3ème semaine de travail salarié : Je deviens une ancienne dans l’équipe

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Kandia a trouvé un job d’été proposé par la mairie de Trappes, en vue d’accompagner des jeunes pendant les vacances scolaires. Récit de sa troisième semaine de travail salarié.

lundi

Aujourd’hui, nous sommes à effectif réduit, de nombreux membres de notre équipe sont partis en vacances ou sont sur des activités hors de notre site. À 13 h avant l’arrivée du public, Marie-Christine, Aminata, Myriam et moi nous nous sommes battus avec les parasols qui ne tenaient pas à cause du vent qui était très fort. Ils ont fini par “ rendre l’âme” d’après Marie-Christine. Le vent était plus fort. C’est à la fois drôle et absurde la manière dont presque tous les parasols se sont cassés. Comme de par hasard, tout cela arrive le jour où nous recevons la visite du maire.

À 14 h, de nouvelles structures gonflables sont arrivées, mieux que la précédente, puisqu’il y a moins de surveillance à faire. Et elles plaisent plus aux enfants parce qu’il y a un parcours à faire. On les a fermées à 15 h environ pour que les enfants puissent aller faire les autres ateliers, aller à la rencontre d’intervenants venus exprès pour eux, et notamment Rémi, un musicien trompettiste, venu avec des maracas, des tam-tam, des trompettes, des balafons et pleins d’autres. Il restera avec nous jusqu’à jeudi, de 14 h à 17 h 30, parce que c’est la semaine de la musique. “ Monsieur, c’est quoi la différence entre le balafon et le xylophone ? ” demande Mabissa, une jeune fille de 12 ans à Rémi. “Le xylophone, c’est du métal alors que le balafon, c’est du bois, tu vois ? Ce n’est pas le même son” lui répond Rémi. Grâce à la question de Mabissa, j’ai aussi appris quelque chose. Rémi est hyper gentil. Tellement qu’il se laisse déborder par les enfants. Dés fois Mélanie ou Alfa, mes responsables, interviennent en essayant de proposer autre chose aux enfants pour que l’atelier musique ne soit pas trop rempli. C’est l’un des seuls ateliers où les enfants sont libres parce que Rémi les laisse faire.

Vers 16 h, je suis allée à l’espace création pour faire des moulins à vent avec des cartes à gratter. Il faisait très chaud. “Moi ma piscine est dans mon jardin et on va y aller après” me raconte une jeune fille de 5 ans sans que je lui demande quoi, ce soit. Mais j’aime bien qu’ils me racontent un peu leur vie, c’est drôle.

Vers 18 h, Mélanie me demande de bien mettre mon masque. J’ai du mal avec les masques, je me sens étouffée dedans, mais on est obligés. Elle a aussi demandé de fermer les structures et les ateliers, car le maire, Monsieur Ali Rabeh, sera là dans très peu de temps. À 18 h 30, le maire arrive. Les enfants étaient à la fois contents de le rencontrer et à la fois un peu dégoûtés qu’on arrête les jeux et activités. Surtout les collégiens, sachant que la venue du maire ne les concernent pas tant que ça. Il est venu donner des cahiers de vacances offerts par Auchan aux enfants en primaire, pour qu’ils puissent être prêts pour la rentrée. Avant la remise des cahiers, le maire fait des annonces concernant la rentrée prochaine. “À partir de septembre, vous n’aurez plus école le mercredi. Par contre vous aurez école le dimanche” plaisante-t-il. Les primaires n’auront pas école les mercredis, mais des activités seront proposées aux enfants qui veulent venir les mercredis matin. “Est ce que ça sera pareil pour les collégiens ?” demande un garçon de 12 ans. La réponse est négative, la mairie ne gère pas les collèges, mais que les écoles primaires et maternelles. Après la distribution des cahiers de vacances, certains enfants ont pris des photos avec le maire.

Quand il est parti, c’était déjà l’heure de fermer, désinfecter et ranger. À la réunion bilan, Mélanie a dit qu’une de nous trois entre Myriam, Aminata et moi, allons à la sortie au parc Saint-Paul avec nos deux collègues Lévi et Daniel. Je me suis direct désignée. Espérons que cette fois-ci, je vais y aller même si je n’ai pas encore fini mon Bafa.

Mardi

Aujourd’hui, en arrivant à 13 h, je vois Marie-Christine en train d’essayer de trouver des solutions pour que les gens aient de l’ombre, tous nos parasols s’étant cassés hier à cause du vent. Marie-Christine a tout le temps des bonnes idées, elle est juste géniale. Elle a eu l’idée d’accrocher des sortes de nappe en triangle qui servent à faire de l’ombre pour qu’on puisse au moins y mettre deux chaises et des transats pour enfants. Mais le vent est fort aujourd’hui aussi donc on ne cesse de les surveiller. Du coup, on ne cesse de les surveiller. Ifrahim, Aminata, Myriam, Yasmine, Marie-Christine et moi avons tout fait pour les maintenir.

Lorsque j’ai vu Sandrine, je lui ai souhaité bonne chance et bon courage parce qu’aujourd’hui commencent les inscriptions pour la sortie au parc Saint-Paul. C’est une sortie avec beaucoup de demande, mais avec 27 places disponibles, et une liste d’attente. Depuis 13 h 40, il y a déjà du monde qui attend devant la grille alors que nous ouvrons à

14 h. Je ne serai pas à l’accueil aujourd’hui. J’ai décidé de rester sur le site. À l’ouverture du site, des enfants voulaient aller dans les structures, je suis donc partie avec eux. “ Makandia, tu peux dire top” me demande une fille de 9 ans de mon quartier qui voulait faire une course dans la structure. Elle m’appelle Makandia, car, c’est comme ça qu’on m’appelle chez moi et c’est comme ça que les gens du quartier me connaissent. À 15 h, “J’invite les animateurs à fermer les structures et les ateliers et que tout le monde vienne se mettre au milieu” annonce Alpha au micro. Un intervenant est venu initier les enfants à la capoeira, un art martial afro Brésilien, ludique et acrobatique. Les enfants adorent. Ils sont presque tous venus le faire. Même moi, je l’ai fait.

Vers 16 h, épuisé par la capoeira, je suis allée à l’espace création où Marie-Christine décorait avec les enfants des cerfs-volants à customiser et à monter. C’est facile, au point que même une petite fille et un petit garçon de deux ans ont fait du gribouillage sur leur cerf-volant. Quand, à 17 h, c’était l’heure de faire sortir les gens pour désinfecter pendant une demi-heure, Marie-Christine, Mélanie et moi sommes sorties avec les enfants pour aller faire voler leur cerf-volant. C’était trop cool même si “ça aurait était bien si on avait fait l’activité hier” regrettons nous tous en cœur, le jour où le vent était tellement fort qu’il a cassé les parasols. “Vous faites fureur, il y a des cerfs-volants partout” ajoute Mélanie. En tout cas, moi, j’ai appris à faire voler un cerf-volant, c’est la première fois que j’en fait de toute ma vie.

À 17 h 30, on est rentrées dans le site pour aller en faire avec les enfants qui n’en avaient pas. “On peut les ramener à la maison” demande un garçon de 11 ans, “Ouais, c’est ton cerf-volant” lui répond Myriam. Ils sont partis comme des petits pains. Nous en avons donné une bonne cinquantaine. Et le site s’est transformé en un terrain de cerf-volant. Même les parents s’y mettent et aident leurs tout petits. À 19 h, 30 Alpha annonce la fermeture du site, mais les enfants voulaient encore rester.

Mercredi

Aujourd’hui, à mon arrivée à 13 h, je me suis rendu compte que tous nos parasols n’avaient pas “rendu l’âme”, il y en avait que deux qui se sont cassés. Comme il n’y a pas de vent aujourd’hui, nous les avons ouverts. Vers 13h40, nous avons fini de tout mettre en place. Comme l’ouverture du site est à 14 h, je suis allée sur mon journal, Instagram. C’est là que je m’informe sur l’actualité de mon pays d’origine, le Sénégal, tout ça avec un peu d’humour, rien avoir avec les journaux télévisés. Par exemple, lorsqu’il y a une polémique sur une affaire au Sénégal, c’est sur Instagram que je comprends de quoi ça parle. Je suis aussi des influenceurs français qui me permettent de rester positive et d’aller de l’avant en ayant confiance en moi. Pour me décompresser, je follow aussi des humoristes sénégalais et français. Je peux passer des heures sur Instagram à les regarder sans m’en rendre compte. J’ai même pas fini de me mettre à jour sur Instagram qu’il est déjà 14 h. Le site ouvre.

Aujourd’hui, je reste toute la journée à l’accueil avec Sandrine, ma super collègue de l’accueil. Elle part en vacances vendredi alors je passe le plus de temps avec elle. En même temps, elle me forme. Comme ça, je pourrai essayer de la remplacer, même si elle est irremplaçable. Du fait d’être à l’accueil, je ne sais vraiment rien de ce qui se passe sur le site aujourd’hui. Par les enfants, je sais juste que la police est venue faire un atelier avec eux. “Il nous a mis des lunettes et après ça fait bizarre” me raconte une jeune fille de 9 ans en parlant de l’atelier. Je crois que c’est la police municipale, mais je n’en sais pas plus. Il paraît que ça fait comme si nous avons pris de la drogue, ajoute-t-elle. Je crois que c’est une stimulation. Je sais aussi qu’à l’espace Création, ils ont fait des attrapes-rêves, une sorte d’objet artisanal d’origine indienne, je crois, composé d’un cerceau, d’un filet et de plumes. L’attrape-rêve est sensé éloigner les mauvais rêves du dormeur en les capturant. Ils ont aussi customisé des casquettes « Trappes ». Sinon à l’accueil, j’ai inscrit des familles dans les villages d’été, j’ai rempli la fiche de présence et la fiche de sortie au parc Saint-Paul pour ceux qui ont payé. Ce travail est dur à gérer pour une personne seule. Dés fois beaucoup de monde arrive en même temps et il faut qu’il y ait une deuxième personne pour prendre leur nom. Ce qui est le cas.

À 17 h 15, le site fermé pour une demi-heure pendant laquelle on désinfecte les lieux. À 17 h 45, quand les gens reviennent, il faudra les noter une nouvelle fois pour le deuxième créneau, parce qu’on ne sait pas forcément qui était là au premier. À la fin de la journée, ou de la semaine, on doit compter le nombre de personne venu à chaque créneau. Mais on s’en sort bien, avec Sandrine. Le temps passe vite à l’accueil parce qu’il y a beaucoup de travail. Il est déjà 19 h 30, l’heure de fermer, ranger et désinfecter. Après cela, nous avons fait une brève réunion bilan. En général pendant les réunions bilan s’il n’y a rien à dire, on discute juste un peu entre nous, on parle de la journée, on se fait des blagues. C’est cool de finir la journée comme ça. Et on finit par un « Bon ! Bonne soirée ! À demain » de Mélanie ou d’Alpha, et nous rentrons chez nous.

Jeudi

À 14 h “Kandia, viens, je vais voir si t’as tout compris”, me prévient Sandrine. “Tu vas faire un contrôle” ajoute ironiquement Mélanie. J’étais trop contente puisque je savais que Sandrine m’avait bien formée. Du coup après avoir mis en place “mon bureau”, l’accueil, je me suis assise sur la chaise de Sandrine, puisque qu’elle voulait voir comment je m’en sortais à sa place. J’ai allumé l’ordinateur, et j’ai pu ensuite ouvrir les dossiers des présences et des sorties. Franchement, je pense réussir à gérer l’accueil après son départ de demain qui m’attriste. Elle n’est pas la seule à partir d’ailleurs. Mélanie part en séjour et Alpha part en vacances. Ils vont me manquer en vrai. Ça va faire tout bizarre de ne plus les revoir. Mais bon, il reste encore un jour à passer avec eux et on pourra leur dire “au revoir, bonnes vacances”. Ce travail est vraiment intéressant, chaque jour, j’apprends nouvelles choses tout en m’amusant. C’est très différent de l’école où les profs sont autoritaires. Ici, Mélanie, Alfa et les autres m’apprennent sans pression.

Ce sont des chefs très sympathiques, souriants, amusants… À part par leurs t‑shirts rouges, on ne sent pas la hiérarchie. J’espère les revoir parce que Mélanie et la chorégraphie qu’elle fait sur une chanson nigérienne qu’on écoute souvent vont me manquer. Alpha et sa playlist que je n’écouterai pas en temps normal aussi vont me manquer. En plus, des fois, en passant, il chante et il a une belle voix.

Je suis restée à l’accueil jusqu’à vers 16 h 45 environ. Il n’y avait pas grand monde. En même temps, il fait 33 degrés. Je suis donc partie à l’espace Création. Cette fois, nous aurons un intervenant, Jules, un graffeur. Il a graffé plus de 60 petits tableaux pour les petits avec en général leurs prénoms. Même moi, il m’en a fait un avec mon nom de famille que je compte accrocher chez moi, à l’entrée. “Tu ne veux pas qu’il te montre comment faire ? comme ça, tu reproduis ?” me propose Alpha. Alors Jules a écrit mon prénom sur une feuille et j’ai essayé de la reproduire, mais c’était pas trop ça. Je préfère qu’il me le fasse.

À 17 h, nous avons évacué pour pouvoir désinfecter et rouvrir le site une demi-heure plus tard. À 17 h 30, je suis retournée à l’accueil pour ne pas laisser Sandrine seule. Mais elle avait déjà noté les personnes qui attendaient à la grille d’entrée.

Après le départ de Sandrine à 19 h, j’ai terminé de rentrer les noms des dernières personnes venus dans l’ordinateur sur la fiche de présence. Ensuite, j’ai rangé l’accueil, les deux porte-dossiers, les stylos et le reste. Et puis plier les tables et les ranger avec l’ordinateur portable et son chargeur dans les vestiaires. À 19 h 30, le site ferme et nous commençons à désinfecter et ranger. La réunion bilan a été très brève. “On va vous manquer ou vous vous en foutez ? ” demande Alpha. “Nooo, vous allez nous manquer wesh” répond Aminata. Je crois que c’est la réponse que nous aurions tous donnée.

Vendredi

Aujourd’hui, c’est la fête de l’Aïd al Adha, deuxième fête de l’année pour les musulmans et hier quelques enfants nous avaient prévu qu’ils ne viendraient pas. Depuis hier, on savait qu’il n’allait pas avoir de monde non seulement à cause de l’aïd, mais aussi à cause des 40 degrés annoncés à la météo. Sans oublier aussi qu’au quartier Pergaud les associations « Open Trappes » et « Trappes en cœur » organisent une petite fête pour les petits. Myriam, ma collègue de 20 ans, avait prévenu qu’elle viendra à 16 h parce qu’elle va faire la prière de l’Aïd sur les deux terrains de foot du stade Gravaud lis à disposition par la mairie. Sur le premier terrain, celui de devant, il y a les hommes et les femmes sont sur le terrain de derrière. À la porte, il y a des agents de sécurité qui vérifient si nous avons bien notre masque, notre tapis de prière et nous demandent de mettre du gel hydro alcoolique sur nos mains. Myriam va fêter l’Aïd avec sa famille. Moi, je suis allée au stade Gravaud à 7 h 30 pour la prière l’Aïd, on était environ 5 000 personnes. Une fois sur le terrain, il y a des femmes en gilet de sécurité qui nous montre où nous placer en respectant bien évidemment le mètre de distance. En étant sur mon tapis, j’ai aussi aperçu monsieur le maire avec son masque qui discutait et saluait les gens qui rentraient dans le stade.

Une ambulance aussi était là au cas où il y a un malheur. « S’il vous plaît, lorsque la prière est terminée, ne vous faites pas des accolades, ne vous serrez pas la main » demande avec insistance, un homme au micro. Je crois que c’est l’imam. C’est normal, déjà que nous avons la chance d’avoir le stade à notre disposition, nous ne voulons surtout pas être la cause d’une seconde vague. Mais ça fait quand même bizarre. D’habitude, on se souhaite nos vœux en se faisant des accolades ou en se donnant la main.

La prière était sensée commencer à 8 h 30, mais nous avons commencé à 9 h. Je crois qu’on attendait les derniers qui arrivaient. Après la prière, je suis rentrée chez moi parce que je devais aller faire à manger. Mais beaucoup sont restés pour écouter les sermons de l’imam, ça fait aussi parti de la prière. Bref, je suis arrivée chez moi vers 10 h parce que j’habite loin de Gravaud.

J’étais en train de faire à manger quand j’ai reçu un appel d’Aminata, mon autre collègue : “Kandia, aujourd’hui le site n’ouvre pas !” m’apprend-elle. Effectivement sur le groupe Whatsapp Mélanie a annoncé qu’à cause d’un orage qui se prépare, le site ferme. Mais j’y suis allé parce qu’on doit ranger presque toutes les affaires dans les vestiaires pour pas que l’orage les casse ou les abîme. Je suis arrivée sur le site à 13 h, et nous avons fait tout ça pendant que Sandrine terminait son travail administratif.

Avec Aminata, on est restée un moment dans les vestiaires avec Sandrine, parce qu’aujourd’hui, c’est son dernier jour. Au moins j’ai pu souhaiter de bonnes vacances à Sandrine et Alpha. La seule chose que je déplore, c’est de ne pas avoir pu le souhaiter à Mélanie, puisqu’elle n’était pas là. Lundi, nous avons de nouvelles cheffes, Manu et Émilie que je connais déjà parce que j’ai fait des séjours avec elles. Lundi prochain, l’équipe change un peu, il n’y a plus Sandrine, ni Mélanie, ni Alpha, mais Manu et Emilie. Lévi, Daniel, Sambou, Marie-Christine, Jessi, Myriam, Aminata et Ifrahim seront au rendez-vous…

Kandia Dramé

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