Après 3 ans en France en provenance de la Sierra Leone

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Comment cela se passe‐t‐il quand on arrive de Sierra Leone à 15 ans, qu’on ne parle pas français et que l’on doit s’intégrer rapidement pour pouvoir continuer efficacement ses études ? Retour d’expérience après 3 ans de présence en France.

« Quand on m’a dit que j’allais venir en France, j’ai trouvé ça super puisque j’allais vivre avec mon père. Sur le coup je n’étais pas triste ». Mariama (le prénom a été modifié) est arrivée en janvier 2016 à Trappes à l’âge de 15 ans. Avant sa venue en France elle vivait en Sierra Leone, un pays d’Afrique de l’Ouest situé au nord du Liberia et au sud de la Guinée, connu pour les plages de sable blanc qui bordent la péninsule de Freetown, ville portuaire située au nord du pays et capitale de la Sierra Leone. « Quand je suis née ma mère n’avait pas les moyens de s’occuper de moi, alors elle m’a amenée de Guinée en Sierra Leone pour que ma tante s’occupe de moi », confie Mariam. Elle vivait avec la grande sœur de sa mère, son mari et ses 3 grandes cousines, « dans une petite maison avec une seule chambre et un salon pour 6 personnes. C’était pas évident », avoue‐t‐elle. Pour ce qui est des conditions de vie, « je peux dire que c’était moyen », ajoute‐elle. Mariam ne savait même pas que sa tante n’était pas sa mère : « J’appelais ma tante “maman”, et j’appelle ma mère “tante”, car je faisais comme mes cousines. C’est vers l’âge de 10 ans que j’ai su que ce n’était pas ma vraie mère, mais même aujourd’hui je l’appelle toujours maman. Et ma tante m’aimait beaucoup, j’étais comme sa fille », raconte‐t‐elle. Le seul problème c’était avec le mari de sa tante qui ne la considérait pas comme sa fille et qui souvent l’ignorait, donc c’était difficile pour elle…

Toutes les grandes vacances, elle partait en Guinée, à Conakry, pour aller voir la famille de son père, c’était obligé : « Comme je passais toute l’année avec la famille de ma mère, dès qu’il y avait les vacances, mon oncle, le petit frère de mon père appelait pour que je parte passer du temps avec eux en Guinée. C’était comme ça depuis que j’étais petite. »

Mariam a quitté la Sierra Leone pour la France parce que son père a décidé qu’elle allait venir en France pour vivre avec lui, et pour étudier afin de pouvoir plus tard aider la famille de sa mère : « Je ne peux pas dire que c’était pour des raisons économiques, puisqu’on s’en sortait », souligne‐t‐elle. Ce n’était pas dur pour elle de quitter son pays puisqu’au début elle ne réalisait pas trop ce qui se passait. Elle pensait que les manières de vivre allaient être presque pareilles. Comme elle était mineure et qu’elle ne parlait pas français, elle est arrivée en France avec la sœur de son père, qui travaille à l’aéroport de Guinée. Depuis, elle a toujours habité à Trappes, dans le quartier Jean Cocteau, avec son père, en France depuis 2001, sa belle‐mère et ses deux petites demi‐sœurs, son père s’étant remarié entre temps. Mais quand il s’agit de l’histoire de sa famille, elle reste très pudique.

« Quand je suis arrivée en France le truc dont je me souviens le plus c’est qu’il faisait froid, j’ai jamais connu ça moi », décrit‐elle. Ensuite, ce qui l’a impressionnée c’était l’architecture, qu’elle trouvait très originale. Quand elle a quitté son pays elle ne s’est pas rendu compte tout de suite des inconvénients de vivre dans un autre pays. « 2016 a été l’une des pires années de ma vie », précise Mariam. Elle était désorientée par rapport à la langue, elle n’arrivait pas parler le français donc elle s’est sentie seule et perdue, surtout en ce qui concerne sa scolarité : « Je ne savais pas comment j’allais faire pour continuer l’école, puisque j’étais au déjà au lycée quand j’étais en Sierra Leone », ajoute‐elle. Elle ne savait pas si elle allait continuer au lycée ou retourner au collège. « Je me suis même dit que c’était mort pour mes études, mes rêves étaient foutus. J’avais plus d’espoir », précise‐t‐elle. Elle avait l’impression de tout recommencer, socialement et scolairement, comme si elle était au CP : « J’ai commencé par l’alphabet », regrette‐elle.

Le côté relationnel a aussi été dur puisqu’elle n’est pas très sociable. A l’école, lieu qui était presque le seul endroit où elle était en interaction avec les autres, les moqueries par rapport à son accent quand elle essayait de participer en cours ne lui ont pas facilité la tâche. Mais ce qui lui manquait le plus c’était sa famille et ses amis. Elle se souvient et regrette ces moments quand, presque tous les soirs, « après le dîner autour d’un petit bol de cacahuètes », la famille se réunissait pour se raconter des histoires.

Quand elle est arrivée en France en janvier 2016, elle devait faire un test de niveau prévu pour le mois de mars afin de déterminer son niveau pour savoir dans quelle classe elle irait. En attendant ce moment, elle prenait des cours de français dans une association de Trappes dont elle ne se rappelle plus le nom : « C’était avec une dame qui m’a beaucoup encouragée, elle disait de ne pas baisser les bras. » Cela l’a beaucoup aidée.

Après le test, elle est affectée au lycée Jean Perrin de Saint Cyr l’école, dans les Yvelines, mais pour l’année scolaire suivante. À Jean Perrin elle était dans une classe spéciale appelée UP2A pour les élèves étrangers ne pouvant pas parler français ou qui avaient des difficultés, où elle a pu se faire des amis : « Il n’y avait pas de moqueries puisqu’on était tous pareils. » Cela lui a permis de s’intégrer plus rapidement. « Il y avait des gens qui parlaient anglais comme moi, d’autres l’espagnol ou le portugais », expose Mariama. « Au début c’était compliqué mais on a travaillé dur pour réussir » se souvient‐elle avec fierté. Au milieu de l’année, comme elle progressait bien, Le lycée Jean Perrin lui a proposé de faire un stage au lycée de la Plaine de Neauphle de Trappes : « Ils m’ont dit que j’aurais peut‐être le niveau pour intégrer un lycée général alors que normalement je devais aller dans un lycée professionnel .» Après le stage qui a duré deux mois, la proviseure du lycée de la Plaine de Neauphle lui a demandé si elle voulait rester pour y étudier. Elle lui a répondu qu’elle voulait rester à la Plaine car c’était plus proche de chez elle, et son stage lui a permis de voir comment ça se passait au lycée de la Plaine de Neauphle puisqu’elle devait rentrer en seconde l’année scolaire suivante. En seconde, c’était très dur au début, sachant que c’était le lycée général. Mais à la fin, elle s’est améliorée : « il y a des matières où j’arrivais à avoir la moyenne, et dans d’autres où c’était catastrophique, comme le français ou l’espagnol », expose‐t‐elle.

Le système scolaire français est très différent de celui du système scolaire Sierra Léonais. Alors que sa langue maternelle est le peul, et que la langue nationale en Sierra Leone est le créole, l’anglais est la langue qu’ils apprenaient à l’école. Elle se souvient qu’en primaire, elle était dans une école publique : le matin il y a la moitié de l’école qui vient et l’autre moitié vient l’après-midi : « Au collège et au lycée, j’étais dans une école privée et on portait des uniformes, les mêmes chaussures de couleur noire et des chaussettes de couleur blanche », raconte‐elle. Dans certaines écoles ou pendant certaines années, ils pouvaient pratiquer des langues vivantes comme le français et parfois non : « Cela dépend des présidents », ajoute‐elle. Mariam aimait bien le français : « J’avais de bonnes notes en français, même si c’était que la base qu’on étudiait, dommage que cela ait duré juste une année ». Elle commençait à 8h et terminait à 14h. Après elle n’avait pas cours l’après-midi. Comme ça, « après l’école on peut faire d’autres activité, des loisirs, se changer les idées », ou bien par exemple aider sa tante, qui était une commerçante qui vendait des fruits de saison : « J’aimais bien l’aider à vendre après l’école même si elle ne le voulait pas. Mais elle était très fière de moi », souligne‐t‐elle.

Pour Mariama, à part l’emploi du temps, le système scolaire français est très bien : « C’est très organisé, les élèves ici ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont. Ils ont des moyens qui leur facilitent l’apprentissage » constate‐t‐elle. Des moyens comme par exemple un CDI, des assistants pédagogiques ou AP, une assistante sociale, l’infirmière ou encore la conseillère d’orientation. Et puis le dispositif d’aide aux devoirs mis en place par la mairie de Trappes, des bibliothèques gratuites comme la médiathèque : « On n’a pas tous ces dispositifs en Afrique ». Le dispositif qu’elle trouve le plus avantageux, c’est les AP : « Ils t’aident dans tes difficultés ». Elle n’a pas été tout de suite au courant de l’existence du dispositif d’aide aux devoirs de la mairie de Trappes, un dispositif qui a bien marché pour l’une de ses amies qui venait aussi d’arriver en France. « Quand elle est arrivée, elle s’est inscrite à l’aide aux devoirs et elle a eu son brevet avec mention bien. Et la mairie de trappes lui a offert un ordinateur à la soirée des réussites »

En première, elle a commencé à avoir confiance en elle, contrairement à la seconde : « Je n’arrivais même pas à participer car les camarades de classe se moquaient de mon accent. Mais ma famille m’a donné la motivation de continuer, de progresser en français. Surtout mes petites sœurs qui me parlaient toujours en français ».

En première, Mariam a fait de nouvelles rencontres, dont une camarade de classe qui l’a aidée à prendre confiance : « Elle m’a dit qu’elle aussi était dans la même situation, mais qu’elle avait fini par avoir confiance en elle . Je me sens très bien maintenant » ajoute‐elle. Ses difficultés scolaires se sont presque envolées, et elle a les mêmes difficultés que les élèves qui sont nés en France, bien qu’elle ait encore quelques problèmes liés à la communication, et toujours une crainte d’aller vers les gens de peur d’être rejetée ou de subir des moqueries. Elle maitrise parfaitement le français, même si elle est parfois perplexe par rapport aux mots d’argot. Mais elle ajoute qu’elle est fière d’elle-même d’avoir réussi à intégrer l’enseignement général en section ES. Cette filière est vraiment son choix, elle l’aime bien. « Mon objectif c’est le bac », dit Mariam avec détermination.

Plus tard, elle voudrait devenir chef comptable. « La comptabilité m’a toujours plu et me voilà en train de réaliser mon rêve », raconte‐t‐elle. Après le bac, elle voudrait faire un DUT en comptabilité, puis une licence pro : « comme ça, ça me fera trois années d’expérience », détaille‐t‐elle. Restera‐t‐elle en France ? « L’avenir nous le dira. » Mais si elle en a la possibilité, elle souhaite aller en Angleterre. Elle n’envisage pas un retour en Afrique pour y vivre, mais pour des vacances et pour voir la famille. « Pour le travail, ce n’est pas le même salaire. Économiquement, la France c’est mieux, je pourrai plus facilement aider ma famille plus tard »

Kandia Dramé

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