Brutalement réduite au confinement

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Comment les blogueuses et blogueurs du Trappy Blog vivent leur confinement ? Série de points de vue sur leurs vies entre 4 murs

Kandia, Kandia, réveille-toi ! Tu dois m’imprimer une attestation de déplacement, je dois aller faire des courses ! Allez !” Nous sommes confinés avec ma mère, ma petite sœur de 12 ans et mes deux petits frères âgés de 8 et 10 ans dans notre appartement de 4 pièces du square Pergaud à Trappes. Ma mère a besoin de moi pour lui imprimer une attestation de déplacement. Pour qu’elle ne me demande pas tout le temps des attestations, j’en remplis avec un crayon à papier une partie de l’attestation avec la date du jour et le motif prévisible. Lorsque le motif ou la date change, je n’ai qu’à gommer. Comme moi, je suis un peu flemmarde, c’est ma mère qui fait les courses. Elle sort en moyenne tous les deux jours. Tout dépend de ce qui nous manque à la maison, du pain, du liquide vaisselle… Comme pour tout le monde, le confinement devient de plus en plus lourd pour ma mère. Dés fois elle change d’humeur sans que je sache pourquoi. Elle passe aussi la moitié de ses journées à écouter ou regarder des trucs sur WhatsApp. Dés fois je la sens absente. Cela m’arrive aussi des fois.

Mon père, quant à lui, est au bled, au Sénégal, pour aller rendre visite à la famille. Il est parti mi-mars et compte revenir fin avril, si son vol n’est pas annulé. Pour ce qui est de mes contacts familiaux, comme mes oncles ou mes cousins du bled, on se capte sur WhatsApp, on a de quoi discuter, du corona virus évidemment. Mais je ne suis pas trop joignable sur cette appli, je n’aime pas trop. Le confinement n’y a rien changer. J’y reçois trop de messages vocaux, du coup j’ai la flemme d’y répondre. Il y a des gens qui sont trop réactifs. Dès que je leur réponds, ils réagissent directement alors que moi je mets au moins 2 jours à répondre. Par contre je réponds aux messages écrits.

Ce confinement me rend littéralement folle. Ce n’est pas le fait de rester chez moi en soit qui me dérange mais le fait d’avoir, en plus, des contraintes familiales. En temps normal, lorsque je rentre de cours, je n’ai quasiment pas à faire de tâches ménagères à faire, comme la vaisselle ou le ménage. Toutes ces tâches, je les faisais le week-end… Maintenant, comme nous sommes tous à la maison, tout se salit très vite, ce qui veut dire plus de tâches ménagères. Le plus chiant, c’est la vaisselle. Je ne calcule pas trop le temps que ça peut me prendre mais ça doit prendre au moins 1h par jour. J’utilise ce temps pour me vider la tête en regardant des vidéos YouTube par exemple. Il y a aussi, tâche très ennuyeuse, le linge à étendre. Ma sœur, elle, range le salon. C’est tout. Mais on va dire que chez nous les garçons ne participent pas aux tâches ménagères, surtout quand ils sont petits. Je sais pas pourquoi, c’est comme ça, et c’est tout. Mais parfois je donne quand même à mon frère de 10 ans des petits trucs à faire, comme débarrasser la table et la nettoyer. Quant à mon petit frère de 8 ans, il fait rien du tout, il n’aime pas travailler, “il sert à rien” comme le dirait ma sœur.

Mes deux petits frères âgés de 8 et 10 ans ont besoin de beaucoup d’aide scolaire. Celui qui a 8 ans est en CE1 et l’autre de 10 ans est en CM1. Ils ont aussi besoin d’autorité pour pouvoir se concentrer. Cette autorité, c’est moi ! Je les ai menacés en criant ou avec un fil. Je ne les frappe pas, je pose juste le fil à côté de moi pour les effrayer un peu. Des calculs avec ou sans retenue, de la lecture, du coloriage et du dessin, de devinettes, des histoires à écouter, voilà ce que m’envoie, tous les jours, leurs enseignants sur mon mail. On ne fait des pauses que pour manger. Des fois ils se déconcentrent, parce qu’ils sont fatigués. Je les laisse alors respirer. Le week-end, leurs enseignants n’envoient pas de travail, donc je les laisse s’amuser. Ma mère essaie de m’aider à les aider, lorsque par exemple mes frères ont du coloriage à faire. Elle aide aussi mon frère de 8 ans avec la lecture, mais des fois elle a du mal puisqu’elle n’a pas fait l’école. Mais elle se débrouille bien lorsqu’on fait des calculs simples par exemple. Ma sœur qui est en 6e m’aide aussi parfois quand elle n’a pas de travail. Mais tout cela peut me prendre une grosse demi-journée. Ce qui me met en retard pour mes propres travaux. Bref, avec tout ça je n’ai jamais cru qu’un jour l’école pourrait autant me manquer.

Je comptais utiliser le temps du confinement pour commencer à réviser le bac et terminer mes fiches de révisions, sans oublier Parcoursup. Je dois finaliser mes vœux d’établissements et d’études pour l’année prochaine, et écrire au moins 10 lettres de motivations, une pour chaque vœu. Malheureusement, avec les profs qui nous aspergent de travail je n’ai plus le temps de rien faire. Il me reste exactement 10 jours avant la fermeture de la plateforme et je n’ai toujours pas fini. Mes projets sont tombés à l’eau. Les profs ont créé un Google drive où chacun envoie le travail à faire. Nous avons plus de travail que d’habitude. Je suis saturée. Ils ont aussi créé un groupe WhatsApp pour nous tenir informés des devoirs à rendre ou de l’actualité en rapport avec le bac… Il y a aussi Pronote comme moyen de communications. C’est un logiciel qui permet de voir nos devoirs à faire, nos notes, on peut aussi envoyer des messages aux profs. Du coup, je passe toutes mes journées à faire des va-et-vient entre ces applications et sites web. Je sais que je suis en terminale et que les profs ont des programmes à finir, mais de là à donner un exercice de math un dimanche ? Trop c’est trop !

Bien avant le confinement déjà, je faisais des cauchemars sur mon bac. En ce moment, mes peurs et mes craintes sont bien plus liées à mon bac et qu’au corona. Une nuit, j’ai rêvé que j’étais dans le coma et que je me suis réveillée la veille des épreuves. J’ai paniqué. Je disais à mes parents ” Laissez-moi ! je vais aller réviser demain, c’est l’épreuve de philo !”. Puis je débranche tous les fils. C’est le moment où mon réveil a sonné. Je n’ai jamais été aussi heureuse de l’entendre. Maintenant avec le confinement, malgré le fait que je fournisse plus de travail que si j’étais à l’école, le bac ça craint toujours ! J’ai encore plus peur de le rater.

C’est vrai que l’éducation nationale a mis en place des moyens de faire des cours virtuels, on peut participer au cours en envoyant un message, ou en activant tout simplement le micro. Ils peuvent nous montrer des diapositives ou écrire sur une page comme si c’était un tableau. Je trouve cela bien ! Ça nous permet de poser nos questions à nos profs, de corriger nos exos, presque comme en cours. Mais je suis quand même contente que les profs soient présents sur WhatsApp, sur Pronote sur le drive en cours virtuel…dans la journée. Même si je râle, cela me rassure. Le cas contraire aurait été effrayant.

On va se retrouver avec toutes les épreuves en même temps, en juin, on va voir flou”, comme le dit ma pote. C’est la seule personne avec qui je n’ai pas perdu le contact. Contrairement à l’amie avec laquelle je traine tout le temps en classe, on a perdu un peu le contact. Le quatrième jour du confinement je lui ai envoyé : “j’ai trop de choses à te raconter mais à cause de ce confinement j’ai même plus le temps”. Ensuite, elle m’a rappelée, mais j’avais pas le temps parce que j’étais en train d’aider mes frères. Celle avec qui je suis restée en contact, on parle de tout et de rien à la fois. Avec elle, on pense toujours la même chose, c’est trop bizarre. Dès que je dis quelque chose, elle me dit ” Kandia c’est trop bizarre wesh, je voulais dire la même chose”. Par exemple l’autre jour je lui ai envoyé un vocal pour me plaindre de ma prof qui nous donne beaucoup de travail. Elle répond “eh c’est trop, Wallah je voulais dire la même chose”. Sur Snap on se plaint de notre situation : “Les 2002, on porte trop la poisse !”, déjà qu’avec la réforme, on est obligé d’avoir notre bac. Après, cerise sur le gâteau : le confinement. On échange tellement qu’on a eu des flammes. Si vous n’utilisez pas Snapchat, vous ne savez sans doute pas que lorsqu’on parle beaucoup avec quelqu’un il y a un feu qui apparaît. Le chiffre à côté du feu est le nombre de jours consécutifs pendant lesquels nous avons échangé des messages, des Snaps. Si au cours des prochaines 24h, on ne s’envoie pas de Snap, nous perdrons les flammes. Même si en classe on ne se calcule pas forcément, sur Snap on est les meilleures amies du monde, nous sommes très présentes l’une pour l’autre. En matière de contact, je me rends compte que je préfère le virtuel au réel. Quand je discute avec quelqu’un par messages, je suis beaucoup plus à l’aise que quand je discute en vrai. Je suppose ça doit être la même chose pour elle.

Je n’ai plus le temps de me divertir. Mes loisirs, YouTube et Instagram, sont rarement utilisés par manque de temps. En temps normal, même quand je suis débordée de travail à cause des cours, je trouve quand même du temps pour mes séries, mes vidéos YouTube, ou pour Instagram. Mais maintenant je n’ai le temps de rien faire à cause des contraintes quotidiennes, à quoi s’ajoute les cours à la maison. Les divertissements qui se trouvent à l’extérieur, comme aller au ciné, ou faire du vélo et d’hoverboard avec mes frères et ma sœur, ou encore aller au mc do, je peux m’en passer pendant encore un bon moment. C’est pas indispensable. Mais rester à la maison devient de plus en plus dur pour mes frères. Ils aiment beaucoup trop sortir. Du coup j’ai parfois des conversations tendues avec ma mère :

- “je sais pas comment, mais demain je vais ramener tes frères à la base de loisirs pour aller prendre l’air. Ils en ont marre de rester à la maison.

- Mais, maman, t’as pas écouté les informations ? Ils ont dit : ” RESTEZ CHEZ VOUS !”

- Oui mais c’est juste vite fait.

- C’est à cause de ce genre d’attitude que le virus se propage. En tout cas je veux pas être contaminée, j’ai le bac à passer.

En ce qui me concerne, ça fait 8 jours que je n’ai pas mis les pieds dehors. Comme je n’aime pas sortir, le confinement en soi ne me dérange pas. C’est pas le fait de choper le virus qui me fait peur. Moi j’ai plus peur pour mon bac !

Kandia Dramé

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