La crainte du bac et du post-bac en Terminale

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La terminale est une année à forts enjeux pour les futurs bacheliers. Regard de deux futurs bacheliers du lycée Rostand de Mantes-la-Jolie.

Par Kézia Halgand

« Avant même le bac, j’ai peur de l’admission post-bac ! ». Tugba, 17 ans, est élève en terminale scientifique au lycée Jean Rostand à Mantes-la-Jolie. En ce mardi après-midi, pendant les vacances scolaires, Tubga, détendue et rassasiée, est à Bonnières-sur-Seine, en bord de Seine.

Ce jour-là, Tugba est vêtue d’une chemise blanche à motifs fleuris. Et a ses cheveux bruns réunis en queue-de-cheval. Elle porte un sac à dos noir. Pas de look extravagant. Jeune fille discrète, réservée, donne l’impression d’appréhender l’idée de s’épancher sur elle. Mais les apparences sont trompeuses, car elle se livre assez facilement à l’exercice, et montre une certaine aisance face aux questions en répondant du tac au tac.

Au fil de la conversation, l’appréhension se fait ressentir. Les enjeux sont réels et Tugba en a pris conscience. « Tu vois, là, je suis en S, j’ai coefficient 9 ou 8 en SVT, du coup ça me fait peur. » Mais les coefficients ne sont pas sa seule crainte. « Avant le bac, j’ai peur un peu, honnêtement, de l’admission post-bac. Parce que mes notes comptent pour mon bac mais aussi pour l’admission. » Heureusement, les notes comptant pour le post-bac s’arrêtent au deuxième trimestre.

Malgré l’appréhension, Tugba a tout prévu. « Je voudrais faire médecine justement, mais si je rate la médecine, je voudrais me réorienter vers la bio. En faisant des études de biologie. Et après plus tard peut-être être biologiste ou biochimiste. » Pourtant rien n’est sûr et Tugba, même en ayant l’air d’avoir tout planifié, n’en reste pas moins un peu dans le doute : « Si je n’ai pas mon bac ? Je redouble ! De toute façon, il n’y a pas d’autre solution ! »

Changement d’ambiance. En cette fin d’après-midi, je retrouve Yannis, également élève au lycée Jean Rostand à Mantes-la-Jolie, en terminale STI2D. Installé au parc municipal de Mantes, il est venu accompagné d’un de ses amis,Eric, élève en terminale ES au lycée Condorcet à Limay. L’ambiance est détendue et les blagues fusent. Yannis a l’air de redouter un peu l’épreuve. « Les questions, elles te paraissent simples parce que tu connais les réponses ! Si je dis “je ne sais pas” en pleine interview, ça passe moyen ! »

Malgré mes efforts pour le rassurer, il me paraît loin d’être convaincu. Surtout lorsque pour première question je lui demande comment il appréhende le bac. Après un silence théâtral, il me répond le sourire aux lèvres, son ami riant aux éclats à côté de nous. « Qu’est-ce que ça veut dire ça déjà ? Nan, mais vraiment ! Mais comment ça “comment appréhendes-tu le bac ?” Je l’appréhende mal ! Voilà ! » Entre deux fous rires, j’insiste. Et il me répond toujours avec humour : « Oui voilà je ne le sens pas mon bac ! Il me regarde avec un mauvais œil ». Le sérieux revient un instant, lorsque je lui demande ce qu’il prévoit après l’obtention de son bac. « J’ai envie d’aller en prépa. En prépa maths…à Rouen. Les prépas elles sont reconnues et en plus, j’ai envie d’aller en école d’ingénieur après. » Malgré les apparences, Yannis a des projets et comme la majorité des élèves, il redoute un peu l’avenir. Il a juste une façon bien à lui de présenter les choses. De façon cynique et ironique. Ce moment de sérieux ne dure pas lorsque je pose la question qui fâche : « Que prévois-tu si tu n’as pas ton bac ? – Bah, je meurs ». Puis, après quelques secondes de réflexion : « Je ne pense pas que tu devrais mettre ça. Ils risquent d’être un peu horrifiés ». Faire le show est peut-être tout simplement une manière de dédramatiser la situation.

Une envie de changer « d’étiquette » et un besoin de reconnaissance « Je ne vois pas comment on pourrait inspirer confiance en étant à Rostand. Les gens vont nous voir d’un mauvais œil […] il y a des gens qui sont venus à Rostand, qui sont maintenant en prépa, ils nous ont dit qu’on les regardait mal […] ils ont dû faire leurs preuves. »

Les projets de Yannis et Tugba semblent bien définis. Mais les doutes sont toujours présents et la pression omniprésente. C’est qu’ils ne savent pas où ils mettent les pieds. Ils ne se sentent pas assez informés sur leur projet, et ne se sentent de ce fait pas rassurés. « Ce qui va remplacer APB ? Aucune idée », regrette Tugba. « Moi, je veux être médecin depuis que je suis toute petite, mais c’est vrai que là-dessus les infos au lycée… » Yannis a plus tendance à dédramatiser, et n’est pas à une petite contradiction près. « Le manque d’informations, ce n’est pas horrible. Mais on pourrait peut-être mieux nous informer. Par exemple en organisant la visite des établissements qu’on a mis dans nos vœux. »

Kézia Halgand

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Infos de l'auteur

Kezia Halgand

Lycéenne en terminale ES. Passionnée d'écriture, j'aime lire et philosopher, débattre et surtout m'engager pour les causes auxquelles je crois. Le Manty Blog est une façon pour moi d'élever la voix de ceux qu'on entend pas, ou que l'on a trop souvent oubliés...