Clarisse, de Pombal au Portugal à Elancourt dans les Yvelines

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À trente et un ans, Clarisse quitte sa ville natale de Pombal, au Portugal, en quête d’un salaire plus élevé. Cinquante-cinq ans plus tard, Clarisse est une femme retraitée qui vit à Élancourt dans les Yvelines. Parcours.

« Ne pleure pas maman, je vais chercher du travail » À quatre-vingt-six ans, Clarisse se souvient avoir dit ça à sa mère lorsqu’elle avait quatre ans, vivant encore au Portugal, à Pombal, elle a vécu une vie des plus mouvementées, en passant par le travail à quatre ans dans les champs, la perte de son père mort d’une pneumonie, l’abandon de son mari parti en Afrique pour son travail dans le transport de marchandises et son immigration en France. Et elle veut aujourd’hui mourir dans sa nouvelle famille, la France.

« Mon père est mort, j’avais quatre ans ». Clarisse a vécu une grande partie de sa vie au Portugal et a peu de souvenirs de son père mort à cause d’une pneumonie. Le seul souvenir qu’il lui reste est une pièce de monnaie offerte par son père lorsqu’elle avait trois ans. Sa mère ayant eu deux maris, Clarisse vécut avec quatre sœurs et un frère : « On était six, trois du premier mari, trois du deuxième ». Elle ne se souvient plus de la période où sa mère a eu son deuxième mari. Ne mangeant pas suffisamment, elle se souvient qu’elle ne mangeait que des miettes de pain et de la soupe. Elle partit chercher du travail dans les rues de sa ville, Pombal d’environ seize mille habitants au nord-ouest du Portugal. Sa mère ne gagnant pas assez d’argent et ayant toujours du mal à se remettre de la mort de son mari : Clarisse se souvient d’entendre sa mère pleurer le soir avant de s’endormir. Elle rencontra, à quatre ans, un jeune couple qui accepta sa demande de travail dans n’importe quel domaine qu’elle pouvait exercer, comme femme de ménage, cultiver, faire à manger… Et ils l’hébergèrent : « Depuis je ne suis plus jamais retournée chez ma mère ». « Je voulais être avec les miens, mais ce n’était pas possible », elle voulait rester avec sa famille, mais ne put le faire, ne pouvant pas vivre en ne mangeant que des miettes de pain et de la soupe : « Je ne travaillais pas pour l’argent, pour manger et m’habiller, c’est tout ». Elle ne pouvait pas aller à l’école, elle n’avait pas les moyens : « Il y avait quelques enfants qui allaient à l’école, mais moi non ». Ensuite, elle partit vivre chez ses parrains à dix ans, ayant des moyens plus convenables, mangeant mieux qu’avec sa mère.

À vingt ans, elle se maria avec João, un jeune homme rencontré dans une boutique de vélo. À vingt et un an, elle eut une petite fille du nom de Céleste qu’elle dut élever seule. Son mari ayant des projets de voyages, il laissa sa petite fille de trois ans et sa femme pour partir en Afrique pour transporter des marchandises. Il compensa les frais de voyages en vendant sans son accord les terrains du père de Clarisse qui ne valaient pas beaucoup étant donné la taille des terrains ainsi que la valeur d’un terrain au Portugal. « Il était parti avec l’argent et moi, je suis restée avec une petite fille dans les bras ». Pour nourrir sa fille, elle est devenue vendeuse de pains à Pombal. Un de ses clients qui travaillait en France, lui conseilla alors d’y aller en lui avançant les frais de voyages par gentillesse.

À trente et un ans, elle décida de partir en France sans sa fille qui resta avec sa tante à l’âge de dix ans. Un ami de celui qui lui avança les frais de voyages lui fournit un faux passeport : « Il a fait faire un faux passeport ». Pour arriver à la frontière de l’Espagne elle prit le train, et traversa la frontière à pied. Un passeur lui fit traverser la frontière (dont le nom lui a échappé) entre Espagne et la France en toute sécurité. Elle ne pouvait pas dire le nom du passeur au risque de se faire tuer : « Je ne pouvais pas dire le nom du passeur sinon je serais tuée ». À son arrivée en France, elle a obtenu un récépissé par la mairie de Maurepas qui fit office de papier d’identité. Ces papiers lui ont permis de pouvoir rester trois mois en France pour trouver un travail au risque d’être renvoyée chez elle, au Portugal. Elle devint femme de ménage en étant recommandée par celui qui lui avança les frais de voyages à Saint-Cyr l’École.

Les familles qui ont embauché Clarisse en tant que femme de ménage la réclamaient : « Les Français ont été adorables avec moi, ils m’ont reçue d’une façon que je n’aurais jamais imaginée ». Un an plus tard, sa fille fut amenée au Portugal avec elle. Celle-ci a été emmenée devant un juge, car le mari de Clarisse ayant était informé que sa fille allait être emmenée en France fit une demande pour la prendre avec lui en Afrique. Les juges demandèrent à Céleste avec qui elle voulait vivre. Elle choisit donc sa mère, car c’est elle qui l’a élevée.

Clarisse fut extrêmement bien accueillie avec sa fille, un couple de Français a offert un vélo à sa fille et lui ont payé une montre pour sa communion : « Pendant quatre ans, je n’ai rien acheté pour m’habiller et pour habiller ma fille ». Les dons lui permettaient de se vêtir. Elle vécut cinquante-trois ans en France contre trente et un ans au Portugal : « Je n’ai jamais eu de misère en France » Elle fut beaucoup aidée par les dons de certains Français. Elle invitait souvent à manger chez elle des Français qu’elle connaissait et qui l’avaient aidée. Elle dit souvent : « Que dieu bénisse la France ». À cinquante-cinq ans, elle prit sa retraite et vécut une vie entourée de sa famille. Elle vit chez sa fille, voit ses deux petits-enfants et ses trois arrière-petits-enfants chaque semaine : « La meilleure des choses que je pouvais faire, c’était de venir en France ». Elle est la seule de sa famille à être venue en France, elle retourne chaque année au Portugal et reste pendant six mois dans sa maison.

Après cinquante-trois ans en France, elle dit : « J’adore les Français, j’adore la France, c’est ma famille ». Aujourd’hui elle est heureuse dans sa nouvelle famille, mange bien, a des arrière-petits-enfants et aime sa vie : « Je veux mourir en France, c’est ma famille ».

Lana et Célia, élèves de 4ème au collège Alexandre Dumas de Maurepas.

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