Initiation au Rap du 18ème siècle : l’art baroque

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Jeudi 2 mars dernier, le théâtre de la Merise à Trappes a accueilli le spectacle baroque “Atys en folie”, en présence de collégiens et lycéens de Trappes. 

Le 2 mars dernier, à Trappes, la salle bondée du théâtre de la Merise a accueilli la pièce de théâtre baroque “Atys en folie”, parodie de l’opéra“Atys” de Jean-Baptiste Lully, mise en scène par Jean-Philippe Desrousseaux. Cette action s’inscrit dans le cadre du projet “Générations Lully”, projet d’action culturelle mené par le Centre de Musique Baroque de Versailles (CMBV) à Trappes, de 2016 à 2018. L’idée de ce projet consiste notamment à créer un partenariat autour de la musique baroque avec la population Trappiste, les associations de Trappes mais aussi avec les élèves et enseignants des collèges Gustave Courbet, Le Village et Youri Gagarine et le lycée de La Plaine de Neauphle de la ville, ainsi que le lycée Jules Verne de Sartrouville.

Dans une large mesure, ce public d’invités ne savait pas à quoi s’attendre. Après le discours introductif de remerciement du directeur du CMBV, Aïssata Baradji, étudiante à l’école de la deuxième chance de Trappes et Françoise Rubellin, conseillère du spectacle, se prêtèrent à une série de questions-réponses rythmée par des blagues n’emportant n’emportant guère de succès, dans le but d’éveiller l’intérêt du public. Françoise n’y va pas de main morte, allant jusqu’à comparer la musique baroque au rap… Mais quand il s’agit de chanter, le jeune public s’enthousiasme, mais chante tellement volontairement faux qu’Aïssata leur lance un baroque « les jeunes, vous êtes trop nuls ! » qui détend l’atmosphère.

En effet la scène est un méli-mélo de mondes distincts, divisés en trois parties : cinq musiciens assis sur la gauche, un théâtre de marionnettes (un « castelet » pour les intimes) au fond de la scène, sur la droite, et un espace dans lequel les acteurs se démènent sur le devant de la scène, à droite, là où les musiciens leur ont laissé un peu de place.

Pour Marie-Claire, élève de seconde et membre du club de théâtre au lycée de la Plaine de Neauphle, cette pièce baroque, c’est avant tout « un décor chargé ». C’est chargé parce que c’est baroque. Firdaws, une de ses camarades, apprécie quant à elle énormément la minutie avec laquelle le décor est travaillé « à chaque fois on était émerveillés par un nouveau détail ».

C’est vrai qu’à Trappes, on n’a pas tous les jours l’occasion de voir une pièce de théâtre avec un orchestre, des marionnettes et des beaux costumes, et c’est sans doute ce qui a le plus charmé les jeunes élèves. Le regard sérieux de Firdaws a particulièrement apprécié de “voir l’orchestre jouer plein de morceaux. C’est cool. Ça change de ce qu’on a l’habitude de voir.”

Assister à une pièce baroque, ça peut être aussi l’occasion de voir un être humain, de chair et de sang, passer du monde réel au monde du rêve, en se transformant sans coup férir en marionnette une fois en haut des marches du castelet. Le procédé a fait l’unanimité. Le public a alors pu faire l’expérience de dialogues entre une marionnette et des êtres humains. C’est baroque.

Mais qui dit baroque, dit aussi histoire compliquée. Hafid ne s’en cache pas, il n’a pas tout compris. Ce jeune Elancourtois lui aussi membre du club de théâtre du lycée exprime un sentiment assez général. Le « langage est allusif », reconnaît sa professeure de Lettres modernes Laure Bazire.

« Allusif » ? Pas pour Firdaws ! Pour elle, « l’histoire est adaptée à tous les âges ». Avec quelques explications au préalable, c’est quand même mieux, concède-t-elle. C’est bien l’avis de Madame Perillon, professeure de musique au collège Courbet, qui a souhaité prendre le temps nécessaire pour bien préparer ses élèves. Elle les a fait travailler sur différents morceaux de musiques baroques. C’est qu’une vingtaine de courts morceaux ont été joués. Elle les a aussi fait travailler sur les personnages et les costumes d’époque. C’est qu’”Atys en folie” est une pièce sur une autre pièce du XVIIème siècle. « Il s’agit avant tout de leur faire découvrir de nouveaux horizons et d’enrichir leur culture. Mais je suis consciente que tout le monde n’aime pas forcément l’art baroque. » reconnaît l’enseignante enthousiaste.

Pour compenser les paroles parfois difficiles à appréhender, les allusions parfois très explicites au sexe ont rythmé le spectacle et permis de réveiller l’attention du public. Une marionnette et une femme font l’amour cachés derrière un tonneau, de nombreuses petites paires de seins ailées volent librement sur scène. Ces références sexuelles ? Le groupe de jeunes en option théâtre rit nerveusement, à l’unisson. Les plus téméraires crient que ça les a beaucoup fait rire, qu’ils ont « kiffé ».
Marie-Claire, elle, est gênée d’en parler, m’explique poliment que ça les « réveillait » ou les « rendait plus attentifs ». Firdaws, quant à elle, s’étonne de voir ce genre de choses au théâtre mais explique que « ça apporte un plus et ça change », « par exemple la scène où… voilà..» lance-t-elle, suivie de rires gênés.

Pourtant, Firdaws reprend confiance et ne mâche pas ses mots lorsqu’elle repense à Françoise comparant le Rap à la musique baroque. Pour elle, « le rap c’est censé dénoncer les problèmes de la société dont les journalistes ne parlent pas et qu’on peut vivre au quotidien ». A l’évidence, « la musique baroque c’est très reposant et ressourçant mais je ne vois pas comment on pourrait faire passer un message à travers ça ». Son camarade Hafid est quant à lui « dérangé » par la comparaison faite entre ces deux styles de musique, pour lui le Rap dénonce des « faits réels ». Le monde du théâtre baroque reste encore quelque peu éloigné.

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Infos de l'auteur

Dikra Saadi

J'ai 18 ans, en première année de licence de droit à l'université de Saint-Quentin. Citoyenne révoltée , pour moi Trappy blog est non seulement un moyen de partager mes expériences et de m'ouvrir à de nouvelles choses, mais aussi l'opportunité de montrer que Trappes ne se résume pas à l'image négative que certains médias véhiculent.