Dis-moi quel rappeur t’écoutes, je te dirai qui tu es

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Avant que vous ne lisiez cet article, je souhaiterais juste préciser que ce qui suit n’est que mon avis personnel sur un style de musique que j’apprécie, forgé par ce que j’ai pu voir et entendre. Tout ceci n’est dont qu’une vague hypothèse, qui, loin d’être une vérité établie, pourrait sonner juste pour certains d’entre vous (peut-être).

C’est évident, nos goûts musicaux sont, comme toutes nos autres préférences, forgés par notre milieu social et les gens que l’on fréquente. A la base, le rap est une musique populaire, qui a émergé dans les ghettos américains, qui était donc produite et écoutée par les afro-américains. Bon, ça c’était il y a un petit bout de temps. Aujourd’hui, le rap touche beaucoup plus de monde, toutes classes sociales confondues.

Alors oui, il y a un rap culte que tout le monde connaît et apprécie, sans distinction de classe, d’origine, de couleur de peau. Eminem en est un bon exemple, tout comme 2Pac, Jay-Z et Kayne West. Ces types-là ont néanmoins le point commun d’être américains. J’ai l’impression qu’en France, on est à peu près tous d’accord pour dire que ces rappeurs américains sont bons. Très bons. Les critiques existent, bien-sûr, mais elles sont vraiment minimes. On se sent un peu mal placés pour critiquer 2Pac ; le mec est quand même très très (très) respecté dans le milieu. C’est beaucoup plus facile de critique Booba par exemple. Ou Nekfeu.

D’un côté, il y a les rappeurs qui mettent tout le monde d’accord, et puis il y a ceux qui divisent. Souvent en fonction de caractéristiques bien particulières, bien qu’elles soient inconscientes.

Nekfeu est par excellence le rappeur blanc, qui fait des chansons… de blancs. Pardonnez-moi l’utilisation du terme blanc, je la préférais au terme « français » pour désigner les franco-français de souche, ceux qui ne sont donc ni arabes ni noirs ni d’aucune origine étrangère.

Donc. Aujourd’hui, dans les cours de lycée, Nekfeu c’est pas un rappeur pour tout le monde. J’ai l’impression qu’il est autant écouté par les filles que les garçons, mais c’est clair qu’il est beaucoup moins écouté par les noirs et les arabes. Je ne saurais pas trop expliquer pourquoi. Peut-être parce qu’il ne destine pas ses chansons à une catégorie de la population en particulier. Il parle beaucoup du mal-être des jeunes, d’amour aussi, du fait que quand t’es jeune, t’es un peu con. Il n’y a pas de message particulier, mais c’est un thème assez régulier dans ses chansons. Un peu comme les Casseurs Flowters. Eux aussi sont blancs, donc ils ne peuvent pas parler de discrimination. Ils peuvent dire qu’ils galèrent financièrement, mais ce sera aussi à cause de la flemme, de leur jeunesse, du système en général.

En revanche, quand Sexion d’Assault parlait de galère financière, c’était lié au fait qu’ils sont noirs, qu’ils ont grandi exclus dans une cité HLM. Ça rejoint les prémices du rap ; des noirs qui utilisent la musique pour exprimer leur exclusion sociale. Sexion d’Assault, par contre, étaient écoutés par tout le monde. Mais c’est vrai qu’en étant noir/arabe, c’est plus facile de s’identifier à ce qu’ils racontent parfois. Le contrôle au faciès, la discrimination à l’embauche… Je ne pense pas qu’un blanc devait se sentir très concerné par la chanson « Africain », par exemple.

En tout cas, le fait est qu’aujourd’hui, on est non seulement jugés par le type de musique qu’on écoute, mais aussi par le type de rap qu’on écoute. Bon, les gens font ce qu’ils veulent, mais il y a certaines tendances indéniables. Une fille blanche qui cite Nekfeu sous ses photos Instagram, c’est banal. Une fille d’origine maghrébine qui connait par cœur le dernier album de l’Algérino, c’est normal. Une fille blanche qui écoute du Kaaris… c’est bizarre. Elle joue à quoi ? Elle essaie de s’intégrer dans une bande de renois ? Elle veut faire son intéressante ?… Et plein d’autres clichés bien sympathiques. Je vous parle de filles parce qu’elles sont bien plus jugées que les garçons quant à leurs goûts musicaux, surtout concernant le rap.

Je pense qu’au final on a du mal encore aujourd’hui à détacher le rap de ce qu’il était à ses tous débuts. Aujourd’hui, c’est un style musical vraiment « mainstream », pas écouté seulement par les noirs, les jeunes et les garçons. Du coup l’offre s’étend vachement aussi. Et les sujets des chansons se diversifient. Ça peut paraître bizarre, parce que le rap était par définition destiné aux exclus et aux marginalisés de la société. Or, c’est moins le cas aujourd’hui. Cette dimension est toujours présente, bien-sûr, mais le rap est avant tout pluriel et varié.

Certains puristes diront que cela dénature le message premier du rap, et que c’est dommage. Ce n’est pas mon avis. J’aime le rap comme j’aime la France ; de toutes les couleurs.

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Infos de l'auteur

Naelle Belaribi

J'ai 18 ans et je suis étudiante dans un IEP. J'aime écrire, partager mon opinion et la confronter à celle des autres. J'aspire aux voyages, à la découverte d'autres cultures et à davantage de tolérance.