Après 5 semaines d’IUT, j’ai envie de tout arrêter

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Après l’obtention de son bac et la fin de ses années lycée, Kandia est entrée en IUT à Rambouillet. Et les choses pourraient mieux se passer.

« Kandia… Kandia…réveille-toi, il est 6 h ». Le 2 septembre 2020, c’était le jour de ma rentrée à l’IUT de Rambouillet et comme tous les matins ma mère me réveille. Même à la fac ma mère continue à me réveiller. Au moins avec elle, je suis certaine de ne pas être en retard. Moi, j’ai la mauvaise habitude d’appuyer sur la touche « rappel » du réveil. Depuis le début de ma scolarité, c’est la première fois que je dois prendre les transports pour aller à l’école. Ça fait d’ailleurs partie des raisons qui font que la rentrée m’a particulièrement préoccupée cette année. L’année dernière pour aller au lycée, je me levais à 7 h 40, lorsque j’avais cours à 8 h 10. Cette année, pour arriver à l’heure, je dois me lever deux heures plus tôt. Chaque matin, le réveil est un vrai défi pour moi parce que je n’aime pas me lever tôt et puis je me couche encore très tard. Je dors plus ou moins vers 2 h. Parce que je travaille le soir, je rattrape mes cours le soir, et je suis plus productive le soir. Mais du coup, je suis très fatiguée quand je vais à l’école. Je suis en train de régulariser mon sommeil, c’est-à-dire que je vais essayer de me coucher plus tôt, comme ça je serai plus en forme et les réveils seront moins difficiles.

Cette année, je savais que ça allait être différent de mes autres rentrées aussi à cause du COVID. Comme tout le monde, en plus du fait que les masques ne sont vraiment pas confortables et qu’on a du mal à respirer, je préfère voir le visage des gens à qui je m’adresse, car le visage est souvent expressif et reflète une personne. Déjà que sans masque, je suis très réservée… Avec un masque ça va être dur pour moi, on ne peut pas vraiment me connaître. Je parais comme quelqu’un de solitaire, et pas sociable, de triste parce que je souris moins, mais quand on me connaît vraiment, je ne suis pas vraiment ce que je reflète.. L’année dernière, les écrans présents au lycée servaient à nous donner des informations liées à notre scolarité. Maintenant, à l’IUT il y n’a plus l’explication des gestes barrières, toute la journée. Mais bon, comme on dit : “COVID oblige”

Début septembre, quand les cours ont commencé, je ne comprenais pas mon emploi du temps, il était tellement bizarre. C’est une camarade de classe du lycée qui est aussi en D.U.T. GACO (Gestion Administrative et Commerciale des Organisations) à Rambouillet avec moi qui me l’a expliqué. Mais on ne se voit jamais à l’IUT à cause justement de l’emploi de cet temps bizarre, et du fait qu’à cause du Coronavirus, à l’IUT toute la promotion GACO est divisés en 4 groupes d’élèves. Tout cela dans le but de respecter les distanciations sociales entre nous. Au lycée, on était juste en demi-groupe pour deux ou trois cours, mais sinon, on était tout le temps en classe entière. Et en plus, il n’y avait pas cette histoire de distanciel/présentiel. Au début, je ne savais jamais si c’était mon groupe avait cours en présentiel ou en distanciel. Je sais que l’IUT s’est organisé ainsi à cause du COVID. En temps normal, tous les étudiants auraient été ensemble en amphi, et en TD en demi-groupes. Avec le Covid, on est en quart de groupe et on est uniquement 5 fois en cours magistraux en amphi, ce qui finalement ne me déplaît pas.

L’avantage d’être à l’IUT de Rambouillet c’est que ça me permet de sortir un peu de Trappes, de sortir de ma zone de confort et de rencontrer de nouvelles personnes, de voir de nouvelles têtes… Ma classe à l’IUT est un peu différente celle du lycée à Trappes où il y avait une majorité d’élèves d’origine maghrébine. A Rambouillet, dans mon groupe de 14 élèves, il y a juste une Asiatique, un Arabe et deux Noirs dont moi, le reste sont des Blancs. Je ne me rends pas forcément compte de comment ceux qui vivent dans les autres villes nous voient, quels sont leurs a priori concernant ma ville. Peut-être que je le saurai plus tard. Pour le moment, je n’ai pas encore eu de remarque parce que je venais de Trappes.

Dans ce nouveau monde, je ne sais pas trop si je vais vivre un choc culturel. Et aujourd’hui, je change juste de ville et non de pays. Les cultures sont censées être les mêmes. Je me suis déjà habituée au changement de culture lorsque j’ai quitté le Sénégal, il y a 4 ans. En 2016, j’avais 14 ans, j’ai quitté le Sénégal pour venir en France. Je suis venu rejoindre mes parents, mes deux petits frères et ma petite sœur. Mon père était déjà là depuis une trentaine d’années environ, ma mère depuis 10 ans et mes trois frères et sœur sont nés en France. Les premières semaines, j’étais très nostalgique, il m’arrivait parfois de pleurer.

Cela fait maintenant 4 ans que je suis en France et j’ai toujours habité à Trappes. Lorsque je suis venue en mars 2016, l’année scolaire était déjà avancée. À la rentrée suivante, on m’a intégrée dans une classe de troisième au collège Gustave Courbet. Ce qui était une bonne chose, car cela signifiait que j’avais un bon niveau scolaire à mon arrivée, et que je n’allais pas redoubler. Mon intégration, c’est-à-dire ma capacité d’adaptation à un nouvel environnement, n’a pas été vraiment dur au niveau de la langue et au niveau scolaire.

Par contre c’était très dur au niveau social, au niveau de ma capacité à me faire des amis. Aujourd’hui encore, cet aspect-là reste à développer. Je n’ai presque pas d’amis, peut-être deux ou trois. En quittant le Sénégal, j’ai quitté beaucoup de choses y compris mes amis d’enfance avec qui je n’ai presque plus de contact. Au Sénégal, j’étais quelqu’un de plus ouverte et joyeuse. Je ne sais pas vraiment ce qui a changé entre temps. C’est peut-être à cause des moqueries que je recevais à cause de mon accent, ou les moqueries liées à mon prénom qui ressemble à la marque de lait « Candia ». Déjà que je quittais mon pays pour un nouveau pays dont je ne connaissais rien, je n’avais pas besoin d’une pression supplémentaire. C’est qu’au niveau scolaire que j’arrivais à me démarquer et à me surpasser. C’est mon point fort. C’est pourquoi je compte bien continuer mes études jusqu’au bout. Bref, cette année, je suis rentrée en IUT et je suis plus rassurée par rapport aux moqueries, car on est censés être plus matures. Jusqu’ici, je n’ai pas reçu de moqueries liées à mon prénom ou à mon accent.

Mes premiers jours de cours se sont bien passés. J’ai pu rencontrer tous les profs. Ce qui est bien dans mon IUT, c’est que malgré le fait que l’on est à l’université, nous sommes encore accompagnés. Dans ce sens, c’est presque comme si j’étais encore au lycée. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui ont fait que j’ai préféré faire un IUT plutôt qu’une licence à l’université. J’ai l’impression que j’ai tellement peur de l’université, la charge de travail, etc. Il y a clairement plus d’autonomie qu’au lycée, moins de notes, des partiels, des gros devoirs à rendre.

Une différence, cette année, en matière d’organisation, c’est que je dois prendre l’habitude de toujours vérifier mes mails, car les profs nous informent par mail des cours sur zoom, des livres à acheter, des devoirs, de l’emploi du temps ou de nous envoyer les cours. Chaque semaine, on reçoit un nouvel emploi du temps, et l’emploi du temps peut aussi changer si par exemple un prof ne peut pas faire cours un tel jour, etc. C’est vraiment très dur quand je reçois plus de cinq mails par jour, ça me stresse, je ne sais pas quoi en faire parfois. Mais, les mails de mon prof de comptabilité et de gestion me donnent beaucoup de courage et me rassurent. Tous ces mails se terminent par : « Je sais que la procédure pour le suivi des cours en amphi et en TD de ce semestre est un peu atypique et particulière mais je suis certain que nous arriverons tous à nous adapter à cette dernière. »

Mes camarades de classe ont créé un groupe snap, pour qu’on puisse s’entraider en envoyant par exemple les cours que les autres n’ont pas pu noter. Sur le groupe, on est très unis. Dès que quelqu’un demande de l’aide ou pose une question, il a une réponse la minute suivante. J’ai même l’impression qu’on est même plus unis sur snap qu’en vrai. En classe, on se parle brièvement. Moi, en tout cas, je suis plus sociable sur snap qu’en réalité. La barrière de l’écran me rassure. Car la vie d’étudiante est dure pour moi. Sur le plan scolaire, je m’en sors pas mal, mais comme d’habitude sur le plan social ce n’est pas le cas. Je reste souvent seule car je n’ai pas forcément les mêmes mentalités, les mêmes délires que mes camarades de classe qui, je le précise, sont quand même sympas. Et en plus, je n’aime pas trop cette idée de groupe, de binôme, de trio. Je ne veux pas être collée à quelqu’un pendant toute l’année.

L’IUT n’est pas si grand. Mon lycée était plus grand. Il y a une mini cantine dans laquelle il y a une longue queue à cause du respect des distanciations sociales. Du coup, je n’y ai jamais mangé pour l’instant. De toute façon je n’ai jamais aimé la cantine, et je n’y ai jamais mangé, car j’ai eu la chance d’habiter toujours près de mes écoles. Les jours où j’ai cours à l’IUT, je ramène mon sandwich et ma boisson, bien contente de ne pas avoir besoin de le faire tous les jours. S’il y avait eu un Mc Do à coté, je crois qu’il n’y aurait personne à la cantine. Un jour on m’a dit qu’il y avait un Leclerc à 10 minutes de l’IUT. Un jour que je n’avais pas eu le temps de faire mon sandwich, j’y suis allée. Ce n’est pas du tout à 10 minutes, le GPS affichait 18 minutes. Je n’avais qu’une heure de pause et finalement, je n’ai eu que 10 minutes pour manger avant que mon cours commence.

Ce que je déplore néanmoins, c’est le fait qu’il n’y ai rien à côté de l’IUT. Mon lycée est situé au milieu de nulle part. Ça ne change pas l’image campagnarde que j’ai toujours eue de Rambouillet. Il n’y a que des champs. Le bus que je prends à la gare de Rambouillet ne passe pas par le centre-ville, mais le long de champs. On m’a pourtant dit qu’il y a une partie de Rambouillet avec tout ce qu’il faut, un centre commercial avec Mc do.

Ce qui est vraiment le plus compliqué cette année, ce sont les transports, qui constituent un véritable coup de stress permanent pour moi. Un jour, j’ai dû courir de Pergaud, mon quartier, à la gare de Trappes en seulement 15 minutes parce que je croyais que le bus était déjà passé. Mais en fait, le bus s’est mis à passer devant moi pendant que je courrais. À mon arrivée à la gare, le train était encore sur le quai. J’avais eu chaud ce jour-là.

Un autre jour, le bus était passé à l’avance. Je l’ai donc raté, sauf que cette fois-là, je n’ai pas eu la même chance que la dernière fois. J’ai couru jusqu’à la gare. Á mon arrivée à la gare, essoufflée, le train était en train de partir. Je l’ai regardé fixement. J’ai eu vraiment envie de pleurer, j’avais couru pour rien. J’ai quand même pris le prochain train qui était à 20 minutes plus tard. Je ne sais pas vraiment comment ça marche, mais je pense qu’il devrait y avoir plus de bus et de trains chaque heure, genre quatre à cinq fois par heure et pas seulement deux ou trois fois. C’est trop peu. C’est pour tout cela que je suis en train de passer le permis. Il me le faut absolument. En juillet 2019, je me suis inscrite au code de la route dans une auto-école près de chez moi. J’ai eu mon code, et j’ai commencé mes heures de conduite les week-ends. J’avais déjà payé 20 h de conduite à l’avance grâce à ma bourse. Normalement, je devais passer mon permis pendant les grandes vacances, mais par manque de moyens, je n’ai pas pu. J’ai dû travailler pendant un mois en tant qu’animatrice à la mairie de Trappes pour pouvoir payer d’autres heures de conduite.

Ce jour-là en tout cas, je suis arrivée à 8 h 45 à l’IUT et ma prof d’Anglais m’a acceptée dans son cours malgré mes 15 minutes de retard. Dans mon IUT, on a droit à 5 absences justifiées et 5 non justifiées par semestre, donc j’ai une pression supplémentaire parce que je risque de ne pas valider mon semestre si je dépasse ce nombre. Je ne rigole pas avec ça cette année parce qu’on peut redoubler à cause du nombre d’absences. C’est dommage, parce qu’à la fac de Saint-Quentin, qui est dans une ville limitrophe de Trappes, ils n’ont pas de pression liée aux absences et pas trop de contraintes pour les transports. Et en plus, la majorité de leur cours se fait en distanciel.

Après mon retard, je me suis dit que je suis aussi fautive. Je me suis dit que j’aurais peut-être pu me lever plutôt et prendre le bus d’avant pour arriver à l’heure. Mais finalement je ne me vois vraiment pas me lever à 5h30 pour aller en cours. Ce n’est vraiment pas possible pour moi. Quand je me déplace à Rambouillet, je commence à 8h30 et je finis les cours à 18 h 30. La majorité d’entre nous rentre tard le soir, du fait que nous habitons loin. Personnellement, j’arrive à 19 h 50 si tout se passe bien, sans bouchon ou de retard de bus en sortant de l’IUT. Quand je rentre, je revois mes cours, je les rattrape, je fais mes devoirs, et je me couche tard. Me lever vers les coups de 5 h serait impossible.

Franchement, à cause de tout cela, j’ai peur pour la suite, je commence à me poser beaucoup de questions au bout de 5 semaines de cours seulement. Est ce que je vais réussir à tenir deux ans comme ça ? Peut être que j’aurais finalement mieux fait d’aller à la fac directement. Je sature beaucoup trop et beaucoup trop tôt.

Kandia Dramé

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