A la Trappy’ School avec Adrien Chauvin

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Le samedi 19 Novembre avait lieu la quatrième Trappy School. Bien installée dans la salle Boissière, à Trappes, l’équipe du Trappy Blog recevait autour de quelques bonbons Adrien Chauvin, ancien rédacteur en chef du Bondy Blog. Récit d’un moment de partage durant lequel on a pas mal débattu du rôle que doit jouer un(e) journaliste.

Des tas de vêtements ont envahi la salle en raison d’une distribution prévue le lendemain. Mais qu’importe. La seule chose qui importe pour les blogueurs présents est de faire la connaissance d’Adrien Chauvin. D’emblée, notre invité veut « savoir à qui il a affaire ». Adrien Chauvin s’intéresse à ses interlocuteurs. C’est donc parti pour un petit tour de table : Salma, Emma, Guillaume, Makan, Tristan et moi nous présentons. Après nous avoir demandé nos thématiques préférées et les sujets sur lesquels nous avons écrit au Trappy Blog, il rentre de suite dans le tas et lance un débat, comme pourrait le faire un professeur :« Qu’avez-vous pensé de Nuit Debout ? ». Adrien nous regarde tous de ses grands yeux bleus, dans l’attente d’une réponse. Sa voix à la fois calme et grave, peut en impressionner certains. Salma finit par se lancer : « C’est un truc qui a fait beaucoup de boucan pour rien. ».

Puis vient la question qui tue : « Qui veut devenir journaliste ? ». Seuls quatre d’entre nous lèvent le doigt. « Pourquoi ?, quel est le but d’un journaliste ? » Continue-t-il, toujours sur le même ton. Pour l’ancien rédacteur en chef du Bondy Blog « le journalisme fait partie depuis longtemps de ces métiers mal aimés. Je ne cherche pas à redorer le blason du métier, mais pour moi, le but d’un journaliste est de raconter des histoires. » affirme-t-il.

« J’entends souvent que l’objectivité fait parmi les qualités que doit montrer un journaliste, mais l’objectivité n’est pas bonne » continue t-il . Il conclut son petit speech sur l’objectivité : « L’objectivité dans le journalisme n’existe pas et ne doit pas exister ». Que signifie cela ? Notre invité nous propose un petit exercice. Prenons l’exemple d’un reportage sur le chômage. Le point de vue duquel on décide de traiter le sujet, ou « l’angle » en langage journalistique, est en effet déjà une marque de pure subjectivité, car c’est le journaliste qui le choisit. On peut interroger un ministre, un représentant de syndicat ou bien un chômeur : le résultat sera à chaque fois différent. « Les bons angles sont souvent les questions les plus enfantines » nous rappelle celui qui est plus intéressé par des histoires qui se déroulent dans une petite épicerie ou un bar PMU de quartier que par le discours de politiciens. « La réalité, c’est ce qui ce passe sous ta fenêtre », selon lui, et c’est à ça qu’un journaliste doit s’intéresser. Les portraits et les reportages sur le terrain sont d’ailleurs ses genres journalistiques favoris. Il n’est pas avare de conseils sur le sujet et les donne sans fioritures : « Dans un portrait, on doit tout voir de la personne. Si elle arrive en retard pour l’interview, il faut le dire. En général, quand je lis un portrait, j’ai soit envie de boire un coup avec le type, soit j’ai envie de lui mettre mon poing dans la figure ». Pareil pour un reportage : « S’il y a du bruit, le lecteur doit pouvoir les entendre, si ça sent la frite, on doit sentir la frite ».

Sa vision du journalisme, Adrien Chauvin l’a héritée de son parcours personnel. L’homme de 35 ans intègre l’équipe du Bondy Blog en 2008 et en devient le rédacteur en chef de 2011 à juillet 2016. Avant ça, il suivait une formation en Histoire à l’université et préparait une thèse portant sur les relations entre la migration italienne en Amérique et la mafia sicilienne. Durant son cursus, il se retrouve à effectuer un stage au sein de la rédaction de « Courrier International », journal qui regroupe des articles issus de la presse étrangère traduits par une équipe de traducteurs, « Un chouette canard » nous dit-il. Adrien a étudié un semestre à Grenade, et est allé à Rome plusieurs mois dans le cadre de son mémoire. Ses compétences en italien et en espagnol lui permettent d’être en charge de la sélection des meilleurs articles de ces deux pays. Ceux qui y travaillent ont un profil bien particulier « entre journaliste, traducteur et universitaire » nous raconte-t-il, en somme, des auteurs en plus d’être journalistes. Un journal, et un journalisme, pas comme les autres, qui le marquera et auquel il prendra goût. Il a également été pigiste pour Direct Matin en charge de la Seine-Saint-Denis, de 2010 à 2013, à l’époque ou le journal gratuit était en partenariat avec Le Monde. Une occasion pour lui de « raconter des histoires » sur des quartiers populaires puisqu’il est amené à se rendre régulièrement sur le terrain. Il habite à présent depuis plus de 12 ans dans le 93 et intervient souvent dans des écoles afin de sensibiliser les élèves aux médias et à leur utilisation.

Pourquoi ces interventions ? Parce que le traitement médiatique de l’actualité dans les quartiers populaires ne lui plaît pas. D’ailleurs, lorsqu’il nous demande notre avis sur la question, beaucoup d’entre nous le jugent trop axé sur ce qu’il y a de négatif et surtout, trop placé du point de vue des politiques, des autorités, mais pas assez du point de vue de ses habitants, qui la connaissent pourtant mieux que personne. Salma évoque le traitement des évènements qui se sont produits à Trappes en 2013 : « C’était n’importe quoi, j’avais l’impression de voir un autre monde, j’étais dégoûtée. ». La banlieue, un autre monde ? C’est aussi l’impression qu’en a Adrien lorsque les journalistes parlent des quartiers populaires : « Pour un journaliste, j’ai l’impression que c’est plus exotique de se rendre en banlieue qu’à Bornéo ou Sumatra. Quand on veut parler d’un milieu, qu’on ne connaît pas, on y vient le matin, le midi, le soir, le week-end. ».

Notre rencontre se termine par quelques conseils, toujours sur un ton bienveillant : « Écrivez pour vous faire plaisir » et « Quoi qu’il arrive, écrire vous servira toujours », deux conseils que les bblogueursdu Trappy Blog présents retiendront, c’est certain. Adrien, toujours comme un professeur, nous a même proposé d’animer dans le futur quelques ateliers pratiques. Nous le croiserons peut-être à nouveau, qui sait ?

Katia Nunes

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Infos de l'auteur

Katia Nunès

Versaillaise qui vit maintenant à Guyancourt, amatrice d'arts en tout genre qui aime aussi parler de société, d'éducation et d'inégalités. Curieuse de tout et qui aime apprendre des autres, le Trappy Blog est pour moi un moyen de partager mes expériences et les questions que je peux me poser.