« J’aime bien l’idée que le bac soit le même pour tout le monde »

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Les élèves qui sont actuellement en 3ème vont dès l’année prochaine découvrir le nouveau système du lycée et du bac prévu pour la session 2021. Cette réforme fera disparaître les filières S, ES et L. Grand changement en perspective !

« Instinctivement, je dirais que c’est un mauvais choix ». Mme Caribou*, professeur de physique-chimie au lycée de la Plaine de Neauphle à Trappes, n’est pas convaincue par ce système. « Quand les professionnels de l’éducation. disent qu’il est coûteux, c’est pour le dénoncer. Or ce n’est pas parce qu’il coûte de l’argent qu’il faut y renoncer ». Le gouvernement a décidé d’organiser deux nouvelles réformes : la réforme du lycée, qui sera mise en place dès l’année prochaine pour les secondes, et la réforme du bac en 2021. Le but est de réduire son coût, d’alléger les emplois du temps des élèves, d’éviter le bachotage et de lui donner une valeur plus conséquente qu’aujourd’hui. « Le bac est une institution qui date de Napoléon. A cette époque, les niveaux des bacs étaient très élevés. Cependant, au fur et à mesure des réformes on demande moins de choses pour que tout le monde l’obtienne ».

Au CDI du lycée de la Plaine de Neauphle à Trappes, M Rolland, professeur d’histoire géographie évoque une des raisons de la réforme du bac 2021. « Il est évident que c’est un diplôme qui n’a plus la même valeur qu’il y a 50 ans puisqu’il y a 50 ans ‚même pas 10% d’une génération avait le bac, aujourd’hui c’est de l’ordre des 80% ». Pourtant, précise-t-il : « Il n’a plus la même valeur, mais il vaut toujours quelque chose ».

Cette réforme ne les séduit pas plus que ça. Tasse de thé goût menthe à la main, Mme Caribou ne pense pas que les problèmes principaux seront résolus avec cette réforme.« Je ne suis pas convaincu à 100% que le bac sera revalorisé », Dans le bâtiment A, en salle 114, Mme Duhautois, professeur d’histoire géographie au lycée Plaine de Neauphle est convaincue de la philosophie profonde de cette réforme : « Le but de ce gouvernement, c’est d’enlever de l’argent, donc forcément enlever des professeurs et de ne plus recruter autant de gens ». Mais elle n’est pas convaincue que les problèmes, notamment budgétaires, seront résolus :« Il y aura moins d’épreuves finales, mais il y aura des épreuves intermédiaires pour le contrôle continu donc ça peut coûter de l’argent ».

Tout comme Mme Caribou et Mme Duhautois, M Rolland est du même avis que ses collègues, mais il ajoute qu’il regrette que ce bac allégé demandera une charge de travail toujours importante pour les enseignants : « Il n’aura certainement pas plus de valeur qu’aujourd’hui puisqu’il va être allégé. Il en aura a priori moins. Il demandera toujours autant de temps d’organisation, en revanche ce temps sera légué aux professeurs et aux établissements qui ne seront pas payés. Dans ce sens-là, il sera moins coûteux.. ».

Selon la réforme, les filières S, ES et L seront remplacées par un système de majeure/mineure et seront accompagnées par un tronc commun (français, philo, histoire-géographie, EMC, LV1, LV2, sport, humanités scientifiques et numériques). L’élève devra choisir deux majeures (mathématiques/physique-chimie, lettres/langues ou SES /histoire-géographie…) et une à deux matières mineures. « Pour moi la disparition des filières, c’est un drame ». Mme Caribou est outrée par les risques qui pèsent sur les filières scientifiques : « Quand on regarde les troncs communs, les littéraires peuvent avoir dans leur emploi du temps 80% de matière littéraire. Les scientifiques ce serait même pas 50% ». Selon elle, les matières scientifiques sont l’objet d’attaques répétées : « On réduit à la SVT leur nombre d’heures de réforme en réforme, mais là avec le système de majeure et mineure, on a vraiment peur qu’elles disparaissent ». Elle ajoute que d’autres matières peuvent être en danger du fait de la réforme :« J’en prends d’autres comme la SES, le latin, il y a plein d’autres matières où il y a un risque de perdre des postes ». Elle ajoute sur une note d’espoir :« Normalement, la majeure physique et SVT n’existait pas, sauf que ce sont les matières qui peuvent être importantes en médecine ». Toute souriante, elle raconte qu’elle s’est battue avec d’autres professeurs en faisant signer des pétitions pour que la majeure physique et SVT existe, et du coup, cette majeure est apparue dans la présentation de la réforme du bac en 2021.

« Le risque est que la liberté de certains élèves de changer d’idée après un bac soit amoindrie, qu’à partir des options et des choix d’orientation qu’on a fait dès le lycée vont orienter vers des études supérieures déjà assez précises, ce qui serait, à mon avis, regrettables ». Le risque, pour Mme Caribou, c’est une moindre égalité entre les élèves : « Je dirais le système actuel malgré les filières, il peut intégrer n’importe quelle université, vu que les connaissances sont larges. Alors qu’avec le système majeure et mineure, j’ai l’impression qu’il peut qu’aller dans un type d’école ou que dans une type de fac ». M Rolland va dans le même sens. « Que l’on supprime les filières générales ne me pose pas de problème. Ce qui me paraît le plus gênant c’est de laisser reposer sur les élèves une responsabilité qui n’est pas de leur âge ».

D’autres ont une approche opposée : « Je ne suis pas contre pour plus de flexibilité, surtout pour ceux qui ont des profils atypiques. Par exemple quelqu’un qui adore les maths, mais qui déteste la physique et la SVT et qui par ailleurs est très bon en histoire, le système majeure mineure serait bien pour lui », défend Mme Duhautois assise sur une des chaises de la salle 114. Elle n’est pas d’accord avec les craintes de certains de ses collègues et tempère :« C’est un problème qui n’est pas nouveau qu’il y ait des élèves qui fassent des mauvais choix. Cela va dépendre des conseillers d’orientation qui vont les aider ». Pour Mme Duhautois, un élève avec un profil atypique devrait plutôt choisir la réforme du bac 2021, et un élève avec un profil plus classique préférerait le système actuel.

« Si on introduit trop de contrôle continu, on va vraiment dénaturer le bac », Mme Caribou, Mme Duhautois et M Rolland désapprouvent cette aspect de la réforme. Le contrôle continu serait composé de 10% des notes des bulletins obtenues en première et terminale. « Je ne trouve pas ça terrible le contrôle continu, parce que ça veut dire que les professeurs au lieu d’être des gens qui aident les élèves à réussir un bac évalué par d’autres correcteuyrs, seront aussi des évaluateurs. La relation professeur/élève devient évaluateur/candidat », Mme duhautois exprime ses craintes. Pour Mme Caribou, les craintes se tournent autour des politiques d’établissements :« Certains établissements vont vouloir surnoter les élèves pour avoir un taux de réussite au bac élevé, et d’autres vont noter les élèves normalement en suivant correctement les critères d’évaluations ». M Rolland explique :« Il semble pourtant que la part du contrôle continu soit assez restreinte dans la totalité du bac qu’on veut construire. Si c’est 10% pourquoi pas, mais si c’est plus je trouve ça dommage », il explique donc qui n’est pas contre un contrôle continu d’une valeur inférieure ou égale à 10% : « J’aime bien l’idée que le bac soit le même pour tout le monde, avec un sujet et avec les mêmes exigences de correction pour tous les élèves de France et de Navarre », même si, conclut-il, :«Quand on travaille quelque soit la procédure, on finit toujours par réussir ».

*Le nom a été modifié

Clara, élève de seconde au lycée de la Plaine de Neauphle

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