarisme, sur l’économie… Oh bah alors là… ».

Tel un prédicateur, il met en garde les Français face à ce qui est pour lui le grand danger du moment : le communautarisme. « Si vous laissez communautariser, après, c’est le rejet de l’autre. Si vous n’êtes pas musulman, on vous rejette, on vous culpabilise. Là, vous allez avoir une crise d’identité… On est en échec, je vous le dis. Y a des sacrés trucs à gérer ! Mais faites attention, le communautarisme, ça va vous péter à la tronche ! ».

L’ex-candidat à l’Élysée est qualifié de « marxiste », un marxiste étant celui pour qui l’économie nationale doit être gérée par l’État. « Nos amis marxistes, ils mentent aux gens. Parce que ça paie, ils vendent de la haine. Les Français ont la haine du riche, la haine de l’entreprise, la haine des classes. Ils pensent que le problème, s’ils sont pauvres c’est parce qu’il y a des riches. Alors que c’est complètement con. »

S’il ne connaît pas beaucoup le candidat de la France Insoumise, lorsqu’il traite le sujet Macron, il est moins incisif qu’auparavant. Même s’il ne soutient pas le projet d’en Marche, « dans le programme de Macron, y a des points sur l’économie qui sont moins déconnants que le marxiste de service qu’on avait avant ». Jean-Michel Fourgous craint que les élections législatives ne fassent que renforcer le pouvoir de l’administration en France et que le pays devienne un « pays totalitaire ». Il prévient que « le pouvoir rend con et le pouvoir absolu rend absolument con ».

Il ne craint pas non plus de dénoncer le rôle d’intérêts plus ou moins cachés dans les compétitions politiques, qui auraient principalement eu comme mission de réduire à néant les chances du candidat François Fillon : « Macron faudrait qu’il fasse un chèque de remerciement au parquet national financier. ». Les médias en prennent aussi pour leur grade : « Macron, les médias sont avec lui. Il a plusieurs gros patrons de presse qu’il a mis dans sa poche. C’est pour ça qu’il a été élu ». Ces médias, de manière plus générale, n’auraient pas bien fait leur boulot, au détriment de François Fillon : « Y’a pas eu de campagne sur le bilan des socialistes. C’était le procès de Fillon pendant toute la campagne. » C’est tout notre système politique qui serait en danger : « C’est en cela que la démocratie est touchée, c’est que l’atteinte à l’égalité de traitement des candidats est flagrante. »

Interview réalisée le 11 mai 2017

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Infos de l'auteur

Guillaume Rubio

Lycéen de 17 ans au lycée Emilie de Breteuil, je m'intéresse particulièrement à l'Histoire. Passionné de voyages, j'adore découvrir de nouveaux pays et de nouvelles cultures ! J'ai vu, dans le Trappy Blog, l'occasion de faire entendre ma voix de lycéen au sujet des banlieues !