Confinée mais libérée par Blanquer

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Comment les blogueuses et blogueurs du Trappy Blog vivent leur confinement ? Série de points de vue sur leurs vies entre 4 murs. Aujourd’hui, Julie, en terminale au lycée de la Plaine de Neauphle à Trappes.

Le jeudi 19 mars à 20h, le peuple français est rivé devant la TV. Macron prononce son discours : « Nous sommes en guerre ». Les établissements publics seront fermés, nos déplacements doivent se limiter au strict nécessaire. La plupart des élèves présents sur Twitter affichent leur joie. Moi pas. J’anticipais déjà l’ennui meurtrier des jours à venir. Avant le confinement, on accordait peu d’importance au temps. Aujourd’hui, on voit le temps passer. En restant chez soi, sans une quelconque activité, on prend conscience que 2 heures, ce n’est pas si rapide que ça. Plus le confinement se rallonge et plus l’ennui s’intensifie. Au départ, le confinement ne devait durer que 2 semaines, puis jusqu’au 15 avril. Au final, on apprend que ce sera le 11 mai pour les écoles maternelles et primaires, et le 18 mai pour les élèves de première et de terminale. À force d’être confinée, je ne sais même plus quelle date nous sommes, ni même l’heure.

Avec mon train-train quotidien, je finissais par accorder peu d’importance au monde m’entoure. Le confinement me rappelle les vraies valeurs. J’apprends à vivre avec ma mère, et à travailler sur mon caractère, un peu trop susceptible. Auparavant, le frigidaire était souvent vide et je mangeais seule dans ma chambre. Aujourd’hui, ma mère comble son ennui en cuisinant. Les premiers repas, j’étais assez intimidée. On parlait entre nous, chose qui n’est pas trop habituelle pour moi. L’ennui nous pousse indirectement à nous découvrir et à apprendre à vivre ensemble.

Au début du confinement, je lui accordais peu d’importance. Ne sachant pas ce qu’adviendrait le bac 2020, j’ai remplacé mes heures de cours par des heures de révisions : mon planning était strict. Je commençais à 10h et je terminais à minuit. J’avais prévu de m’accorder des pauses, notamment entre 12h à 13h30, 16h à 18h. Je passais ce temps à dormir, à traîner sur Instagram pour prendre des nouvelles de mes amis, ou voir le compte de Alexotime qui regorge des vidéos drôles. Je suivais l’actualité sur Twitter, notamment sur les aménagements du bac 2020 et sur l’évolution du coronavirus. Sur Twitter je fais une confiance aveugle aux comptes du Courrier International, de Konbini et de Brut.

J’ai commencé à ressentir l’effet du confinement quand je suis partie chercher à pied un ordinateur portable au lycée. Je n’ai jamais été aussi contente de sortir. La veille, nos professeurs nous avaient informés via Pronote, une interface permettant aux enseignants et aux élèves d’échanger des informations scolaires, qu’il était possible d’emprunter un ordinateur portable au lycée. Il suffisait juste de les contacter. J’habite à environ 20 minutes à pied du lycée, et je n’ai croisé personne, même pas les policiers. C’était comme si la ville était morte. Quelques jours plus tard, pareil quand je suis ressortie pour chercher ma commande de nourriture à la station-service, que je commande via une application qui propose des produits qui seraient jetés par les magasins en fin de journée. On ne sait pas ce qu’on va avoir dans nos commandes, c’est une surprise ! Pour un faible coût, on a plein de gâteaux, de sandwich, des pâtes ou encore du fromage.

En plus de mes révisions de terminales Littéraire, nous avons eu quelques « classes virtuelles » en anglais, géographie et littérature anglaise. Pour la littérature et l’espagnol, nous avons des devoirs à rendre. Pour la philosophie, notre professeur nous a donné un tas de liens sur internet, censés probablement nous servir de cours. Ces classes virtuelles, je n’aimais pas tellement y participer, c’était une perte de temps. J’avais l’impression de ne pas avancer. Regarder un live derrière mon téléphone, et ensuite avoir le cours sur Google Drive ne me permettait pas d’être pleinement concentrée. J’étais beaucoup trop sujette à la tentation de trainer sur mon téléphone, regarder Instagram et Twitter. J’avais peu de réseau internet, et les lives buggaient. Je trouve ma concentration en étant dans un cours vivant, en écrivant en même temps que le professeur parle. En faisant cela, j’analyse en même temps ce que j’écris, je me dis si ce que j’écris est cohérent ou pas. Je ressentais à quel point je perdais peu à peu ma compréhension des chapitres qui s’enchaînaient. Cela engendrait un retard dans mes révisions puisque je passais plus de temps à essayer de comprendre les chapitres en cours qu’à réviser les anciens chapitres. Et mon stress s’intensifiait.

Mais le jeudi 2 avril, ma liberté se proclame à la télévision. Jean-Michel Blanquer annonce que le bac 2020 se basera sur le contrôle continu. J’ai mon bac à 99 %. Faut juste pas que je baisse trop de niveau au troisième trimestre. Les jours précédant son annonce, j’étais rivée sur Twitter. Ce vendredi, vers 11 heures, j’entends ma sœur jumelle parler au téléphone à un ami : « je ne vais pas avoir mon bac ! ». Ma sœur est partie depuis le début de l’année dans un internat exigeant. Moi, j’ai choisi de rester à Trappes parce que le lycée est peu sévère dans la charge de devoir à faire à la maison. J’ai fait le lien entre ce qu’elle disait et l’annonce de Blanquer. Le soir de l’annonce, pourtant, j’ai pleuré. J’étais très triste pour ma sœur. J’avais vécu mon année avec un stress constant. Et au final, c’est elle qui se retrouve à son tour avec un énorme stress.

Même si cette année mon bac va être « facile », puisqu’il se base sur le contrôle continu, je n’aurais pas eu d’aussi bonnes notes si je n’avais pas fait la rencontre de Noémie, qui est l’accompagnante pédagogique du lycée. En parallèle de son concours de CAPES pour devenir professeur de français et, des partiels de sa licence en lettres modernes, elle a eu l’immense courage pour supporter une élève aussi chiante que moi, mon anxiété, mes devoirs remplie de fautes de syntaxe, ou de répétitions, comme « donc ». Finalement, aujourd’hui, je suis zen comme si je sortais d’une séance de yoga. Je me sens libre.

Les premiers jours après avoir appris que j’avais mon bac, je ne me suis imposée aucun rythme de vie. Je m’endormais à 8h et je me levais à 15h. Je me sentais tellement libre, je n’avais plus ce stress constant. Je passais mes nuits éveillées en regardant des conneries comme l’émission « le jour ou tout à basculé » et « nos petits secrets entre voisins ». On s’occupe comme on peu.. Mais à force de ne rien faire, je commençais à devenir tendue et très susceptible. Pour remédier à cela, je reprends les projets que j’avais abandonnés par manque de temps : l’apprentissage à la guitare électrique et classique. Je me suis également remis dans l’anglais. Sur le site “Anglais facile” je suis d’abord le parcours qu’il y a pour chaque niveau et je finis par l’application “Speeko” pour m’exercer. J’ai aussi le projet de construire ma cabane dans mon jardin. J’ai déménagé depuis le mois de juillet dernier dans une maison, à Trappes. Avant, j’habitais à Trappes, mais dans un immeuble, dans un quartier assez tranquille. Mais je préfère largement notre nouvelle maison. Avec mes amis Thea, Lican et Walid, on a pour projet d’aménager la cave. Avec Lican, on a commencé à traîner sur l’application “Geev”, pour voir les meubles que les gens donnent.

Dès que le confinement se terminera, j’irai sûrement à Bordeaux pour pouvoir manger des cannelés au bord de la plage de Carcans ou de Lacanau . J’irai aussi voir mes amis d’ici. On prévoit de se faire un resto chinois à St Quentin en Yvelines. Avant de pouvoir faire cela, j’irai en cours. Je n’ai jamais spécialement eu peur du Covid-19. J’espère juste que la reprise des cours n’augmentera pas le pic de l’épidémie, ce qui nous obligerait à être reconfinés.

Julie Roy

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