Égalité des femmes dans « les métiers d’hommes » : il y a encore du chemin

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En France, les femmes parviennent progressivement à s’imposer dans les « métiers d’hommes », et notamment dans l’électronique. Cependant, encore aujourd’hui, elles y restent largement minoritaires dans les postes de direction.

C’est en arrivant dans le monde du travail que Laurence, la quarantaine, a été confrontée à la discrimination masculine. « J’ai eu des réflexions du genre : “C’est normal, tu es une femme, tu ne peux pas comprendre”, quand j’étais dans des postes très techniques. » Laurence est ingénieure en électronique pour une entreprise spécialisée dans le secteur de la défense, dans les Yvelines. Pendant ses études, elle n’a pas ressenti cette différence avec ses camarades masculins, pourtant beaucoup plus nombreux : « Quand je suis arrivée en école d’ingénieur, on n’était que 17%. » Aujourd’hui, les femmes n’y représentent que 28% des étudiants, selon la Conférence des Directeurs des Écoles Françaises d’Ingénieurs. Là encore, elles s’orientent principalement dans certains domaines spécifiques tels que la biologie et la chimie. Du coup, « le pourcentage de femmes a encore diminué quand je me suis spécialisée et que j’ai choisi l’électronique », explique Laurence.

Delphine, la vingtaine, est elle aussi dans l’électronique. Elle est électromécanicienne au sein d’une entreprise d’aéronautique dans les Yvelines. En arrivant dans l’entreprise il y a deux ans, Delphine était la première femme à rejoindre ce service, ce qui est toujours le cas aujourd’hui. Pourtant, elle déclare : « On est tous sur un même pied d’égalité », et affirme même : « ils recherchent beaucoup de femmes dans tout ce qui est électrotechnique ou mécanique ». L’électronique n’est pas le seul domaine délaissé par les femmes, car si l’emploi des femmes a progressé depuis 30 ans, elles restent cantonnées à certains types de métiers. On dénombre près de la moitié des femmes actives dans seulement dix métiers différents d’après une étude de la DARES.

Laurence relève une plus grande égalité depuis son arrivée dans le monde de l’ingénieurie : « Par rapport à il y a 20 ans où il n’y avait pas du tout cette histoire d’égalité femme‐homme, depuis quelques années il y a des rattrapages, notamment dans les négociations salariales pour ramener une justice de salaire ». Malgré cela, elle regrette qu’il y ait toujours très peu de femmes dans les postes à haute responsabilité. « Le problème c’est qu’elles n’ont pas de façon d’évoluer dans la hiérarchie. Les hommes sont plus mis en avant et ont plus de facilité à monter dans les relations de pouvoir au sein de l’entreprise ». C’est ce que confirme Delphine en affirmant : « Ils privilégient beaucoup plus les hommes que les femmes ».

D’après Laurence, « c’est cette espèce de plafond de verre qui fait qu’on arrive moins facilement à percer que les hommes. Les quelques femmes qui ont réussi à monter dans la hiérarchie sont celles qui se sont beaucoup spécialisées et qui sont ainsi devenues expertes ». Elles sont obligées d’adopter « un comportement très musclé avec la gente masculine » pour réussir à se faire respecter. Cependant des lois prévoient depuis peu des obligations d’égalité salariale et dans les évolutions de carrière entre hommes et femmes, ainsi qu’une plus grande parité dans les conseils d’administration*. Ce que Laurence, en un sens, déplore : « C’est parce qu’il y a une discrimination positive qu’on arrive à obtenir quelque chose d’un peu plus égalitaire. Ça n’est pas naturel. »

Eloïse Ruchot

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Infos de l'auteur

Mehdi Litim

Fondateur et président du Trappy Blog, blogueur à Alternatives Economiques, chroniqueur à Marmite FM.