Antonin Moulart : “On veut changer l’alimentation dans notre quartier”

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Constituée en octobre 2016, l’Asso’Régal propose un véritable changement dans l’alimentation des habitants du Pont du Routoir, au nord-est de Guyancourt (78). Rencontre avec Antonin Moulart, un des habitants-fondateurs de l’association, à la boulangerie-pizzeria qui accueille l’épicerie solidaire ce mois-ci.

Comment est née l’idée de créer une association pour l’alimentation biologique et locale au cœur d’un quartier populaire ?

L’idée part d’une lutte du côté de la “Petite minière”, un champ à proximité du Pont du Routoir, appartenant à L’INRA (Institut national de la recherche agronomique). À l’été 2015 il y a eu des rumeurs de vente du terrain. Alors, avec quelques militants écologistes de Saint-Quentin en Yvelines, nous nous sommes dit qu’il fallait absolument se mobiliser afin de convertir ce terrain en espace agricole pour une alimentation saine. Nous sommes intéressés à l’idée de changer l’alimentation de notre quartier en aidant à l’installation de producteurs locaux, qui permettent de mieux vivre et de se régaler. C’est le thème de notre association.

Comment ce projet a été accueilli par les habitants du Pont du Routoir ?

Les habitants c’est nous ! Alors le projet a été bien accueilli. L’Assos’Régal s’est constituée en octobre 2016 et aujourd’hui nous sommes 130 adhérents.

Au Pont du Routoir il y a des quartiers plus défavorisés que d’autres, les habitants de ces quartiers ont-ils pu s’approprier du concept ?

Il y a des habitants plus informés de ces initiatives et qui nous rejoignent plus vite. D’autres, issus des endroits plus populaires nous rejoignent, mais dans une moindre proportion. Cela reste difficile de toucher cette population car les gens qui ont lancé cette association ne vivent pas dans ces rues-là. Il y a aussi une difficulté à faire le lien avec la municipalité. On aimerait bien être présents sur ces territoires mais nous n’avons pas de salle.

Alors comment faites-vous pour échanger avec les habitants des quartiers populaires ?

Nous lançons une épicerie participative en circuit court alimentaire. Elle sera en face du SuperU, très proche des HLM de Versailles Habitat. C’est un groupement d’achat qui permet d’acheter des produits à des prix professionnels que nous redistribuons sans marge. On arrive à des prix avantageux sur des produits locaux d’excellente qualité. C’est aussi dans le but de soutenir des productions locales et en même temps de rendre accessibles ces productions à toutes les bourses.

Cette épicerie locale, l’Épi du Routoir ouvrira le 22 septembre prochain. Que va-t-elle apporter au quartier ?

Concrètement, un espace de vie sociale. Car ce qui manque, c’est de la vie sociale dans le quartier. Tous les mardis et vendredis les gens pourront se rencontrer quand ils viendront faire leurs courses, prendre un café ou discuter à l’intérieur de la boulangerie-pizzeria qui nous accueille. Cela peut soulager quelques bourses et en même temps permettre aux habitants du quartier de mieux se nourrir pour une meilleure santé et pour répondre à l’urgence climatique.

Après un an d’existence, l’association est-elle plus accessible aux habitants du quartier ? 

Oui, il y a 3 AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) sur le quartier donc 75 paniers de fruits et légumes distribués. Nous étions au Forum des associations de Guyancourt et on sent que les gens sont très intéressés par ces questions. Nous avons énormément de demandes, plus que de paniers disponibles. Notre problématique c’est surtout d’installer des agriculteurs sur la ville ou en périphérie de la commune de façon à ce qu’il y ait plus de production.

Quelles sont les contraintes de ce type de projet ?

Il n’y a pas de foncier disponible et les pouvoirs publics n’ont pas une grande appétence pour aider à identifier des terrains. Il y a aussi des contraintes de moyens en termes d’espace pour se réunir, car nous sommes nombreux, et des contraintes financières. Enfin, il y a des contraintes liées à l’environnement urbain. Il y a une certaine inertie dans la ville qui est difficile à combattre.

Assos’Régal a mis en place des bacs de jardins partagée dans l’Allée du commerce, comment ça se passe ?

Avec quelques personnes de l’association, nous sommes allés sur les quartiers et nous avons construit des bacs avec les enfants. Ils ont été très demandeurs, au final c’est eux qui les ont construits et nous les avons accompagnés. Ces bacs se trouvent actuellement au pied des HLM et ils vivent ! C’est la fin de saison, mais tout l’été ils ont été magnifiques, abondants. Nous avons d’excellents retours des habitants, ils ont pris soin des bacs. On n’a pas attendu d’accord particulier ni du bailleur ni de la ville, nous nous sommes adressés directement à ceux qui utilisent les lieux. On leur a demandé s’ils avaient envie de ces bacs et les personnes croisées nous ont dit immédiatement dit “oui”. Ces bacs ont été cassés deux fois par des adolescents qui jouaient dedans en les prenant pour des baignoires. On ne s’est pas découragé et Jacques a fait un super travail de lien avec eux. Une autre fois, des policiers se sont mis à chercher des choses dans la terre et ils n’ont rien remis en place. C’est pas cool que des représentants de la loi viennent mettre le bordel et repartent sans ranger alors que c’est un lieu qui nécessite que tout le monde en prenne soin. Ça m’a vraiment choqué.

Y’a t-il d’autres projets mis en place dans le quartier de l’Allée du commerce ?

C’est un espace très sale parce qu’il n’y a pas suffisamment de ramassage d’ordures, il y a des papiers partout, etc… Les habitants se sentant négligés, ils ne prennent pas soin de leur espace public. D’ailleurs la ville et le bailleur se renvoient la balle en termes de prestation de nettoyage. Avec les enfants nous avons organisé une action « Déchet Go ! », un peu à la « Pokémon Go ! », avec des petites pinces sous forme de jeux. Mais ce n’est pas à eux de le faire, c’est la responsabilité du bailleur, car c’est eux qui touchent les loyers.

Comment envisages-tu l’avenir d’Assos’régal ?

C’est un avenir qu’on envisage collectivement. On va lancer une nouvelle campagne, puisque nous allons bientôt atteindre les 150 familles guyancourtoises en route vers l’autonomie alimentaire. Ce qui est sûr c’est qu’il y aura un axe très fort sur la coopération économique. Il y a des grosses envies de café associatif, de créer un espace de vie sociale accessible à toutes les bourses.

Propos recueillis par Tristan Péribois

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Infos de l'auteur

Tristan Péribois

Dionysien de naissance mais Guyancourtois de cœur, j'ai grandi entre Guyancourt, Montigny et Voisins. Passionné de lecture, d'écriture et de politique, j'ai crée un blog "Elections Guyancourtoises" et participé à la rédaction du journal local "Le Complément". Le Trappy Blog est une nouvelle étape dans mon engagement.