« Depuis que je suis viré du lycée, je passe mes fins d’après-midi avec eux à m’amuser »

0

Alors que les bacheliers préparent leur rentrée dans le supérieur, William*, élève de terminale, espère trouver un lycée. Décrocheur depuis plusieurs mois, il est sorti du système scolaire et peine pour y entrer à nouveau. Rencontre. 

Ce mardi après‐midi, dans le quartier de Jean Macé à Trappes, William, 17ans, et ses amis font un match de foot. Habillé d’un ensemble de l’équipe de France, il a supporté l’équipe de France pour la coupe du monde. Il garde sa sacoche et son portable dans les mains. Il a l’air timide et gêné, et n’ose pas s’asseoir. Il fini par se poser finalement et regarde ses amis jouer. « Depuis que je suis viré, je passe mes fins d’après-midi avec eux à m’amuser. »

Depuis 6 mois William n’a « plus d’école, depuis que je me suis embrouillé avec ma prof principale qui m’a mis au conseil de discipline et le proviseur a décidé de me virer », dit‐il en levant les yeux. Les vacances scolaires commencent, les examens du BEP sont terminés, les résultats sont tombés. Mais William n’attend rien ; comme lui, 100 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans diplôme.

« Je suis né à Trappes et j’ai toujours vécu là‐bas. Je suis issu d’une famille nombreuse, j’ai un grand frère, deux petits frères et deux petites sœurs ». Son parcours scolaire n’a pas toujours été facile. « Depuis que j’ai 7 ans, j’ai toujours changé d’établissement à cause de bagarres ou parce que je ne m’entendais pas avec les maîtres et maîtresses. Mais j’avais surtout du mal à me concentrer. Je passais mon temps chez la directrice à cause de mon mauvais comportement. »

Le collège n’a pas calmé William, qui a enchaîné les exclusions. « Je me suis fais virer définitivement de mon collège juste avant de passer le brevet blanc. Mais je me suis fait virer temporairement à plusieurs reprises ». Alors que plusieurs voitures de police entrent dans le quartier : « C’est souvent le cas, ils viennent contrôler les jeunes du quartier », dit‐il en souriant. Il revient sur son rapport avec ses anciens professeurs et ses camarades de classe. « Avec certains profs, je m’entendais bien. Avec d’autres pas du tout. Il y avait souvent des disputes, plusieurs fois par jour, et j’étais souvent exclu à cause de ça. Je passais la moitié de mes journées en permanence à parler avec les surveillants. Et avec les élèves je m’entendais bien, surtout avec les filles », dit‐il en rigolant.

William regarde ses amis jouer à la Play, qu’ils ont installée dehors. « Après les cours je sortais directement pour jouer avec eux et je ne faisais jamais mes devoirs ; je passais mon temps à fumer, parler des filles et rapper. Je rentrais très tard et le lendemain j’avais du mal à me réveiller. Souvent je ratais toute une matinée de cours. Le matin la motivation n’était pas toujours là, en tout cas elle était moins là que la fatigue. Ma seule motivation pour aller à l’école c’était plutôt de retrouver mes copains, ou alors parce que mes parents m’obligeaient. Je n’aime pas l’école depuis tout petit. » Pourtant, quand tombent les résultats du BEP début juillet, que la plupart de ses camarades ont eu, il ressent une nouvelle sensation d’échec. « J’avais beaucoup de révisions à faire et la motivation n’y était pas, la pression des BEP blancs du mois de février m’avait saoulé et l’embrouille qui a eu lieu avec ma professeure principale, puis l’exclusion, ne m’ont pas permis de passer mes examens. »

Pour William, ses parents le considèrent assez grand pour faire ses choix seul et s’occupent plus de ses frères et sœurs. « Mes parents s’en foutaient étant donné que je suis le deuxième de la famille. Nous sommes six en tout, et ils s’occupent plus de mes petits frères et sœurs qui en ont besoin. Et puis mes parents ne connaissent pas les filières au lycée. » Le fait d’avoir un grand frère décrocheur n’a pas aidé William à reprendre ses études ni même à l’orienter dans une filière qui pourrait lui plaire. « Mon grand frère et lui‐même décrocheur, il a quitté l’école à 16 ans pour travailler et aider mes parents à s’occuper de nous. » Finalement, William est allé comme ses copains dans une filière gestion administration qu’il ne la connaissait pas. « Au collège, à la fin de ma troisième, plusieurs de mes copains s’orientaient dans cette filière après le brevet. Comme je ne savais pas quoi faire, je les ai suivis. » Au final, ce sont les grands du quartier qui conseillent parfois les plus jeunes. « C’était un grand du quartier qui m’avait dit que la filière gestion administration avait beaucoup de débouchés, du coup je me suis dit pourquoi pas y aller. »

William dit n’avoir pour le moment aucun projet d’avenir précis. Pourtant, il passe le Bafa parce qu’il a l’intention de « travailler avec les enfants ». Des projets d’avenir, en fait, William en a plusieurs, sans savoir bien par où commencer. « Je pense aussi retrouver un lycée au plus vite pour continuer mes études, mais c’est compliqué de reprendre avec des gens qui n’ont pas mon âge et de voir que mes copains ont obtenu leur bac. » En dehors de ses études, il a aussi une autre activité qui lui plait : « J’ai une passion pour le rap, je fais plusieurs clips et j’écris beaucoup de textes. » William ne veut pas rester au quartier sans rien faire et souhaite rester un exemple pour ses frères et sœurs qui sont à l’école primaire. Parmi ses projets, il en est un qui est très clair : « Je ne veux pas rester à Jean Macé toute ma vie ».

* Le prénom a été changé

Natacha Nedjam et Lailla Zerrou

Partager sur :

Infos de l'auteur