« C’est important de porter un intérêt aux élèves pour qu’ils se sentent reconnus et aidés »

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Nicolas L. a 30 ans, il travaille aujourd’hui en tant qu’assistant d’éducation au lycée de la Plaine de Neauphle à Trappes et à trouvé sa voie puisqu’il souhaite passer le concours de CPE. Rencontre.

« Au fait, c’est pas sûr que je vous accompagne à la sortie prévue avec les BTS. Faudrait qu’on en rediscute ! » lance Nicolas à une collègue enseignante qu’il vient de croiser devant le lycée. Il est 16h devant le lycée de la Plaine de Neauphle à Trappes ; ceux qui ont terminé les cours sortent par la porte principale. Nicolas est à la grille, comme tous les jours, pour surveiller les entrées et les sorties. Nicolas L. a 30 ans ; né à Versailles, il a grandi à Fontenay-le-Fleury au sein d’une famille issue des classes populaires. « Ma famille n’avait pas des moyens de folie, ma mère nous a eu relativement tôt ma grande sœur et moi et ça a été vraiment système D quoi ! On a vécu des choses compliquées. »

Nicolas effectue la majeure partie de sa scolarité jusqu’à la terminale entre-les communes de Fontenay-le-Fleury et Saint-Cyr-l’Ecole. Il passe son baccalauréat littéraire en 2007 et intègre par la suite une licence de langues étrangères appliquées spécialité anglais et allemand, au sein de la Sorbonne.

Le jeune bachelier poursuit jusqu’en troisième année mais ne valide pas pour autant son diplôme universitaire « Je n’ai pas validé en fait car au dernier semestre ils ont perdu tous mes résultats et plutôt que de me battre bah je suis parti … C’est aussi pour des raisons personnelles, mais ça m’a rendu fou. La perte d’un être proche a fait aussi que je sois parti, je pense que dans d’autres circonstances je me serais battu mais bon … » regrette-t-il.

Il prend donc la décision de travailler et cherche un emploi qui lui corresponde : « Je me suis mis à travailler car il fallait bien que je bosse, je me suis lancé dans la vente parce que quand j’étais en terminale je faisais un job étudiant en vente et du coup j’avais cumulé assez d’expérience pour pouvoir être recruté rapidement. A partir de 2011 j’ai commencé à bosser ». Employé en tant que vendeur chez Alinéa aux Clayes sous-bois, il y travaille durant près de trois ans et se rend compte finalement que le métier ne lui correspond pas. Il décide de partir : « J’en avais assez d’escroquer les gens. J’en suis arrivé à un moment donné à passer moi-même les commandes et je me suis rendu compte qu’au bout d’un moment quand on vend les produits trois fois plus chers qu’on les a achetés, bah je me dis qu’on n’est pas très réglo envers le client ! Mais bon après c’est le commerce qui est comme ça. »

Nicolas ne tarde pas à occuper un autre emploi avec lequel il parvient à s’accommoder et même à trouver sa vocation : « En fait je me suis demandé si je ne devais pas plutôt travailler avec des jeunes ; j’ai essayé de voir ce que ça donne, c’est pour ça je me suis dit que j’allais faire assistant d’éducation et finalement bah je me suis rendu compte que ça me plaisait vraiment. Le 31 aout 2015 j’ai commencé en tant qu’assistant d’éducation au lycée de la Plaine de Neauphle, à Trappes. »

Récemment, le jeune assistant a passé un BTS Management des unités commerciales en VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) qu’il a d’ailleurs validé : « Etant donné que j’ai pas mal travaillé dans le commerce et la vente je m’y connais assez bien, du coup je n’ai pas eu trop de difficultés pour valider. Je l’ai passé entre 2016 et 2017 et je l’ai obtenu là en 2017 en fait. »

Il a l’intention de reprendre une licence en sciences de l’éducation pour ensuite passer le concours de CPE. Le jeune assistant ne fait pas de son métier une finalité en soi. Le manque de perspective d’évolution et le faible niveau de rémunération sont deux facteurs qui le motivent à voir plus loin « On ne peut pas dire que ce soit un métier dans lequel on puisse vivre toute la vie c’est pas possible, déjà la rémunération c’est pas ça, j’ai perdu facilement 400 euros sur ma paie depuis que je suis ici. Et puis même je me vois mal à 45 ans continuer de faire ça, sans pour autant dévaloriser le métier. C’est pour ça d’ailleurs que je veux devenir CPE, ça me correspond plus je trouve » argue-t-il.

Selon lui, il est nécessaire que les CPE s’impliquent et portent un intérêt particulier aux élèves. Il en va de la reconnaissance et de l’estime que les élèves ont d’eux-mêmes. « C’est important de porter un intérêt aux élèves pour qu’eux-mêmes se sentent reconnus et aidés. »

Lorsqu’il conclut ses tâches routinières, fermer la grille, diriger les élèves vers leurs classes, vérifier les absences et retards, prévenir les parents d’élèves en cas d’absence … Nicolas s’occupe du club manga.

Ce qui était de « l’improvisation totale », est rapidement devenu un projet riche et ludique pour la vie lycéenne. « Quand je suis arrivé dans l’établissement, j’avais une idée de club manga mais comme j’étais juste assistant d’éducation je n’ai pas trop osé parler. On a eu la chance d’avoir une nouvelle documentaliste qui aimait les mangas aussi et qui a suggéré l’idée d’avoir un club manga. Quand j’ai entendu cela je suis allé la voir directement et je lui ai dit “écoutez-moi j’adore les mangas, est ce que je pourrais me greffer si vous voulez bien” … »

A partir de cet instant, la documentaliste et Nicolas s’associent dans le but de de développer le projet. Dix sept élèves intègrent le club, s’organisant tout d’abord autour de débats concernant les mangas mais au bout d’un mois le jeune assistant se rend compte que le projet tourne en rond et décide de prendre les devants. « J’ai demandé l’avis de la collègue, je lui ai dit on les lance ils vont faire un one shot ! Et de là toute une idée est partie. Chacun propose un scenario, il fallait les faire travailler en groupe, designer le scénariste, le dessinateur, et on a réussi à créer tout un groupe de travail sans qu’ils s’en rendent compte ! ». Si la première année ils étaient 17, ils sont désormais 40, au bout de trois d’existence, avec plus de filles que de garçons. Rapidement la visite de la Japan expo est organisée, le plus pour tout fan de manga.

La deuxième année, deux fois plus d’élèves intègrent le club et Nicolas propose à sa collègue de mettre en place des groupes de travail : « On s’est retrouvé avec 34 élèves. J’ai eu l’idée de les mettre en groupe et que chaque groupe bosse sur un one shot. Ce qui est bien en revanche c’est que dans certains groupes il y en a qui ne savaient pas dessiner maintenant ils dessinent super bien, d’autres ont appris à travailler en groupe alors que ce n’était pas le cas et c’est là que je me suis rendu compte du côté ludique du club. »

Si Nicolas souhaite devenir CPE c’est aussi parce qu’il voit ce métier comme une opportunité lui permettant de vivre pleinement sa passion « Plus tard je me vois bien CPE et à côté de ça je me vois aussi coach de capoeira. J’ai monté une asso dans laquelle je donne des cours, en fait c’est ma vraie passion et le métier de CPE que j’aime beaucoup me permettrait de vivre aussi ma passion et finalement ce serait joindre l’utile à l’agréable. »

Sa passion pour la capoeira nait en lui à l’âge de 7 ans. Son père avait l’habitude de lui mettre des films de combat et lui fait alors découvrir le film Only the strong dans lequel Nicolas découvre la capoeira. « En fait j’étais bouboule quand jetais petit et il n’y avait aucun club à côté de chez moi. Ce n’est qu’à l’âge de 15 ans qu’un club a ouvert près de chez moi et j’ai commencé à en faire, du coup j’ai fondu et je me suis vraiment rendu compte que c’était mon truc quoi. »

Mais une rupture des ligaments croisés l’oblige à suspendre sa pratique pendant 5 années. Entre temps il s’est fait opérer et décide de reprendre la pratique à l’âge de 25 ans. Depuis, le jeune coach évolue auprès d’un maître de capoeira mais il enseigne également. « C’est mon maitre qui m’a demandé de le faire, c’est lui qui m’a poussé pour que j’enseigne. Aujourd’hui je prends mes cours de capoeira à Villepreux et j’enseigne à Fontenay le Fleury. J’ai une petite vingtaine d’élèves avec qui j’aime partager mes compétences et c’est ma 2e année en tant qu’enseignant et j’adore ça. »

Le jeune métis grandit auprès de sa mère et s’imprègne fortement de l’aspect humain et social de celle-ci. « Mon esprit de partage, c’est sûrement quelque chose qui vient de ma mère. Ma mère est enfant d’immigré en partie car mon grand-père Ali est venu d’Algérie. Elle l’a vu galérer dans sa jeunesse pour pouvoir s’intégrer et en fait jusqu’à maintenant elle s’est toujours battue pour les gens. L’argent ne l’a jamais intéressée, en fait elle voulait juste voir les gens heureux. »

Finalement, sourit Nicolas « ce n’est pas parce que tu viens de Trappes que tu ne peux pas réussir. On stigmatise vachement Trappes alors qu’on est un des lycées qui tourne le mieux, les élèves sont vraiment attachants, je ne m’attendais pas à cela. »

Abdelhammid Chalabi

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Infos de l'auteur

Abdelhamid Chalabi

Étudiant de 24 ans en dernière année de Licence de Sociologie et résident à Montigny le bretonneux. Passionné de musculation et des sports de combat. Je m'intéresse particulièrement aux sciences sociales, aux langues et enjeux politiques et géopolitiques. Le Trappy Blog c'est pour moi le moyen d'acquérir une expérience et de m'exprimer.